/opinion/columnists
Navigation

Sainte-hypocrisie

Coup d'oeil sur cet article

Au lieu de faire une montée de lait aujourd’hui, j’annonce que je me tartine que le propriétaire des Patriots, gagnants du Super Bowl 2019, ait fréquenté un salon de massage érotique en Floride.

Je me fous si Robert Kraft, 77 ans, a demandé le spécial « botté de dégagement » après son massage. Ça ne concerne que sa petite amie de longue date, l’actrice Ricki Noel Lander, 39 ans.

Tant qu’à faire, je me fous aussi que des évêques organisent des orgies gaies au Vatican. Rien à cirer de la vie sexuelle d’adultes consentants, ce qui exclut les victimes de trafic de personnes ou sous l’influence d’un proxénète.

Lobby gai au Vatican

Sortira jeudi Sodoma, le livre-choc du journaliste français homosexuel et catholique athée Frédéric Martel. Après quatre années d’enquête, Martel révèle que les hauts échelons du Vatican sont « paquetés » d’homosexuels pratiquants, certains aux mœurs dissolues ou « dans le placard et animés par une haine de soi projetée dans une homophobie obsessionnelle ».

Selon la thèse de Martel, la hiérarchie gaie du Vatican encourage l’homophobie et la misogynie en l’Église, car en s’opposant bruyamment au progressisme, les fautifs parient qu’on ne fouillera pas dans leurs affaires intimes. D’autres ont protégé des prêtres pédophiles par crainte que leur propre homosexualité ne soit découverte.

Difficile de croire que Martel a tout faux, mais les strictes pratiques sexuelles d’ecclésiastiques m’indiffèrent. Le problème, c’est l’hypocrisie.

J’ai aussi trouvé qu’un léger mais étrange parfum d’homophobie imprégnait les extraits que j’ai lus : les maux de l’Église ne peuvent tous être attribués aux gais !

Bêtes de mode

Sodoma sortira après le sommet du pape sur la pédophilie, alors que ce n’est pas l’épicentre du livre, mais cette coïncidence pourrait raviver le mythe que les homosexuels sont naturellement pédophiles, alors que les abuseurs sexuels d’enfants, disent les études, sont majoritairement hétérosexuels.

Avoir toléré des crimes pédophiles au sein du clergé constitue un bien plus grand scandale que des cardinaux qui fréquentent des drag queens, ou qui se font tailler sur mesure des surplis dignes du défilé de mode ecclésiastique du film Fellini Roma et qui portent des anneaux sertis de saphirs gros comme des pitons de beurriers.

Que ces bedonnantes Excellences préfèrent des vêtements qui les amincissent pour mieux draguer et s’envoyer en l’air sous les nus de Michel-Ange – l’œuvre Le Jugement dernier de la chapelle Sixtine a longtemps été considérée comme homoérotique – me trouble peu comparé au dégoût et à la colère que m’inspirent les abus sexuels sur des enfants et sur des femmes, des religieuses au service des prêtres, par des hommes qui disent représenter Dieu.e sur terre.

Et demain ?

L’avenir est sombre pour l’Église de Rome, à moins qu’elle ne tourne enfin le dos à la pensée de la Renaissance qui a façonné la culture du Vatican, son goût du luxe et son immoralité (Les Borgias... quelqu’un ?) pour rejoindre le XXIe siècle, et demande pardon d’avoir fait du mal à autant de gens, au nom du Bien, depuis longtemps.

Beaucoup de bien aussi, oui, mais trop de silences, d’hypocrisie et de perversion du message humaniste du Christ pour être crédible.