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Longue attente pour rencontrer un conseiller en orientation scolaire au secondaire

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 L’accès à un conseiller en orientation est si difficile dans certaines écoles secondaires de la province que des élèves peuvent attendre deux ou même trois mois avant de réussir à en rencontrer un, a constaté Le Journal. 

 Selon une dizaine de conseillers en orientation avec qui Le Journal s’est entretenu au cours des dernières semaines, le temps d’attente pour une consultation individuelle peut facilement atteindre deux mois, parfois plus, selon les périodes de l’année. 

 Plusieurs doivent se contenter de répondre aux besoins les plus pressants, surtout à l’approche du 1er mars, qui est la date limite pour les inscriptions au cégep. 

 «Si votre enfant voit un conseiller en orientation une fois pendant son parcours scolaire, il est chanceux», lance Luc Gélinas, président de l’Association des conseillers d’orientation du réseau scolaire du Québec. 

 Un conseiller pour des milliers d’élèves 

 Selon des données obtenues auprès du ministère de l’Éducation, les services en orientation scolaire varient considérablement dans le réseau scolaire : à la commission scolaire Central Quebec, on retrouve un conseiller pour 419 élèves alors qu’à la commission scolaire Riverside, le ratio est plutôt d’un conseiller pour 7406 élèves (voir encadré). 

 Dans la commission scolaire anglophone Eastern Shore, qui couvre l’est du Québec, il n’y a même aucun conseiller en orientation. 

 «Il y a une inégalité, c’est clair», lance Josée Landry, présidente de l’Ordre des conseillers d’orientation du Québec, qui est préoccupée par la situation. 

 Les services d’orientation scolaire sont obligatoires, selon la Loi sur l’instruction publique. Mais la réalité est tout autre, selon Mme Landry. 

 «Ce n’est pas nécessairement vrai que tout le monde a accès aux services d’orientation au moment où il en a besoin», affirme-t-elle. 

 À l’approche du 1er mars, la priorité est accordée aux élèves de cinquième secondaire et à ceux de quatrième secondaire, qui doivent faire leur choix de cours pour l’an prochain, notamment en mathématique. 

 «Si on a un élève en difficulté, qui a des besoins particuliers, je ne suis pas certaine qu’il va y avoir accès en ce moment», indique Mme Landry. 

 M. Gélinas, qui travaille dans une école secondaire de la Rive-Sud de Montréal, le confirme : 

 «Les élèves de secondaire un, deux ou trois, je ne m’en occupe même pas, je n’ai pas le temps», laisse-t-il tomber. 

 Lutter contre le décrochage 

 Or les conseillers en orientation ont un rôle important à jouer dans la lutte au décrochage scolaire, rappelle Mme Landry, puisque plusieurs jeunes décrochent par manque de motivation, parce qu’ils n’ont pas de projet d’avenir. 

 Simon Viviers, professeur à l’Université Laval, s’est intéressé aux services d’orientation dans le réseau scolaire dans le cadre d’une étude sur le sujet publiée l’an dernier. Il a aussi constaté un «problème évident d’équité et de justice sociale», d’autant plus que la disponibilité des services ne tient pas compte des besoins des élèves. 

 Les ratios d’élèves par conseiller en orientation ne varient pas en fonction de la proportion d’élèves en difficulté ou issus de l’immigration dans les commissions scolaires, explique-t-il. 

 Pour remédier à la situation, l’Ordre des conseillers d’orientation propose depuis quelques années une formation aux écoles et commissions scolaires, pour les aider à faire l’analyse de leurs besoins afin de mettre en place des services mieux adaptés pour leurs élèves. 

 Depuis trois ans, moins d’une dizaine de commissions scolaires y ont participé. 

 Les 10 commissions scolaires où l’accès à un conseiller en orientation est le plus difficile 

 (ratio conseiller en orientation/élèves élevé)  

  •  Commission scolaire Eastern Shore (Bas St-Laurent, Côte-Nord et Gaspésie, anglophone) : aucun conseiller pour 589 élèves 
  •  Commission scolaire Riverside (Montérégie, anglophone) : 1/7406* 
  •  Commission scolaire New Frontiers (Montérégie, anglophone) : 1/3388 
  •  Commission scolaire Rouyn-Noranda (Abitibi-Témiscamingue, francophone) : 1/3292 
  •  Commission scolaire Harricana (Abitibi-Témiscamingue, francophone) : 1/2812 
  •  Commission scolaire des Affluents (Lanaudière, francophone) : 1/2538 
  •  Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (Laurentides, francophone) : 1/1897 
  •  Commission scolaire Sorel-Tracy (Montérégie, francophone) : 1/1808 
  •  Commission scolaire des Draveurs (Outaouais, francophone) : 1/1717 
  •  Commission scolaire de Montréal (Montréal, francophone) : 1/1636  

 * Dans cette commission scolaire, on compte 0,8 poste de conseiller en orientation pour 5925 élèves. 

