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Le fédéral et l’aéroport

Gaëtan Gagné a fui les journalistes hier.
Photo Stevens Leblanc Gaëtan Gagné a fui les journalistes hier.

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L’immobilisme du ministre Marc Garneau, depuis la sortie du comité sur la desserte aérienne de Québec la semaine passée, démontre bien la problématique entourant le modèle de gouvernance dans les aéroports, biens publics d’une importance cruciale.

Le gouvernement fédéral a choisi de confier, à compter des années 1990, la gestion, l’exploitation et le développement de certains aéroports à des administrations aéroportuaires locales, qui doivent en échange lui verser un loyer.

À Québec, ce choix s’est concrétisé en 2000. Bien qu’il demeure propriétaire des aéroports de son Réseau national d’aéroports (RNA), le gouvernement fédéral n’a donc pas de poignée, plaide-t-on, pour intervenir en ce qui concerne les opérations.

Il réglemente sécurité et sûreté, mais les opérations doivent pouvoir s’effectuer de façon indépendante, ont rappelé plusieurs sources proches du dossier.

Mais que se passe-t-il lorsque le manque de transparence et de collaboration des autorités d’un aéroport vient miner la confiance des autorités locales du milieu du tourisme et des affaires envers l’administration, comme c’est le cas à Québec ?

Certes, des membres de ce CA sont nommés par les autorités locales et les gouvernements. Qui s’assure ensuite que le conseil d’administration reçoit toute l’information pertinente en amont et détient un réel pouvoir de participer aux décisions, au lieu d’être contraint à seulement les approuver ? Que ses membres ont toute la liberté pour poser toutes les questions ? Que le PDG n’agit pas en autocrate, comme on le reproche à l’actuel PDG, Gaëtan Gagné ?

Qui mesure la performance de la gestion ou de la supervision de la part du CA, et évalue si le modèle économique évolue dans le temps afin de répondre adéquatement aux besoins stratégiques futurs ? Qui vérifie que le système de jetons de présence en vigueur pour les rencontres n’est pas abusif et contre-productif ?

Pas responsables

À toutes ces questions, la réponse est « personne ». Des audits sont effectués par Transports Canada chaque année concernant le bail. Ceux-ci s’assurent que les règles prévues sont respectées, certes, mais ne vont pas plus loin côté supervision des activités et du fonctionnement du CA.

Ces derniers n’ont de comptes à rendre à aucune instance gouvernementale, et ne sont pas responsables de difficultés financières ou de mauvaises performances, rappelle Jacques Roy, professeur titulaire à HEC, dans un rapport de l’IGOPP sur la gouvernance dans les aéroports.

Puis, il est déplorable que les administrations aéroportuaires ne soient pas assujetties, comme le sont celles des ports, à la Loi sur l’accès à l’information du Canada.

Cela contribue certainement à la culture de gestion « occulte » de l’aéroport et à son manque de collaboration avec le milieu, tel que pointé dans le rapport du Comité de travail sur l’accessibilité aérienne de Québec.

Grand ménage

À Québec, les parties prenantes devraient rappeler les membres qu’ils ont nommés sur le CA, tous devraient se concerter afin que soit adoptée, vu le contexte, une résolution demandant le départ immédiat de Gaëtan Gagné.

Ce serait le moment opportun pour nommer un nouvel administrateur indépendant. Le fédéral pourrait aussi revoir les règles de gouvernance dans les aéroports, et établir des mécanismes de révision.

En attendant, demain soir, un nouveau président du CA considéré très proche du PDG sera nommé, et M. Gagné demeurera en poste tant qu’il le pourra. La culture de gestion opaque n’est pas près d’évoluer, pas plus que l’insatisfaction envers la desserte.