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Un pasteur accusé de sévices

Un couple à la tête d’une église de Longueuil prêchait aux fidèles d’infliger des châtiments aux enfants

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Un pasteur de la Rive-Sud de Montréal et son épouse seront accusés ce matin d’avoir infligé des châtiments corporels à coups de bâton à des enfants, en plus d’avoir encouragé pendant quatre décennies leurs fidèles à faire de même.

Mario Monette et sa femme Carole Van Houtte, tous deux âgés de 65 ans, ont été arrêtés jeudi par le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), après une enquête de plus d’un an.

« Ils avaient un contrôle psychologique important sur les gens qui fréquentaient leur église. L’influence de ces prêches, où on mettait de l’avant de corriger les enfants, faisait en sorte que certains fidèles auraient posé des agressions armées. [...] Ça peut être avec un bâton ou une règle, par exemple », a expliqué Jean-Pierre Voutsinos, porte-parole du SPAL.

Vendredi, le couple comparaîtra au palais de justice de Longueuil et fera face à un total de 32 chefs d’accusation, notamment d’agression armée, de voies de fait, d’avoir infligé des lésions corporelles, de menaces, de séquestration et d’incitation à commettre un acte criminel.

Les accusations concernent huit victimes, qui étaient toutes mineures au moment des gestes allégués entre 1974 et 2019.

Mario Monette et sa femme Carole Van Houtte étaient à la tête de l’Église biblique baptiste métropolitaine sud, située sur la rue Mountainview, dans le secteur de Saint-Hubert, depuis 1982.
Photo PIerre-Paul Poulin
Mario Monette et sa femme Carole Van Houtte étaient à la tête de l’Église biblique baptiste métropolitaine sud, située sur la rue Mountainview, dans le secteur de Saint-Hubert, depuis 1982.

Depuis 1982

Monette dirigeait depuis 1982 l’Église biblique baptiste métropolitaine sud, dans le secteur de Saint-Hubert.

Sur son site internet, on décrit l’endroit comme étant « une église indépendante, fondamentale, gagneuse d’âmes » où l’on désire « combler les besoins de chacun ».

« Les classes ont pour objectifs d’enseigner les jeunes dans les voies du Seigneur, de suivre leur progression, tout en communiquant aux parents les éléments pertinents qui peuvent contribuer à la croissance spirituelle de leurs enfants », peut-on lire dans la section dédiée à la jeunesse.

On y fait valoir que le « Seigneur a utilisé le Pasteur Monette de façon grandiose à Saint-Hubert ». Il a aussi effectué des voyages missionnaires un peu partout dans le monde, dit-on sur le site.

Mario Monette et Carole Van Houtte.
Courtoisie
Mario Monette et Carole Van Houtte.

Enquête difficile

L’enquête sur le couple s’est amorcée il y a environ un an et s’est avérée difficile par moments. Certaines personnes rencontrées ont été victimes de leurs propres parents qui fréquentaient l’église et qui ont mis en application les prêches. Des gens hésitaient à porter plainte contre leur famille.

« Il y a eu beaucoup de gens avec qui on a pu parler. Ce n’est pas tout le monde qui voulait témoigner et porter plainte dans le dossier », relate l’agent Voutsinos, précisant que des citoyens ont accepté de témoigner seulement sous le couvert de l’anonymat.

Il n’est pas exclu qu’il y ait d’autres arrestations dans ce dossier. Et il n’est pas impossible que Mario Monette et Carole Van Houtte aient fait d’autres victimes.

​​« Pour l’instant, il n’y a pas d’autres arrestations. L’enquête se poursuit. On va voir avec l’information qui va rentrer. Si des personnes n’avaient pas encore décidé de parler, comme témoins ou victimes, ça peut être le temps de le faire », a indiqué Jean-Pierre Voutsinos.

Carole Van Houtte
Courtoisie
Carole Van Houtte

Selon nos informations, plusieurs fidèles ont quitté l’église depuis le début de l’enquête.

Le fils de Mario Monette avait rapporté sur les ondes du 98,5 FM il y a un an le genre de châtiments corporels que ses parents lui auraient fait subir durant sa jeunesse. Celui-ci a quitté l’église il y a plus de 10 ans.

« Mon père et ma mère nous battaient régulièrement, moi et mes frères et sœurs. On passait dans une pièce et on recevait 10 coups de bâton de bois franc chacun. On passait plusieurs tours chaque. J’avais cinq ans et je me souviens qu’on a arrêté de compter les coups à 80 », avait notamment témoigné Paul-Émile Monette en entrevue à la radio.

Les corrections physiques étaient encouragées lorsque les enfants ne respectaient pas les règles, a-t-il expliqué.

Toujours selon M. Monette, son père et sa mère encourageaient les fidèles à couper les liens avec leurs proches qui ne faisaient pas partie de l’église. Et chaque semaine, ils devaient donner l’équivalent de 10 % de leur salaire brut.


► La police de Longueuil demande à toute personne qui aurait des informations au sujet des agissements du pasteur et de sa femme de contacter les enquêteurs au 450-463-7211.