/opinion/columnists
Navigation

La jeunesse rêve-t-elle réellement à Kim Kardashian?

Tout est faux avec elle.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Tout est faux avec elle.

Coup d'oeil sur cet article

Le passage de Kim Kardashian à Montréal a suscité bien des émois. Apparemment, il y avait un frisson en ville. Bien des jeunes filles étaient excitées à l’idée de la croiser.

Il n’y a rien de spécialement montréalais là-dedans. La vedette de téléréalité qui domine l’univers des médias sociaux, avec ses millions d’abonnés, est une icône de notre époque, qui a fait du narcissisme une vertu.

Célébrité

Sa vie, à bien des égards, semble se résumer à une perpétuelle mise en scène d’elle-même, à la manière d’une demi-déesse évoluant dans l’univers de la consommation frénétique. Tout chez elle est marketing. On pourrait même dire : tout est faux. Mais notre monde est faux lui aussi.

Qu’est-ce qui fait rêver dans une telle vie ? On croit comprendre qu’il s’agit de prendre le monde entier à témoin de sa propre existence, comme si cette dernière n’avait de sens que sous le signe de la célébrité. On veut se mettre en scène et trouver devant soi un public s’émerveillant de la narration de notre quotidien.

Les médias sociaux ont permis au grand nombre de goûter à petite dose à cette nouvelle vie, dans laquelle on rêve de s’installer. Il ne s’agit plus d’être connu pour un exploit, une réussite ou une grande œuvre. En fait, c’est le fait d’être connu par le grand nombre qui devient l’exploit qu’on admirera. La célébrité est une fin en soi pour peu qu’elle s’accouple avec l’extrême richesse.

On pourrait croire que le star-system hollywoodien nous avait préparés à une telle vision de l’existence. Mais au moins, les acteurs avaient-ils le mérite d’incarner des personnages, et certains se distinguaient par un talent exceptionnel. Ils étaient dignes de notre admiration, même si cela ne rendait pas plus intéressante la nouvelle nous informant de leurs amours ou de leur menu quotidien au petit-déjeuner.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Avec les vedettes à la Kardashian, nous changeons de registre. Nous sommes happés dans leur univers. Nous nous jugeons à partir d’elles aussi. Je plains les jeunes femmes victimes de cette propagande qui les convainc qu’elles ne sont pas grand-chose si leur vie ne ressemble pas au roman photo de celles qu’elles vénèrent.

Je vois dans la fascination suscitée par la Kardashian le symptôme d’une détresse culturelle immense. Nous n’avons pas appris aux jeunes à admirer autre chose que le culte du luxe et du brillant. Nous les détournons des vocations qui ont vraiment du sens.

Tristesse

La vie ne consiste pas seulement à se regarder dans un miroir et à compter les likes qui s’additionnent sur les photos que nous mettons en ligne. Il faut servir quelque chose de plus grand que soi comme sa famille, son pays, sa cause politique, sa cause sociale. Il peut s’agir aussi d’une vocation artistique ou professionnelle.

C’est ainsi qu’on se grandit. Et non en bavant devant la vie minable de vedettes aussi riches financièrement que pauvres spirituellement.