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Plus grand que Villeneuve et Lemieux

Honoré avant le match au Centre Bell hier soir,  Georges St-Pierre s’est tourné vers Sara Diamond qui a interprété les hymnes nationaux.
Photo Martin Chevalier Honoré avant le match au Centre Bell hier soir, Georges St-Pierre s’est tourné vers Sara Diamond qui a interprété les hymnes nationaux.

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C’est dans les couloirs du MGM Arena que j’ai enfin pu mesurer l’importance et la magnitude de Georges St-Pierre.

Devait être une heure du matin. « GSP » venait de vaincre à l’arraché son aspirant gonflé à l’hélium Johny Hendricks dans un combat qui l’avait laissé défiguré par les coups.

Épuisé, vidé, St-Pierre avait déclaré dans un anglais hésitant « qu’il accrochait ses gants » en plein milieu de l’octogone. La scène avait été poignante tellement on avait senti la détresse de l’homme cachée derrière la gloire et le triomphe.

On niaisait en attendant la conférence de presse dans une salle déprimante du MGM. Je me disais que ce serait fabuleux d’accrocher Dana White à chaud, avant que les relationnistes n’aient eu le temps de le préparer.

J’étais parti en boitant avec Mathieu Boulay dont c’était la première couverture à l’extérieur du pays.

Finalement, aux détours des couloirs encombrés, on avait fini par dénicher Dana White. Il était livide, le visage blanchi par la rage. Il parlait au cellulaire mais on avait attendu. Souvent, l’accent québécois a ouvert plein de portes dans le métier. Ça avait été le cas. White était tellement furieux, tellement fourré par la déclaration de Georges St-Pierre qu’il ne demandait pas mieux de larguer son fiel et sa rage sur deux journalistes du Québec.

Il avait traité St-Pierre de fou et de malade mental...

On avait pris des notes dans nos calepins...

L’UFC a un côté mafieux qui la sert bien. Vingt minutes plus tard, White reprenait les mêmes propos en y ajoutant des raisons d’affaires et de sports, presque d’honneur.

La rage de plusieurs millions

Mais la vraie rage, c’était que « GSP » l’avait pris de court. Il venait de battre un bon Américain et non seulement il battait Hendricks mais il envoyait promener la compagnie pognée avec un champion qui venait d’annoncer qu’il accrochait des gants.

White voyait s’envoler les millions à cause de ce damné Québécois trop honnête pour se doper et qui osait demander la part de millions qui lui revenait.

Alors que les Diaz, Serra et autres gavroches de l’UFC acceptaient de se faire entuber et en redemandaient.

Ce soir-là, j’avais pu mesurer le vrai poids de Georges St-Pierre. Il était le seul capable d’apporter grandeur, prestige, classe et noblesse à cette organisation milliardaire née de propriétaires de casinos habitués à négocier les faillites.

Un soir à Ouagadougou

Si je vous raconte que Georges St-Pierre était déjà plus connu à New York et Las Vegas qu’à Montréal avant son premier combat au Centre Bell en 2008, je ne vous apprendrai rien.

Je peux ajouter qu’on avait déjà découvert lors de voyages en Asie qu’il était une super idole au Japon, aux Philippines, en Thaïlande ou en Corée. C’était encore le cas le printemps dernier à Pyeongchang aux Jeux olympiques.

Mais j’avais été abasourdi un soir à l’hôtel Splendid à Ouagadougou. Je pense que c’était lors de mon troisième ou quatrième voyage dans la capitale du Burkina Faso. Imaginez un bar comme dans les films des années 50 dans l’Afrique coloniale. Sauf qu’il y avait de la Flag, la bière du pays, et des pinottes sur la table basse devant nous. Et une télé noire et blanc derrière le bar.

On jasait des événements de la journée en arrosant la poussière rouge de la ville en attendant d’aller manger un plat de riz.

À un moment donné, les deux barmen m’ont appelé : « Hé ! Ragardez, c’est Georges St-Pierre, c’est GSP ! ». Ils étaient tout excités. À la télé, un reportage de Sky TV, la télé sportive en Afrique, montrait des images de Georges St-Pierre.

« C’est le meilleur, c’est le plus fort ! » ça n’arrêtait pas. La clientèle du bar, que ce soit des Québécois, des Européens ou des Africains, connaissait Georges St-Pierre.

Dans le bar à Ouagadougou. Dans la chaleur et la poussière rouge. Essayez de battre ça avec Sidney Crosby, Mookie Betts ou Artturi Lehkonen.

Ce que la planète sport a aussi saisi de « GSP », c’est la qualité de l’homme. Il a toujours vu son engagement dans les arts martiaux comme une démarche à la fois sportive et morale. Presque philosophique, les fans l’ont bien senti.

Son comportement en public a toujours été exemplaire. Et quand il se défoulait lors de partys spectaculaires, c’était avec ses amis, dans une discrétion la plus totale possible.

C’est pour toutes ces raisons que Georges St-Pierre est à mon humble avis le plus grand champion planétaire que le Québec ait donné au monde. Plus que Guy Lafleur, plus que Jacques Villeneuve, plus que Mario Lemieux.

Tout seul au sommet, le seul à régner sur cinq continents.

Qu’a donc Julien contre Drouin ?

Jonathan Drouin a 23 ans. C’est un passionné et un surdoué. Une combinaison de qualités qui a toujours fait suer la direction du Canadien depuis 20 ans.

Depuis que le CH a cessé d’être une grande équipe.

Je trouvais que Claude Julien connaissait une bonne saison avec son équipe. Mais je ne comprends pas du tout son attitude envers Jonathan Drouin.

Pourquoi l’humilier publiquement comme il l’a fait après la défaite contre Nashville ? Comme si Drouin avait été le seul responsable de la tenue lamentable du Canadien en troisième période.

Coups au cul

Résultat, il a réussi à éteindre la jeune vedette de l’équipe. Je suis convaincu que Jonathan Drouin est ce genre de jeune qui a besoin d’encouragement et de plus de compliments que de coups de pied au cul.

Autres questions, Dominique Ducharme a gagné la coupe Memorial avec Drouin : Il fait quoi dans cette histoire ? Quel est son rôle ? Parle-t-il en privé avec Drouin ? Que pense-t-il de son jeu ?

Claude Julien lui a-t-il demandé son opinion ?

Me semble que ça prendrait pas Sherlock Holmes pour obtenir quelques réponses intelligentes.