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Ils partent en guerre pour défendre leur médecin

Un spécialiste de la douleur chronique doit suivre une formation de 105 jours

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Stéphanie Guénette, ici dans son salon de Saint-Lin–Laurentides avec ses deux chiens, souffre de douleurs chroniques qui peuvent l’empêcher de marcher, de dormir et de se tourner.

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Plusieurs patients d’un expert en traitement de la douleur chronique s’inquiètent de son absence prolongée, car il est forcé de suivre une formation par le Collège des médecins. Ils lançaient hier une campagne sur les réseaux sociaux pour dénoncer cette situation.

Stéphanie Guénette fait partie de ces patients. La femme de 40 ans qui habite les Laurentides souffre de douleurs chroniques qui peuvent l’empêcher de marcher, de dormir, de se retourner, bref d’avoir une vie normale. Elle est suivie par le Dr Gilbert Blaise, qui est spécialiste en anesthésiologie depuis plus de 40 ans.

Le professeur à l’Université de Montréal de 72 ans, qui lui a été recommandé par son médecin de famille, est le seul à pouvoir contrôler sa douleur, selon elle.

« Il y a quelques semaines, lorsque le Dr Blaise m’a appelée, je lui ai expliqué que je restais coincée dans mon lit la nuit. Lorsque je me réveillais, je pleurais et je criais parce que j’avais trop mal. Il est parti en vélo porter une requête de résonance magnétique urgente à l’hôpital Jean-Talon sur-le-champ. Connaissez-vous bien des médecins qui feraient ça ? » demande Mme Guénette, dont la médication doit être ajustée toutes les deux semaines.

Couchée pendant 20 ans

Même son de cloche pour Andrée Matte, qui endure ses douleurs chroniques dans le bas du dos, au bassin, à la jambe et à la hanche depuis plus de 25 ans.

La Montréalaise doit voir le Dr Blaise tous les mois, afin de recevoir des injections spécifiques pour contrôler ses maux. Elle fait partie de la vingtaine de patients qui ont lancé cette semaine une vidéo d’une heure en soutien à leur médecin.

« J’ai été couchée par terre ou dans mon lit pendant 20 ans presque 23 heures sur 24. J’évite la position assise, car c’est une vraie torture. Je ne peux l’endurer. Je ne relaxe jamais. Depuis trois ou quatre ans, je me lève et je bouge un peu plus grâce aux soins du Dr Blaise. Sans lui, je ne serais pas vivante », dit la dame de 47 ans dans la vidéo.

Or, depuis le 8 février, sur ordre du Collège des médecins (CDM), le spécialiste ne peut plus pratiquer, car il doit se soumettre à un stage de perfectionnement de 105 jours en algologie (étude de la douleur) et en médecine familiale.

Selon la relationniste de presse du CDM, Caroline Langis, ces stages sont exigés dans deux contextes différents :

  • le médecin décide de réorienter sa carrière ;
  • à la suite d’une inspection professionnelle qui peut être réalisée à tout moment par le Collège. Même s’il n’y a aucune plainte au dossier, le syndic peut exiger un stage de perfectionnement.

Pas contre les formations

Le Collège n’a pas été en mesure de dire lequel de ces deux contextes s’appliquait dans ce cas précis. Quant au Dr Blaise, il indique ne pas vouloir changer de carrière.

Dans une entrevue au Journal, le Dr Blaise précise qu’il n’est pas contre les formations, mais il trouve que celles qu’il doit suivre présentement sont exagérées.

« Les formations sont essentielles. Mais est-ce nécessaire de faire souffrir 100 patients pendant trois mois en plus de me coûter 60 000 $ ? Je ne crois pas », insiste-t-il.


La Fédération des médecins spécialistes du Québec considère une telle formation comme « inhabituelle », mais n’a pas voulu commenter davantage.