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Des quêteux qui roulent carrosse

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La lettre ouverte de Jacques-André Dupont, PDG de trois grands festivals de Montréal, publiée dans La Presse de lundi dernier, a failli me tirer les larmes. Heureusement, je me suis ressaisi !

Comme il y a de bonnes chances que vous n’ayez pas lu cette lettre attendrissante – aujourd’hui, on lit plutôt « tweets » et SMS –, je la résume en deux coups de cuiller à pot. Sept festivals crient famine parce que les festivaliers se sustentent désormais dans les restos et les bars construits dans le Quartier des spectacles plutôt que de le faire dans les « kiosques officiels ». Comble de malheur, les immeubles qu’a attirés le quartier grugent presque tout l’espace que requièrent les spectacles.

Loin d’être le succès dont politiciens et organisateurs se vantaient, le quartier mettrait en péril « le volet gratuit des festivals ». C’est ce qu’on doit déduire de la lettre endossée par cinq personnalités, dont Martin Roy, PDG du regroupement de nombreux festivals. Conclusion qu’ose à peine formuler cette lettre émouvante : les festivals veulent plus d’argent !

FAUDRAIT ENCORE DES $$$

Combien ? On ne le mentionne pas. Qui devrait ouvrir son cœur ? On ne le dit pas non plus. On laisse toutefois entendre que restaurateurs et commerçants qui « s’engraissent » aux dépens des organisateurs devraient partager généreusement avec eux. Il est question de 5 M$ dans leur cas.

Ces « infâmes profiteurs » n’ont pas mis de temps à réagir. Dès le lendemain de la lettre, ils ont crié à la discrimination s’ils doivent verser une redevance aux organisateurs. Un restaurateur indigné a souligné que ce ne sont pas les quelques semaines de festivités qui le font vivre, mais sa clientèle régulière.

Après avoir pouffé de rire (ce qui ne surprendra personne), la mairesse Valérie Plante a déclaré que Montréal verse en moyenne plus de 2 millions de dollars chaque été pour les festivals. La ville doit aussi payer les policiers affectés à la sécurité et les cols bleus qui participent aux aménagements. La mairesse invite les organisateurs à tendre la main du côté d’Ottawa et de Québec. Autrement dit, piger encore une fois dans nos poches.

QUI SONT LES QUÊTEUX ?

Si les organisateurs ont raison de prétendre qu’ils n’ont plus assez d’espace pour leurs spectacles, la mairesse aurait intérêt à expliquer pourquoi la ville a attribué autant de permis de construction dans un quartier consacré aux spectacles.

Spectra, fondée par Alain Simard, est la championne des festivals. L’entreprise appartient maintenant à Evenko, détenue en majorité par les Molson. Evenko produit plus de 1200 événements par an dans l’est du Canada et des États-Unis. Le groupe Juste pour rire, créé par Gilbert Rozon, a été vendu à l’américain ICM Partners et à l’artiste d’origine canadienne, Howard Mandel.

SIMARD, ROZON ET CIE

Sans Alain Simard et Gilbert Rozon, d’authentiques visionnaires, nos grands festivals n’existeraient pas. On leur doit une fière chandelle. Mais que je sache, si les festivals ont toujours été des OSBL (organismes sans but lucratif) ni Spectra ni le Groupe Juste pour rire n’ont fait vœu de pauvreté, ce qui a permis à leurs fondateurs et associés de rouler carrosse doré et de s’enrichir.

Étant d’éternels quêteux, Spectra, Juste pour rire et compagnie auraient intérêt à être moins sibyllins lorsqu’ils réclament de l’argent public et à être beaucoup plus transparents lorsqu’ils le dépensent.