/sports/ski
Navigation

Dopage aux mondiaux de ski de fond: «pas surprenant» selon Alex Harvey

Alex Harvey dégoûté par le démantèlement d’un réseau de dopage sanguin aux mondiaux de ski de fond

AUSTRIA-SPORT-SKI-JUSTICE-POLICE-DOPING
Photo AFP Une camionnette de la police locale était stationnée devant l’hôtel qui héberge l’équipe autrichienne de ski de fond, dans la ville de Seefeld, durant les championnats mondiaux.

Coup d'oeil sur cet article

SEEFELD, Autriche | « Dans mon sport, j’ai toujours cru qu’il y a des tricheurs et qu’il y en a d’autres contre qui tu as des soupçons. Mais chaque fois que c’est confirmé par des histoires comme celle-là, même si ce n’est pas surprenant, ça reste dégoûtant. »

Alex Harvey a livré une nouvelle charge contre le dopage, hier, quelques heures après que la police autrichienne eut annoncé avoir démantelé avec son homologue allemande un réseau international de dopage sanguin en effectuant des perquisitions à Seefeld, où se déroulent les championnats mondiaux de ski de fond.

  • ÉCOUTEZ le podcast de QUB radio Alex Harvey, sur les traces d’un champion:

 

Parmi neuf personnes arrêtées, sept l’ont été dans cette petite ville autrichienne, dont deux skieurs d’Estonie, deux d’Autriche et, certes le plus connu, Alexey Poltoranin du Kazakhstan, décoré de 12 victoires individuelles en Coupe du monde et de deux médailles de bronze aux mondiaux de 2013.

L’un d’eux a même été « pris sur le fait » durant une « transfusion sanguine dans le bras », a affirmé un porte-parole de l’Office fédéral autrichien de police criminelle, durant la conférence de presse expliquant cette opération qui a également conduit à l’arrestation, à Erfurt, en Allemagne, d’un médecin de 40 ans nommé Mark S. et d’un complice suspectés de diriger un laboratoire clandestin.

« Tout ça pour aller en prison ? »

Les noms des cinq skieurs attrapés au filet n’avaient pas encore circulé au moment de notre rencontre avec Harvey, mais des indices étaient apparus pour quatre d’entre eux, dont Poltoranin, lorsqu’ils avaient été déclarés « non partants » à l’épreuve individuelle de 15 km de la journée. L’arrestation du Kazakh a plus tard été éventée par divers médias européens, mais le skieur québécois l’avait déjà pris comme exemple pour jeter son fiel sur le phénomène du dopage.

« Je ris parce que c’est décrit comme une organisation criminelle. Ce n’est pas la FIS (Fédération internationale de ski) ou l’Agence mondiale antidopage qui les a pognés. C’est vraiment une enquête. C’est la prison qu’ils risquent. Poltoranin, ce qu’il risque, ce n’est pas d’être suspendu et de se faire dire qu’il ne peut plus faire la Coupe du monde de ski de fond, c’est la prison. Il doit se demander : ouais, est-ce que ça valait la peine de risquer tout ça pour aller en prison ? », soulève le futur avocat, qui venait de visionner à la télé la conférence de presse.

Fierté et dégoût

Cette enquête au nom évocateur « Aderlass » (« saignée » en allemand), pour laquelle 120 policiers ont été mobilisés, avait été lancée suite aux récents aveux du skieur autrichien Johannes Dürr dans des médias allemands. Suspendu pour avoir fait usage d’EPO durant les Jeux olympiques de Sotchi, il avait détaillé les stratégies de dopage sanguin dans l’équipe autrichienne.

À un mois de la fin de sa carrière, ce nouveau chapitre laisse Harvey partagé entre le dégoût et la fierté d’avoir joué sans mensonges dans son sport.

