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Des paramédics au bout du rouleau dans la région de Montréal

Ils se disent épuisés par la surcharge de travail due au manque d’employés

GEN-PORTRAIT-DAVID BLACKBURN-SYNDICAT DES PARAMEDICS
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

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La pénurie de 200 paramédics à Urgences-santé met une pression énorme sur les employés qui se disent épuisés par la surcharge de travail obligatoire. 

« Le monde est épuisé », dit David Blackburn, président du syndicat des paramédics d’Urgences-santé, qui couvre Montréal et Laval. 

« Ils sont écœurés, ça se reflète sur les familles. Ils ne peuvent pas prévoir d’aller chercher leurs enfants », dit-il. 

Pénurie d’employés 

Impatients, irritables, fatigués : les qualificatifs ne manquent pas pour décrire l’impact de la surcharge de travail sur les paramédics. Actuellement, il manque 200 paramédics à Urgences-santé, l’équivalent de 20 % de l’effectif total de 935. 

Résultat : les heures supplémentaires obligatoires sont fréquentes et les pauses-repas sont souvent coupées. 

« On sait quand on commence, mais on ne sait jamais quand on finit, dit M. Blackburn. On est toujours dans l’urgence 24 heures sur 24. » 

Par ailleurs, plusieurs employés déplorent le manque de respect et la mauvaise gestion de la direction. 

« On m’oblige à finir deux ou trois heures en retard pour des appels non urgents », ajoute Nora Gagnon, vice-présidente, mobilisation par intérim, au syndicat. 

« Pas prisonnière » 

« Je n’ai pas choisi d’être prisonnière dans la vie, j’ai choisi d’aider la population », dit-elle. 

Selon Urgences-santé, les heures supplémentaires représentent 11 % des heures totales accomplies. Le temps moyen ajouté est de 25 minutes, en fin de quart, souvent pour répondre à des patients qui attendent depuis longtemps. 

« On est conscients que ça peut créer certaines frustrations. On a mis en place des mesures pour adoucir la situation », dit Mathieu Campbell, directeur des ressources humaines à Urgences-santé. 

Parfois, les gestionnaires vont sur la route pour donner un coup de main. 

Les jeunes partent 

Selon les données d’Urgences-santé, le nombre de paramédics est à peu près stable depuis cinq ans. Or, le nombre d’affectations a augmenté de 7 % depuis trois ans. 

La météo en dents de scie et le vieillissement de la population ajoutent aussi à la pression. 

Par ailleurs, le syndicat calcule que de 20 à 30 jeunes paramédics quittent la profession chaque année. 

« C’est moins attrayant qu’avant, croit M. Blackburn. Il y a une surcharge tellement intense, et les jeunes s’en rendent compte. Ils viennent six mois et ils trouvent que c’est trop lourd. » 

Une grave pénurie pour des années encore 

La pénurie de paramédics est répandue partout dans la province et elle ne sera pas résorbée avant plusieurs années. 

« On a un réel problème, et c’est systémique », dit Guillaume Champagne-Raymond, président de la Corporation des paramédics du Québec. 

Au Québec, la demande de paramédics est estimée à 2700 d’ici 2022, mais les programmes scolaires permettront de n’en former que la moitié. D’ici cinq ans, Urgences-santé estime qu’elle devra en embaucher 650 pour le territoire de Laval et Montréal à lui seul. 

Plus d’étudiants 

Selon la Corporation des paramédics du Québec, le signal est clair qu’il faut ouvrir plus de places dans les programmes de formation des cégeps. 

« Ça devient presque un rêve utopique. On sait qu’on ne l’atteindra pas, réagit M. Champagne-Raymond. La compétition est féroce, les candidats se font offrir des primes en région, ils se font courtiser par tout le monde. » 

Selon ce dernier, la pénurie crée « un réel risque au niveau de la sécurité du public ». 

Récemment, Urgences-santé (US) a mis en ligne une vidéo de recrutement, « Mission 200 », pour inciter les candidats à solliciter un des 200 postes. 

« On a intérêt à faire encore plus connaître la profession et le travail en tant que tel », dit Mathieu Campbell, directeur des ressources humaines à US. 

125 de plus 

Cette année, la direction s’encourage pour avoir réussi à embaucher 125 paramédics, soit beaucoup plus que dans les années précédentes (environ 50). 

« Mais il va en manquer encore à peu près 200, avoue-t-il. On pellette le besoin par en avant. » 

Par ailleurs, l’examen final après trois ans de formation pour devenir paramédic est difficile (taux de réussite de 50 %). Urgences-santé a mis en place un programme d’accompagnement de trois jours qui améliore la réussite. 

Selon le syndicat d’US, le problème de pénurie doit être priorisé. 

« On va faire quoi s’il n’y a pas de relève en arrière ? demande le président du syndicat des paramédics, David Blackburn. On va toujours être à bout de souffle, on n’y arrivera jamais. »

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