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Sexe et favoritisme dans l’Église: 1000 ans d’histoire.

Le Pape Pie IV a eu trois enfants illégitimes
Photo d'archives Le Pape Pie IV a eu trois enfants illégitimes

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Pédophilie, sexe avec des séminaristes, sexe avec des religieuses, les scandales sexuels submergent actuellement l’Église catholique qui vit une des grandes crises morales de son histoire. Ce n’est pas la première et certainement pas la plus grave pour, il faut le souligner, l’une des plus vieilles institutions humaines.   

Quelque 200 hauts dignitaires religieux se sont réunis à Rome pour trouver une façon d’enrayer la prédation sexuelle au sein de l’Église. Une question est au cœur du problème qui confronte le Vatican : celle de la Chasteté. Est-elle encore possible à notre époque marquée par la banalisation, disons même la «trivialisation», de la sexualité et l’hypermédiatisation de la pornographie ? Déjà qu’elle a toujours été extrêmement difficile pour des hommes condamnés au célibat.  

Le Pape François est un homme admirable, mais un bon nombre de ses prédécesseurs ne sont pas morts, et n’ont pas vécu, en odeur de sainteté. Dans la longue histoire de l’Église, des canailles et des dépravés sont montés sur le trône de Saint-Pierre.   

Au Moyen-âge, les péchés de la chair étaient les moins graves commis par beaucoup de papes de l’époque. Dans une période particulièrement agitée de l’histoire de l’Église autour de l’an 1000, trente-sept papes se sont succédé (pontificat moyen de 4,4 ans !) certains ne restant au pouvoir que quelques jours ou quelques semaines. Je vous fais grâce ici du « Synode du Cadavre » l’épisode le plus bizarre, le plus grotesque et répugnant de l’histoire de l’Église Catholique.  

Incroyable mais vrai, l’Église vécut un certain temps sous la domination de femmes débauchées et sans scrupules de la haute noblesse romaine. La période trouble qui va de 904 à 963 est connue sous le nom suggestif de « Pornocratie pontificale ». Léon V (903), ne fut pape que quelques mois avant d’être emprisonné et torturé par son successeur Christophore. Les deux furent assassinés en 904 par le pape suivant Serge III (904-911) qui eut de sa maîtresse adolescente Marozie un fils qui devint lui aussi pape sous le nom de Jean XI (931-936). Théodora, la mère de Marozie de son côté fit assoir sur le trône pontifical en 914 son propre amant Jean X (914-928) après avoir fait évincer un certain Landon qui ne fut pape que pendant 7 mois. Jean XII (955-963) devint pape à 16 ou 18 ans, selon les sources. Le seul pape adolescent de l’histoire de l’Église catholique était un libidineux dévergondé. L’« Antéchrist siégeant dans le temple de Dieu » écrit un chroniqueur de l’époque. Il couchait avec la maîtresse de son père et avait des relations sexuelles avec des femmes de sa famille. Il est aussi réputé avoir coupé le pénis d’un chanoine dans une crise de colère.  

La corruption était alors généralisée à Saint-Pierre de Rome. Les familles romaines riches plaçaient des enfants dans la curie dans l’espoir qu’ils passent rapidement du noir au pourpre. On est donc disposée à graisser qui il faut pour ouvrir à fiston la voie royale vers la richesse, la dignité de cardinal avec l’influence et le pouvoir que cela impliquaient.    

Et on saute à la renaissance. Succinctement. Sixte IV (1471-1484) est connu comme le pape-proxénète parce qu’il a imposé un impôt aux prostitués de Rome les obligeant à lui verser 20 000 ducats chaque année. Cet argent servit à la restauration de la chapelle Sixtine qui lui doit son nom. La fille et le fils du Pape Innocent VIII (1484-1492) vivaient avec lui au Vatican. Alexandre VI (1492-1503), né Rodrigo Borgia, eut 4 enfants illégitimes alors il était cardinal, dont le sanguinaire César Borgia et la célèbre empoisonneuse Lucrèce Borgia dont les «bloody Mary» devaient être plutôt costauds !    

Paul III (1534-1539) avait quatre enfants. On lui attribue des relations incestueuses avec sa fille. Il fit deux de ses petits fils des cardinaux. Pie IV (1559-1565) avait lui trois enfants illégitimes et serait mort dans les bras d’une courtisane romaine.   

Depuis le XIXe siècle, l’Église est assez franche sur les aspects sombres de son histoire. Les archives du Vatican sont ouvertes aux historiens. Le Saint-Siège reconnaît que des gredins, et des fripouilles ont été papes, mais professe que leurs faiblesses humaines n’ont pas affecté leurs décisions théologiques et dogmatiques inspirées par le Saint-Esprit.   

Le grand historien catholique britannique Arnold Toynbee a expliqué sa foi dans l’Église en notant qu’aucune institution humaine si mal dirigée n’aurait pu durer si longtemps si elle n’était pas d’inspiration divine.