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Le tourmenté du lac

L'air du lac
Photo courtoisie L’air du lac
Robert Maltais
Druide , 224 pages, 2019.

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C’est l’histoire d’un homme béni par la vie et qui pourtant en cherche le sens. Il faudra du temps, mais l’air du lac Saint-Jean finira par l’inspirer.

Joseph Bouchard n’est pas homme de grandes émotions ni de grandes effusions. Plutôt un bon gars qui, après avoir envisagé la prêtrise, défroque pour le droit. Il se retrouvera avocat à Chicoutimi et deviendra prospère, encore plus riche quand un héritage inattendu lui tombera dans les bras.

On est au Québec, dans les décennies 1960, 1970, au moment où tout bouge. Mais pas pour Joseph Bouchard, ni pour son entourage, et c’est bien ce qui fait la curiosité de ce roman.

Fédéralisme assumé

Rarement, dans la littérature québécoise, a-t-on mis en scène des fédéralistes assumés, s’accommodant sans mal de la Conquête, heureux de parler anglais avec les cadres supérieurs de l’Alcan et de la Price Brothers, maîtres de la région.

Pas férus de révolution non plus, qu’elle soit nationaliste ou ouvrière. Les pauvres servent les riches, et c’est très bien ainsi tant que les dons de ceux-ci aident les premiers à mieux traverser la vie.

Tout cela est raconté sans ironie, sans moquerie, sans contrepartie non plus pour faire contraste. Déroutant au premier chef, mais bien des Québécois répondent à cette description : il faut bien que de temps en temps, la fiction en témoigne.

Et le portrait des personnages brossé par Robert Maltais, qui en est à son huitième roman, est plausible, mettant en scène un Québec dont on parle peu. Celui, par exemple, où une Jacqueline Tremblay est bien heureuse de se transformer en Jacky Stewart à l’accent britannique par la grâce d’un mariage avec un avocat écossais et de cours donnés par la femme du pasteur protestant d’Arvida.

Quête de sens

Joseph Bouchard, lui, n’a pour émoi que son amour platonique pour la belle Jacky, épouse de l’un des associés du cabinet où il travaille. Et pour seul souci que le vide existentiel qu’il n’arrive pas à combler, en dépit de sa richesse.

Cette quête du sens de la vie s’oppose à l’âme apaisée de son oncle, Aubert Anctil, celui qui l’a embauché, car il est lui aussi avocat. Cet oncle est la véritable armature du roman.

Autant Joseph Bouchard a perdu la foi en 1965, en même temps qu’elle s’effritait dans tout le Québec – seul élément qui le rattache à la Révolution tranquille en cours –, autant Aubert Anctil ne cesse d’approfondir la sienne, l’extirpant des rituels religieux au profit d’un engagement personnel profond.

À la réflexion tourmentée de Joseph fait donc face la sérénité de son oncle, si bien développée dans le récit que c’est encore à celui-ci que l’on pense quand on voit Joseph s’agiter dans les collectes de dons à la fin de sa vie.

Le roman prend fin en 1995. C’est presque hier, mais, vu le ton et les préoccupations, tout cela a soudain des allures d’un lointain, et étonnant, passé.