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Le personnel de la santé plus violenté que jamais: une infirmière perd son bébé après avoir reçu un coup

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Ariel Garneau a fait une fausse couche à la suite d’un coup qu’elle a reçu au ventre de la part d’un résident. Aujourd’hui, l’infirmière auxiliaire, qui est de nouveau enceinte, réclame une formation en ce sens pour tous les employés de la santé.

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Les travailleurs du domaine de la santé sont plus que jamais victimes de violences de la part de patients, selon ce que révèlent les plus récentes données de la CNESST.  

Depuis 2015, le nombre de réclamations à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour des cas de violence dans le milieu de la santé a bondi de 33 %, indiquent les données obtenues par Le Journal.        

Une augmentation qui est loin de surprendre les syndicats représentant les professionnels en soins de la province.        

«Les employés se font frapper, cracher dessus, se font donner des coups de pieds et des coups de genoux. La sécurité n’est pas là, et le manque de personnel fait que l’employé se retrouve souvent seul avec le patient. C’est ce que ça donne», déplore Laurier Ouellet, président du syndicat des professionnels en soins de Chaudière-Appalaches.       

Le coup fatal  

Une infirmière auxiliaire de la Beauce a d’ailleurs encore de la peine en se remémorant le violent coup qu’elle a reçu au ventre de la part d’un résident «complètement désorganisé», qui lui a malheureusement fait perdre son bébé.       

Le coup de pied fatal, qui lui a «coupé le souffle», a provoqué une fausse couche dans les heures qui ont suivi.       

Le matin du 10 août 2018, Ariel Garneau, enceinte de quelques semaines, entre au travail.        

Elle informe immédiatement sa supérieure qu’elle attend son premier enfant, afin d’éviter d’être placée en situation à risques de violences dans le cadre de son travail. 

«Il m’avait déjà accotée à la gorge»  

«Nous avions un patient plus désorganisé sur l’étage, qui a des troubles graves de comportements. Il m’avait d’ailleurs donné déjà un coup de poing au visage la semaine d’avant et il m’a déjà accotée à la gorge à plusieurs reprises. J’ai donc demandé à ne pas être envoyée dans la chambre pour rien», explique la jeune femme de 27 ans.       

Malheureusement, quelques heures plus tard, les choses se corsent.       

«La stagiaire vient me voir en panique et me dit que l’infirmière est en train de manger une volée [dans la chambre du patient ayant des troubles de comportements]. Je ne pouvais quand même pas la laisser se faire frapper», dit-elle.       

 «En entrant dans la chambre, je la vois en train de manger des claques par la tête et se faire cracher au visage. Mais, en voulant l’aider, j’ai mangé un coup de poing à la tête, puis un coup de pied au ventre», poursuit-elle, encore ébranlée plusieurs mois après l’évènement.       

Les heures qui suivirent ont été pénibles, raconte-t-elle. L’infirmière se rend à l’urgence où elle reçoit le diagnostic : avortement spontané secondaire à un traumatisme abdominal bas. «J’étais dans tous mes états. Je pensais même changer de carrière», confie-t-elle.       

En janvier dernier, après avoir reçu l’aide dont elle avait besoin, elle retourne finalement au boulot... dans le même CHSLD. «J’ai demandé à être transférée ailleurs, mais on me disait que ce n’était pas possible», dit-elle.       

Formation  

Aujourd’hui, l’infirmière qui est de nouveau enceinte, réclame une formation pour tous les employés de la santé. Elle estime qu’un tel cours leur permettrait de mieux maitriser la clientèle à risque d’agressivité, tout en apprenant à se protéger face à des situations de violences. Une réalité qui fait partie intégrante de son travail, souligne-t-elle.    

Jointe par Le Journal, l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur des affaires sociales (ASSTSAS) qui offre la formation en ce sens confirme que chaque établissement de santé doit défrayer les couts nécessaires à la formation de son personnel. La facture s’élève à près de 5600$ par établissement.     

Au CISSS de Chaudières-Appalaches, on confirme que depuis l’automne 2018, tous les employés reçoivent la formation appelée ITCA (Intervention Thérapeutique lors de Conduite Agressive). Une mise à jour sera également offerte tous les deux ans, affirme la responsable des formations au CISSS, Nelly Roy.    

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on assure que tous les employés peuvent recevoir la formation, qui est «ajustée en fonction des besoins et du niveau de risque du milieu», précise la porte-parole Annie Ouellet.     

Congés de maladie pris en 2017-2018       

Montréal   

  •  Heures en congés de maladie: 2 383 494 heures        
  •  Équivalent en argent: 50 034 911 $             

Source : Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal  

Laval   

  •  Heures en congés de maladie: 31 278          
  •  Équivalent en argent: 770 000 $              

Source : Syndicat des travailleurs CSN du CISSS de Laval  

Chaudières-Appalaches   

  •  Heures en congés de maladie: 857 480          
  •  Équivalent en argent: Près de 40 M$             

Source : Syndicat des professionnelles en soins de Chaudière-Appalaches  

Capitale-Nationale   

  •  1,6 million d’heures en assurance salaire        
  •  Équivalent en argent: 38 M$             

Source : Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale  

Nombre de réclamations acceptées à la CNESST pour blessures causées par la violence en milieu de travail pour le personnel de la santé   

  •  2015: 671        
  •  2016: 849        
  •  2017: 892             

Source : CNESST  

Invalide depuis six ans après avoir été blessé par un patient      

  

Infirmier auxiliaire à Québec, Patrick Vézina a été sévèrement blessé à l’épaule en 2013. Une blessure si grave qu’elle le rend encore invalide aujourd’hui.
Photo Stevens LeBlanc
Infirmier auxiliaire à Québec, Patrick Vézina a été sévèrement blessé à l’épaule en 2013. Une blessure si grave qu’elle le rend encore invalide aujourd’hui.

C’est en voulant porter secours à un collègue, qu’un infirmier auxiliaire de Québec s’est blessé gravement à l’épaule en 2013. Une blessure qui le rend d’ailleurs toujours invalide à ce jour.       

Ancien infirmier au CHSLD Saint-Antoine du boulevard Père-Lelièvre, à Québec, Patrick Vézina n’oubliera jamais la journée du 7 juillet 2013.       

Appelé en renfort dans un nouveau département, où on avait placé des patients ayant des troubles de comportements, l’homme aujourd’hui âgé de 55 ans ne se doutait pas que les prochaines minutes le priveraient à jamais de sa qualité de vie.       

«Le résident était désorganisé, il serrait le bras de la préposée et ne voulait pas la lâcher» raconte l’ancien infirmier, qu’on venait d’appeler en renfort.       

«Il s’est garroché sur moi»  

«J’ai voulu le calmer, en déposant mon bras sur le sien, mais aussitôt il s’est garroché sur moi. J’ai essayé de le retenir, mais nous sommes tombés tous les deux. Je suis tombé directement sur mon bras et lui était par-dessus moi», relate-t-il.       

«C’était une douleur atroce. Je savais que c’était grave», poursuit celui qui a eu deux nerfs et deux tendons déchirés, en plus de l’os de l’épaule fracturé.       

Près de six ans plus tard, M. Vézina n’est toujours pas retourné sur le marché du travail. Il a perdu l’usage partiel de son bras droit, qu’il ne peut plus lever. Sa douleur est toujours si intense qu’il prend régulièrement de la médication pour la contrôler.        

«Il va falloir aménager plus d’ailes spécifiques à cette clientèle et surtout donner de la formation à tout le monde pour assurer une certaine sécurité aux employés, parce que ça n’a pas de sens», dit-il.