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À menteur, menteur et demi

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Le témoignage de l’ex-avocat de Donald Trump, Michael Cohen, au Congrès ajoute à l’accumulation d’allégations incriminantes pour le président, mais l’atmosphère de cirque qui l’entoure entretient la confusion du public.

Pendant que le président Trump courtise Kim Jong-un au Vietnam, c’est le passage au Congrès de son ex-avocat qui attire toute l’attention.

L’an dernier, Cohen avait menti sciemment au Congrès et c’est en partie pour cela qu’il s’apprête à purger trois ans de prison. L’étiquette de menteur lui va bien, mais son ancien client demeure le champion toutes catégories de cette discipline.

Cohen apporte des éléments nouveaux aux soupçons contre le président. Mais qui dit vrai ? Mieux, qui est le meilleur menteur ? La vérité signifie-t-elle encore quelque chose ?

Post-vérité et cirque politique

Devant une telle confusion, il est tentant d’abandonner la quête de la vérité et de croire le menteur qui crie le plus fort, comme si les faits ne comptaient pas.

C’est ce qu’essayaient de faire les fidèles partisans républicains de Trump en audience publique hier. Ils n’ont raté aucune occasion de miner à la fois la crédibilité déjà bien mince de Cohen et celle des enquêtes sur les multiples allégations contre leur leader.

À travers ce cirque, où chaque représentant cherchait à se faire valoir devant les caméras, on a quand même appris plusieurs choses.

Faits incontournables

Cohen a déposé des pièces qui démontrent que Donald Trump était à l’origine des paiements illégaux versés à deux maîtresses pour les faire taire avant l’élection. Il est désormais impossible d’ignorer l’implication du président dans deux des crimes pour lesquels Cohen ira en prison.

Il est aussi devenu impossible d’ignorer que Donald Trump a été élu après avoir menti pendant des mois sur son projet de tour à Moscou, qui le plaçait – et qui le place peut-être encore – dans un gigantesque conflit d’intérêts avec le plus important adversaire stratégique des États-Unis.

Cohen dit aussi avoir été témoin de communications entre Trump et son acolyte Roger Stone au sujet des courriels compromettants pour Hillary Clinton disséminés par WikiLeaks. Mais cette affaire reste nébuleuse, entre autres à cause des déclarations contradictoires de Stone.

Pour couronner le tout, quand on a demandé à Cohen s’il connaissait d’autres crimes potentiels de Trump pour lesquels il possède des preuves matérielles, il a répondu que oui, mais c’est aux procureurs fédéraux de New York qu’il parlera.

Mentez, Mentez...

Ces diverses allégations suffiront-elles pour entraîner la chute de Donald Trump ? Probablement pas tant que l’atmosphère de cirque qui règne à Washington entretiendra la confusion et encouragera les partisans inconditionnels du président à voir les faits en termes purement partisans et à répliquer aux accusations en accusant les accusateurs.

C’est assez facile avec un menteur invétéré comme Michael Cohen, mais quand les allégations viendront de l’enquête Mueller et des procureurs fédéraux de New York, ce sera plus compliqué.

« Mentez, mentez, dit l’adage, il en restera toujours quelque chose. » La vérité qui se dégagera de l’actuelle confusion saura-t-elle convaincre les sénateurs républicains de larguer celui qui s’est emparé de leur parti ? La question demeure ouverte.