 Les 10 commissions scolaires où l’accès à un conseiller en orientation est le plus facile 

 (ratio élèves/conseillers en orientation faible)  

  •  Commission scolaire Central Quebec (Capitale-National, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Mauricie, anglophone) : 1/419 
  •  Commission scolaire de Charlevoix (Capitale-Nationale, francophone) : 1/462 
  •  Commission scolaire des Sommets (Estrie, francophone) : 1/473 
  •  Commission scolaire de la Côte-du-Sud : (Chaudière-Appalaches, francophone) : 1/489 
  •  Commission scolaire du Lac-Témiscamingue : (Abitibi-Témiscamingue, francophone) : 1/517 
  •  Commission scolaire de la Capitale (Capitale-Nationale, francophone) : 1/523 
  •  Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais (Outaouais, francophone) : 1/528 
  •  Commission scolaire de la Moyenne-Côte-Nord (Côte-Nord, francophone) : 1/543 
  •  Commission scolaire des Îles (Îles-de-la-Madeleine) : 1/548 
  •  Commission scolaire du Fer (Côte-Nord, francophone) : 1/561 
  •  Commission scolaire de l’Énergie (Mauricie, francophone) : 1/566 
  •  Commission scolaire René-Lévesque (Gaspésie, francophone) : 1/580 
  •  Commission scolaire de l’Estuaire (Côte-Nord, francophone) : 1/599 
  •  Commission scolaire Sir-Wilfrid-Laurier (Laval, Laurentides, Lanaudière, anglophone) : 1/605  

 Source : ratios compilés par Le Journal à partir des plus récents chiffres disponibles au ministère de l’Éducation (2016-2017). Le nombre d’élèves comprend ceux du secondaire, de la formation professionnelle et de la formation générale aux adultes. Les trois commissions scolaires à statut particulier sont exclues de cette liste. 

 Des décrocheurs potentiels aidés par des conseillers d’orientation 

 À Québec, la commission scolaire de la Capitale a mis sur pied des services en orientation scolaire qui lui permettent d’identifier des décrocheurs potentiels. 

 Cette commission scolaire est celle qui emploie le plus de professionnels en orientation, avec une quarantaine de conseillers. Pas étonnant qu’elle se retrouve parmi les commissions scolaires où l’accès à des services d’orientation est le plus facile (voir tableau). 

 Dans ses écoles, l’orientation scolaire a toujours occupé une place importante, même après la disparition du cours d’Éducation au choix de carrière, aboli avec l’arrivée de la réforme au secondaire. 

 Ce défunt cours a été remplacé par «l’approche orientante», qui prévoyait plutôt que des activités en lien avec l’orientation scolaire soient intégrées dans la grille-matière. Des conseillers en orientation ont alors été embauchés par cette commission scolaire pour aider les enseignants à développer ces activités. 

 Au fil des ans, ils ont plutôt conçu des ateliers de groupe, qui sont maintenant présentés à tous les élèves, de la cinquième année du primaire à la fin du secondaire. Pendant son parcours scolaire, un élève de la commission scolaire de la Capitale aura assisté à une dizaine d’ateliers animés par des conseillers en orientation scolaire. 

 «C’était très novateur comme formule, on a été à l’avant-garde», affirme Line Houde, une conseillère en orientation de la commission scolaire qui a participé à la conception de ces ateliers. 

 Repérer des élèves démotivés 

 Lors de ces présentations, les élèves sont invités à répondre à différentes questions sur leurs intérêts et aptitudes, ce qui permet d’établir leur profil, sous forme de porte-folio. 

 Les élèves doivent aussi indiquer leur niveau de motivation scolaire. Ceux qui sont démotivés sont alors invités à rencontrer un conseiller en orientation. 

 «Des fois, on a des surprises. Il y a des élèves démotivés qui sont passés inaperçus, parce qu’ils n’étaient pas nécessairement en échec. On les rencontre pour comprendre ce qui se passe. On peut alors leur suggérer au besoin d’autres parcours qui pourraient mieux leur convenir», explique Geneviève Baril, conseillère en orientation à l’école secondaire La Camaradière. 

 Ces ateliers sont donnés par des conseillers en orientation embauchés par la commission scolaire, ce qui permet à d’autres professionnels comme Mme Baril de consacrer la majorité de son temps aux rencontres individuelles. 

 À l’école secondaire La Camaradière, c’est aussi une conseillère en orientation qui est responsable d’accueillir les nouveaux élèves et de s’assurer que les services leur sont offerts, selon leurs besoins. 

 «On est leur porte d’entrée. On les accompagne dans la transition et on va les référer vers d’autres professionnels au besoin», explique Mme Baril. 

 Même si l’accès à des services en orientation scolaire est plus facile à la commission scolaire de la Capitale que dans plusieurs autres milieux, Mme Baril estime toutefois qu’il serait possible de faire mieux. 

 «On en fait beaucoup, mais il y a quand même des élèves qu’on perd», lance-t-elle. 

 De nouveaux contenus en orientation scolaire au secondaire 

 Depuis l’automne, de nouveaux contenus en orientation scolaire sont obligatoires pour tous les élèves du début du secondaire. Ces apprentissages doivent être insérés dans la grille-matière existante. Leur implantation se fera progressivement, pour s’étendre jusqu’à la fin du secondaire l’an prochain. Les élèves développeront leurs connaissances du monde scolaire et du marché du travail et seront invités à réfléchir à leurs aptitudes et intérêts. Ces apprentissages sont déjà enseignés depuis l’an passé à la fin du primaire. Ils ont été développés en réponse à l’abolition du cours d’Éducation au choix de carrière, disparu avec l’arrivée de la réforme au secondaire, à la fin des années 2000.