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Art, idéologie et stupidité

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 L’enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions. 

 La stupidité également. Des gens agissent sur la base de sentiments nobles, mais ça n’empêche pas le résultat d’être une insulte à l’intelligence. 

 Vous avez peut-être vu, au cinéma, le film Marie, Reine d’Écosse, sorti récemment. 

 Ne modifiez pas votre agenda pour y aller. 

 Faussetés 

 L’action se passe entre 1561 et 1587. 

 Le film raconte la rivalité entre la reine d’Angleterre, la protestante Elizabeth, et sa cousine, la catholique Marie Stuart d’Écosse. 

 C’est ultra-politiquement correct. Dans chacune des scènes se déroulant dans les deux cours royales, on voit, en arrière-plan, plusieurs acteurs d’origine africaine. 

 Si quotas de « diversité » il y avait, ils ont été fracassés. 

 Ces acteurs ne jouent pas des rôles d’esclaves ou de domestiques, mais de gentilshommes à la cour. 

 Pardon ? À la fin du 16e siècle ? En Angleterre et en Écosse ? 

 Les Britanniques ne mettent pas les pieds en Afrique avant le milieu du 17e siècle, 100 ans plus tard, lorsqu’ils voient le potentiel économique de l’esclavage. 

 Je répète : c’est 100 ans plus tard, et ce sont des esclaves qu’ils ramènent, pas des nobles. 

 L’ambassadeur d’Angleterre à la cour d’Écosse, Thomas Randolph, est joué par un acteur noir. Dans la vraie vie, il ne l’était évidemment pas. 

 Supposons que vous dites d’entrée de jeu que vous faites une adaptation modernisée. 

 Alors, pas de problème. 

 On peut monter une pièce de Shakespeare avec uniquement des Noirs, des Asiatiques ou des roux, si on veut. 

 Au théâtre, j’ai vu une superbe adaptation de Caligula, d’Albert Camus, où les toges romaines et les colonnes de marbre étaient remplacées par des vestons noirs et des tuyaux d’égouts. 

 Mais on ne se prétendait pas historiquement véridique. 

 C’est pareil si vous faites une parodie, comme lorsque les Monty Python s’amusèrent avec le roi Arthur et les Chevaliers de la Table ronde. 

 Je n’ai aucun problème non plus à ce qu’une œuvre dramatise la réalité pour mieux captiver. 

 Mais dans le film dont je vous parle, on se prend au sérieux, on se donne un air rigoureux : on veut nous enseigner une page d’histoire. 

 On ne se veut pas ironique ou onirique. Il n’y a pas de second degré. On ne peut donc pas invoquer l’argument de la liberté artistique. 

 En sommes-nous à un point où la rectitude aboutit à des falsifications grossières, à des réécritures grotesques ? Oui. 

 Dangereux 

 Tiens, Georges St-Pierre vient d’annoncer sa retraite. 

 Un lecteur m’a fait remarquer que St-Pierre montait toujours dans l’octogone avec un bandeau de samouraï autour du front. 

 À ma connaissance, des Japonais n’ont pas encore protesté et beaucoup doivent être fiers. 

 Les Nippons, que voulez-vous, qui ont pourtant beaucoup souffert, n’ont pas une culture de la macération victimaire. 

 Vous avez la bêtise de ceux qui ne font pas assez d’efforts pour bien faire, et vous avez la bêtise de ceux qui font trop d’efforts pour bien faire. 

 À tout prendre, je préfère les premiers. Ils sont moins dangereux.

*Un gros merci à ceux et celles qui m’ont rappelé qu’elles étaient cousines et non demi-sœurs. Évidemment, mon point fondamental sur la crédibilité dans le choix des acteurs quand on se veut rigoureux et non ironique ou onirique demeure.