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Harper et Mulroney

Harper et Mulroney
Photo d’archives, Simon Clark

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Pendant que nos yeux étaient rivés sur les mouvements d’opinion publique causés par la crise qui secoue le gouvernement Trudeau, une question du dernier sondage Léger est passée inaperçue. Une question fort intéressante : qui fut selon les Canadiens le meilleur premier ministre du dernier demi-siècle ?

Les électeurs sont parfois étonnants. Qui arrive premier au Canada ? Celui qui a été chassé du pouvoir il y a bientôt quatre ans, Stephen Harper. Avec 24 %, celui qu’on ne disait ni charismatique ni attachant domine ce classement. Deux points devant Pierre Elliot Trudeau, cinq points devant Jean Chrétien.

Et au Québec ? Surprise ! Stephen Harper dont on a dit qu’il n’a jamais réussi à gagner le cœur des Québécois arrive quand même au deuxième rang avec 20 %. Lui-même ne doit pas en revenir de se voir si haut au Québec.

Compétent ? Rassurant ? Il faudrait pousser plus loin la recherche et l’analyse. Mais clairement, il a laissé une trace que j’aurais difficilement soupçonnée. Ces 20 % de Québécois qui le considèrent comme meilleur premier ministre en 50 ans dépassent presque la proportion de votes qu’il recueillait.

Brian Mulroney

Au Québec évidemment, celui qui trône seul et loin au premier rang, c’est Brian Mulroney. Le petit gars de Baie-Comeau a gardé une image positive auprès des Québécois. Son image publique bénéficie encore aujourd’hui de ses témoignages précieux lors du décès des grands personnages du monde qui ont officié à la même époque que lui. Cela nous rappelle à chaque occasion le rôle majeur qu’il a joué dans une période fascinante de l’Histoire.

Probablement parce qu’il a tenu parole auprès des Québécois lors de l’épisode de l’accord du Lac Meech, une rancœur demeure à son endroit dans certaines provinces du Canada anglais. C’est bien triste, mais un Québécois fidèle à ses engagements envers le Québec, ce n’est pas nécessairement payant dans toutes les parties du Canada.

Vous vous demandez où se classe Justin Trudeau ? Pas très haut. Choisi par 9 %, il arrive tout juste devant ceux qui ont connu de brefs mandats comme Paul Martin ou Joe Clark. Je me demande néanmoins si une question demandant de choisir le meilleur en 50 ans ne désavantage pas un peu celui qui est en poste à l’heure actuelle.

Les idées fortes

Si l’on s’attarde aux deux meneurs de ce palmarès, Stephen Harper et Pierre Elliott Trudeau, on peut identifier un trait commun. Ces deux-là étaient fortement campés du point de vue des idées politiques. Chacun ses idées... ils sont aux antipodes sur nombre d’enjeux.

Multiculturalisme, charte des droits, Canada centralisé fort, Pierre Elliott Trudeau a transformé le pays. Réformes économiques de droite, resserrement de la sécurité publique, politique étrangère, Harper avait sa vision propre et définie.

Peut-être une leçon : les leaders avec des idées fortes seront vivement contestés durant leur mandat. Mais leur héritage traversera le temps d’une façon plus remarquée, puis leurs adeptes garderont et propageront un souvenir positif de leur passage en politique.