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L’affaire du super-canon de Bull : les coupables ont été protégés

Tubes destinés au super-canon de Bull qui aurait eu 156 m de longueur et 1000 mm de calibre.
Courtoisie photo Wikipedia Tubes destinés au super-canon de Bull qui aurait eu 156 m de longueur et 1000 mm de calibre.

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Le 4 avril 1990, le Secret Intelligence Service, que les Anglais appellent familièrement MI6, avertit les douanes britanniques qu’un navire qui vient d'arriver de Rotterdam, va charger des pièces destinées à l’assemblage d’un gigantesque canon en Irak en violation de l’embargo sur les exportations d’armes de destruction massive vers ce pays.

Cette semaine mon balado - que vous pouvez écouter ci-dessous - sur Qub radio raconte le curieux enchaînement d’événements qui a suivi en Grande-Bretagne et un peu partout en Europe l’assassinat du Québécois Gerald Bull.

Il était en train de construire en Irak, avec une équipe venue de Montréal, le plus gros canon de l’histoire pour Saddam Hussein. Bull est tué à Bruxelles et presque immédiatement, un peu partout en Europe, les autorités saisissent des pièces détachées et des équipements destinés à la construction en Irak de son super-canon. C’était, de toute évidence, une opération étroitement coordonnée du genre: «OK tout le monde. Maintenant qu’il est mort, on peut y aller!»

Interrogé au sujet de la saisie le PDG des forges de Sheffield qui ont fabriqué les tubes « destinés à l’industrie pétrolière», lance avec mépris aux journalistes «Nos tubes, des canons lance-missiles! C'est de la pure fantaisie, c'est de la science-fiction». Il souligne que la commande irakienne avait reçu sans difficulté le feu vert du ministère britannique du Commerce qui avait déjà autorisé la livraison à l’Irak de 44 tubes identiques. Ses employés chuchotaient en souriant pendant l'exécution du contrat que les tubes allaient servir de lance-fusées...

Gerald Bull
Capture d'écran TVA Nouvelles
Gerald Bull

Il ressortait de mon enquête de l’époque que les services secrets britanniques, américains, belges et, tout probablement aussi, le gouvernement canadien savaient ce qui se tramait. Le Mossad et la CIA étaient au parfum depuis longtemps de la nouvelle tentative de leur vieille connaissance, Gerry Bull, de réaliser le rêve de sa vie : créer un super-canon capable, entre autres, de mettre un satellite en orbite. Il avait déjà travaillé à des projets d’artillerie pour Israël et les États-Unis. La maquette du super-canon avait été présentée au Salon de l'armement de Bagdad de 1989. Alors, pourquoi avoir attendu l’assassinat de Bull avant d’intervenir ?

Autre aspect étrange de l’affaire. Les tubes et les autres pièces essentielles du canon géant ont été fabriqués en Grande-Bretagne et les preuves amassées par les douanes britanniques contre des individus et des entreprises étaient accablantes. Pourtant personne n’a jamais été accusé bien que les autorités anglaises soient celles qui ont sonné l’alerte générale, et que les services secrets de Sa Majesté coopéraient étroitement avec les douanes dans le dossier.

Après une réunion spéciale du cabinet au 10 Downing Street présidée par la première ministre Margaret Thatcher, le gouvernement britannique ordonna un arrêt immédiat des procédures dans l’affaire des super-canons frustrant les enquêteurs des douanes. Qui voulait-on protéger ? Quels secrets risquaient d’être dévoilés dans un procès public ?

Je raconte ces péripéties dans ma nouvelle série de balados sur Qub radio. De son côté, Jules Falardeau dans un reportage vidéo diffusé sur TABLOÏD, « Le labo du Dr Bull », s’est rendu avec un des fils du génie de la balistique dans les locaux abandonnés de la Space Research Corporation à Highwater, en Estrie où le super-canon a été développé. Le reportage en question peut être visionné ci-dessous.

 

 

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