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«J.E.» | Toufik Benhamiche, «bouc émissaire» des autorités cubaines?

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Tenu seul responsable de la mort de Jennifer Ann Marie Innis, survenue en juillet 2017, Toufik Benhamiche dit être le bouc émissaire des autorités cubaines.

«Ils savent qu'il y a une responsabilité pénale et civile dans cette affaire, souligne le père de famille de Mascouche. Cependant, la responsabilité pénale et civile incombe à une compagnie d'État, sous-traitante de Sunwing. Donc ils ne veulent pas assumer cette responsabilité.»

En janvier, l'équipe de «J.E.» est allée à la rencontre de M. Benhamiche, à La Havane, alors qu'il venait tout juste d'être déclaré coupable d'homicide par imprudence et condamné à quatre ans de prison, à l'issue d'un second procès.

«C'est très important que la vérité se sache sur les circonstances du décès de Mme Innis, que malheureusement, les autorités cubaines essayent de maquiller», soutient M. Benhamiche.

Une excursion familiale qui tourne au drame

Le 7 juillet 2017, Toufik Benhamiche, sa femme Kahina et leurs deux filles de 6 et 9 ans, ont pris part à une excursion en bateau, qu'ils disent avoir achetée auprès d'un représentant de Sunwing à leur hôtel.

«Quand on est arrivé à la marina, on a encore renforcé notre sentiment de confiance. Le guide nous disait que c'était très facile, qu'il a toujours fait ça, que les instructions verbales suffisent, raconte Kahina Bensaadi. Il nous a même dit de le croire. "Y'a rien qui va se passer, le bateau ne peut pas se renverser!"».

Mais le couple explique que plusieurs mesures de sécurité de base n'auraient pas été respectées.

«La pratique qui devait être faite n'a pas été faite, indique M. Benhamiche. Le certificat de navigation du bateau qui devait recevoir au maximum deux personnes, ils nous ont mis à quatre, en violant le certificat de navigation du bateau. Ils ne nous ont même pas fait remplir l'exonération de responsabilité, et tout ça, c'est dans la loi cubaine.»

Quatre jours après l'accident, celui qui occupait un poste d'ingénieur à la ville de Laval, est accusé d'homicide par imprudence. Trois employés de la compagnie touristique cubaine, responsable de l'excursion, sont également accusés. Mais quelques semaines avant le procès, les accusations contre les trois employés cubains auraient été retirées.

«C'était le 6 novembre, et moi je m'en souviendrai toujours parce que c'était le début du cauchemar judiciaire», explique M. Benhamiche, qui qualifie le processus judiciaire de biaisé et partial.

«Ce qui est inquiétant c'est que le procès a duré trois, quatre heures, que les témoins cubains n'ont pas été convoqués, qu'il y en a qui ont pu sortir du pays alors que notre client ne peut pas sortir», poursuit l'avocat de M. Benhamiche, Me Julius Grey.

Toufik Benhamiche a finalement été trouvé coupable, à l'issue de ce premier procès. La décision a été infirmée par la Cour suprême de Cuba, pour vice de forme. L'homme de 47 ans a dû subir un second procès, au terme duquel il a été trouvé coupable. Il tente aujourd'hui de faire invalider une deuxième fois le jugement de la cour provinciale.

«Abandonné» par les autorités canadiennes

En plus de dénoncer l'injustice dont son client est victime depuis le début du processus judiciaire, Me Grey montre du doigt le manque de «leadership» du gouvernement canadien dans le dossier. L'avocat a d'ailleurs déposé une requête en Cour fédérale visant à exiger le rapatriement du citoyen canadien.

«Je pense qu'ils ont l'influence pour pouvoir libérer leur citoyen et ils ne le font pas», clame-t-il.

Malgré nos multiples demandes auprès du cabinet de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, il a été impossible d'obtenir une entrevue à la caméra.

«La froideur avec laquelle ils nous disaient qu'ils ne faisaient rien et qu'ils n'allaient rien faire, que la position du gouvernement ne change pas, reste la même, peu importe c'est quoi les éléments qu'on ajoute, c'est difficile de croire que vous voyez qu'il y a une famille derrière l'histoire», déplore l'épouse de M. Benhamiche.

Une famille qui peine à garder la tête hors de l'eau. Uniquement en frais d'avocats, ils ont dû débourser un peu plus de 70 000$ jusqu'ici.

«Ils sont en train de brûler trois ans, même quatre ans, peut-être cinq ans s’il est obligé de faire de la prison, de relation de petites filles avec leur père dans des années cruciales, je trouve ça épouvantable, puis le Canada n’a pas levé le petit doigt», ajoute le député fédéral de Montcalm, Luc Thériault.