« Je ne suis pas aveugle, je pense qu’il y en a encore dans mon sport, en vélo de route, en athlétisme et dans des sports d’endurance. Il n’y a pas de gros montants à aller chercher, mais ça peut valoir la peine (pour les tricheurs). C’est l’appât du gain », déplore-t-il.

« Durant toute ma carrière, j’ai eu la conviction qu’il y avait des tricheurs, mais j’avais aussi la conviction que c’est possible de les battre malgré ça. Poltoranin m’a battu souvent, mais je l’ai aussi battu dans les grands championnats. L’an passé, au Tour de ski, il a fini quatrième, mais je l’ai quand même battu dans la dernière montée. Et s’il se dopait, c’était l’an dernier parce que c’était la meilleure année pour le faire avec les Jeux olympiques. »

« Ça ne change pas le fait que c’est dégueulasse. Ce sont des tricheurs. »

Médailles perdues en raison du dopage: Harvey en fait son deuil

AUSTRIA-SPORT-SKI-JUSTICE-POLICE-DOPING
Photo d’archives, AFP

Partant du principe que la police ne redonne pas une médaille gagnée par un athlète soupçonné de dopage, Alex Harvey ne rêve plus à celle de bronze qu’il pourrait récupérer des championnats mondiaux de 2013.

À Val di Fiemme, en Italie, Devon Kershaw et lui avaient terminé quatrième au sprint par équipe, à 0,3 s d’un duo kazakh auquel faisait partie Alexey Poltoranin, inculpé dans le raid policier d’hier en Autriche.

Or, Harvey rappelle que la légitimité de retirer une médaille ne relève pas de l’autorité judiciaire, mais plutôt de la Fédération internationale de ski (FIS) suite à des preuves fournies par l’Agence mondiale antidopage.

« Au moins, dans notre cœur à nous, Devon et moi, on sait que cette journée-là, on était au niveau d’une médaille aux championnats du monde. Admettons qu’on la recevrait dans six mois, ça changerait quoi ? On l’a dans notre tête la confirmation qu’on avait eu une bonne journée. Six ans plus tard, Devon n’obtiendrait pas plus de commanditaires, moi non plus. On n’aurait rien de plus qu’une médaille qui irait finalement dans un tiroir », estime l’athlète de 30 ans, qui défendra dimanche son titre mondial du 50 km.

« Victoire du système criminel »

Même depuis le scandale des Jeux de Sotchi qui nourrissent les soupçons sur les skieurs russes, Harvey ne s’invente plus un nouveau scénario depuis sa quatrième place au 50 km des Jeux olympiques de Pyeongchang. Les Russes Alexander Bolshunov et Andrey Larkov avaient remporté les médailles d’argent et de bronze derrière le Finlandais Livo Niskanen.

Ce démantèlement du réseau international de dopage sanguin lui fait dire que « c’est une victoire du système criminel qui fait presque mal paraître le système antidopage ». C’est pourquoi il dit ne plus avoir d’attentes.

« Je me suis fait à l’idée que je n’en aurai pas de médaille, même pas dans mes 10 années », soulève le Québécois.

« Quand tu gagnes une médaille, il y a toute la dose de joie que tu obtiens. Quand tu la reçois plus tard, il y aurait peut-être une petite cérémonie, mais ce n’est pas la même affaire. Mon deuil est fait. »

Un nouveau chapitre

Le Kazakh Alexey Poltoranin, épinglé hier durant les mondiaux de ski de fond, devient un autre grand nom dans l’histoire sombre du dopage dans ce sport. Le plus gros coup de tonnerre précédent remontait à la fin de l’année 2017 lorsque six fondeurs russes avaient été reconnus coupables de dopage lors des Jeux olympiques de Sotchi.

Parmi eux se trouvaient le champion du 50 km, Alexander Legkov, et le vice-champion, Maxim Vylegzhanin. Leur disqualification par le Comité international olympique les avait obligés à remettre leurs médailles. Ils avaient également fait perdre la médaille d’argent remportée par la Russie au relais 4 X 10 km.