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L’esprit tranquille

L’esprit tranquille
Illustration Adobe Stock

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En payant pour mon plein d’essence­­­, cette semaine, je me suis fait poser la question : « Un Loto-Max avec ça ? » Le gros lot était de 55 millions, absolument rien à perdre et tout à gagner, comme on dit. Le plus drôle, c’est que parce que le billet porte mon nom, je m’amuse à me faire croire que ça augmente mes chances de gagner.

En quittant la station-service, je me suis amusé à penser à comment je dépenserais cet argent et la question évidente qui vient avec : est-ce que je prendrais ma retraite ? Sans même hésiter, la réponse fut immédiatement non.

Forcément, j’appliquerais le classique faire le tour du monde avec mes espadrilles et mon vélo dans mes valises, mais je me demandais, qu’est-ce que je mettrais de côté pour avoir plus de temps libre et encore une fois la réponse fut immédiate : rien !

Du coup, j’ai comme ressenti un grand soulagement envahir mon corps et un sourire se dessiner sur mon visage. Est-ce que je suis finalement arrivé sur mon X dans cette vie tumultueuse ? Je crois qu’on n’est jamais bien installé sur cette marque, mais quelle sensation d’accomplissement que d’avoir au moins un pied dessus !

L’argent

Probablement que je m’achèterais une nouvelle maison sur le bord d’un lac avec un terrain immense, mais pas sûr qu’elle serait beaucoup plus grande. Et pourquoi meubler des pièces que je ne fréquenterais pas souvent de toute façon ?

Pas sûr que je dépenserais de l’argent sur une voiture plus luxueuse, car pour ceux qui ont vu l’intérieur de la mienne, on comprend vite que j’aurais la Porsche ou la Lamborghini la plus bordélique de la planète.

Je crois que ma seule folie serait de m’acheter une ferme avec toute une panoplie d’animaux, des chevaux aux simples poules qui se promèneraient un peu partout. Évidemment, rendu là, j’aurais surtout l’argent pour engager quelqu’un pour s’en occuper à temps plein, car pas sûr que je suis qualifié pour être un Fardoche moderne.

Tout ça mis ensemble, ça m’a juste poussé à me poser une autre grande question. Qu’est-ce qui pousse les gens à toujours en vouloir plus ? Quel vide on essaie de combler ? En fait, ce qui est probablement triste, c’est de constater qu’on le fait sans même comprendre le sens de ce « vide ».

5 cents

Évidemment, mon discours ressemble à de la philosophie à 5 cents comme on dit. La majorité des gens croulent sous les dettes et savent déjà comment ils dépenseraient cet argent. Moi-même, bien que je sois censé être un de ces « humoristes millionnaires », ça fait juste cinq ans que je me suis sorti la tête de l’eau de l’étouffement des dettes accumulées à travers mes années difficiles.

Donc oui, je comprends le « ta gueule » que vous avez dû prononcer au début de ma chronique.

J’ai aussi eu la chance de me frotter à des gens qui n’ont pas ces mêmes préoccupations et qui en ont plein les poches. Mais lorsqu’ils ont fini d’énumérer tous leurs acquis, qu’ils nous ont plus parlé de combien leurs vacances ont coûté que ce qu’ils en ont retiré, la conversation devient courte après.

Et à travers tout ça, cette tranquillité d’esprit dont je parle peut disparaître du jour au lendemain. On n’a aucune garantie de rien.

En déposant mon billet dans le compartiment entre mes deux bancs, j’ai aperçu quatre autres billets que je n’avais même pas encore validés et, encore une fois, je me suis surpris à sourire et à me dire : « On verra ben pour le reste, mais pour l’instant, je vais profiter d’avoir au moins un pied sur mon X. »