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Une députée exagère la menace chinoise

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark La députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, lors de la période de questions à l’Assemblée nationale, mercredi.

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Débusquer les fausses nouvelles, vérifier les déclarations des politiciens, trouver les vrais chiffres : les recherchistes de notre Bureau d’enquête, basées à Montréal, Québec et Ottawa, se spécialisent dans l’art de rétablir les faits. Chaque samedi, elles vous présentent leurs trouvailles pour vous permettre d’y voir plus clair dans l’actualité de la semaine.


L'énoncé

La députée solidaire Émilise Lessard-Therrien a semé l’émoi cette semaine, en dénonçant la présence au Québec d’éventuels investisseurs agricoles chinois, les traitant même de prédateurs.

« Ils se promènent dans les rangs, ils préparent le terrain pour venir éventuellement, ils font beaucoup de représentation. On les appelle entre nous “les prédateurs”. Ce sont des prédateurs de terre agricole, et on les voit, on le sent », a-t-elle affirmé en entrevue au journal La vie agricole.

Elle a précisé qu’ils « n’ont pas encore acheté, car il y a des mécanismes au fédéral qui les en empêchent ».

Les faits

Mme Lessard-Therrien exagère nettement la menace que représentent les investisseurs étrangers. En effet, la Loi québécoise sur l’acquisition de terres agricoles par des non-résidents prévoit qu’une personne qui n’habite pas au Québec ne peut pas acheter directement ou indirectement un lot. Cette exclusion touche également les entreprises étrangères.

Seule la Commission de protection du territoire agricole peut autoriser une exception pour les personnes qui arrivent à démontrer leur intention de s’établir de façon permanente au Québec et d’exploiter eux-mêmes la terre.

C’est d’ailleurs les provinces et non le fédéral qui ont le pouvoir d’interdire ou de limiter l’acquisition de terres par des non-résidents, contrairement à ce qu’a affirmé la députée solidaire.

Une étude de la firme JLR réalisée en 2015 démontre que les principaux acheteurs de terres agricoles sont plutôt des entreprises québécoises, comme Pangea, qui a fait 29 acquisitions entre 2007 et 2014 pour près de 29 millions $.

Le chiffre de la semaine: 54,8 %

C’est le taux de surqualification des immigrants arrivés au Québec depuis moins de cinq ans, selon une publication de l’Institut de la statistique du Québec de juin dernier. Les immigrants sont proportionnellement beaucoup plus nombreux à avoir « des compétences excédant le niveau requis par la tâche » que les gens nés au Canada. À titre de comparaison, le taux de surqualification de ceux-ci est de 27,3 %, un pourcentage qui demeure stable depuis 10 ans.