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L’Église et «sa vérité»

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Ainsi donc, l’Église catholique de Québec tente de nous expliquer que, contrairement à ce que l’on croit, il n’existe pas de lien de cause à effet entre les dérives sexuelles de ses prêtres, évêques et cardinaux, agresseurs sexuels, et sa défense acharnée du célibat des prêtres.   

Au contraire, dit-elle, le célibat consacré « offre un espace de don fait à Dieu pour l’autre ». « La vision chrétienne de la sexualité [...] est source d’épanouissement » pour ceux qui la vivent en toute liberté évangélique.  

L’Église demeure enfoncée dans une langue de bois et à l’évidence tente de sauver les meubles. Car la pédophilie ecclésiastique endémique qui sévit à la grandeur de la planète et dont les conséquences sont si désastreuses pour les victimes ne peut plus être étouffée par la hiérarchie.  

Entre les paroles et les actes, le fossé s’élargit. Plus on déterre de scandales, plus on découvre de noirceur. Le communiqué de l’Église du Québec révèle dans son choix de mots rassurants une autre tentative de contrôler le message.  

Panique  

C’est un message qui n’a rien d’évangélique, mais qui est le fait d’hommes de pouvoir paniqués qui ne savent plus à quel saint se vouer.  

Même le cardinal Ouellet, qui s’est confié à l’auteur de Sodoma, Frédéric Martel, sur les abus sexuels généralisés, prétend maintenant qu’il n’a pas tenu des propos qui lui sont attribués. Mais il ne nie pas tous les propos qu’il a tenus.  

Le Vatican est secoué à la suite de la parution de Sodoma, ce livre qui se transforme en cauchemar pour l’Église de Rome, incapable d’en faire avorter la publication.  

La tentative de l’Église québécoise de discréditer Martel est pathétique. Mais le pouvoir du Vatican ne peut plus rien. La culture séculaire du silence qui y règne est désormais brisée, fracassée par les faits.  

Mensonges  

Nous sommes face à des hommes de Dieu, traqués dans leurs contradictions et mensonges. Des hommes par qui le scandale se perpétue et qui éclaboussent tous ces prêtres qui respectent leurs vœux, y compris celui de chasteté, et qui se taisent, blessés à vif, supportant avec honte et dégoût ce qui est révélé au grand jour.  

Comme la condamnation du cardinal australien George Pell pour des faits de pédophilie. Or, ce cardinal était le numéro trois de la curie romaine et un des plus proches conseillers du pape François, qui l’avait choisi pour le conseiller dans la réforme économique du Vatican.  

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En référence au livre Sodoma, qui dévoile la puissante influence des clercs homosexuels, cardinaux et évêques au premier chef dont la sexualité débridée s’affiche au Vatican, le communiqué de Québec cite des vaticanistes. Ces derniers, incapables de rejeter les faits allégués, y décèlent simplement « de nombreuses erreurs factuelles, insinuations et exagérations ».  

Car le contenu de Sodoma est un portrait implacable de l’hypocrisie, du mensonge et de la décadence actuelle de l’Église.  

De nombreux fidèles heurtés par l’inhumanité de la morale catholique imposée par les plus conservateurs des clercs, ceux-là mêmes qui s’encanaillent au Vatican, ont déjà abandonné l’institution pour protéger de cette fange leur propre foi. Qui pourrait les blâmer ?