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Voici les approches déployées par les proxénètes qui vivent de la prostitution juvénile

Ces rapaces ont plus d'un truc pour appâter nos jeunes filles

Bloc prostitution prostituée
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La demande pour la prostitution juvénile est si grande à Québec que des proxénètes de Montréal ou de Laval viennent régulièrement dans la capitale pour y recruter des jeunes filles, a révélé Le Journal cette semaine. Après nous être entretenues avec des enquêteurs du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), des intervenants du Projet Intervention Prostitution Québec (PIPQ) et la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), nous révélons les modus operandi de ces rapaces qui font tout pour appâter les mineures. Les jeunes proies tombent rapidement sous l’emprise de ces prédateurs qui les isolent de leur entourage et leur font parcourir le «corridor» du sexe, de Montréal à Toronto, puis vers l’Ouest canadien.  

LES 5 MODUS OPERANDI DES PIMPS  

1• L’HISTOIRE D’AMOUR  

Les pimps ciblent de jeunes filles vulnérables, en fouillant les réseaux sociaux. Ils les charment en proposant de combler leurs «carences», que ce soit leur besoin d’appartenir à un groupe ou d’être valorisées, en les invitant dans des sorties jet-set et en leur offrant des objets de luxe. Les jeunes filles tombent ensuite «amoureuses» de leur pimp et finissent par se prostituer pour lui.    

2• LE RECRUTEUR  

Certains proxénètes ont recours à des recruteurs – ou des recruteuses, comme dans Fugueuse – pour attirer des jeunes filles. Ils approchent des mineures en les invitant dans des «partys» d’envergure dans des suites d’hôtel ou des condos de luxe. Ils y invitent parfois des personnalités connues auprès des jeunes, comme des rappeurs, dont la police refuse toutefois de dévoiler l’identité. Certains de ces recruteurs vendent du rêve aux jeunes filles, en leur offrant ouvertement le travail d’escorte. Ils leur font miroiter «la grosse vie», la possibilité d’avoir recours à des chirurgies plastiques et le potentiel de faire beaucoup d’argent, rapidement. Si un pimp arrive à faire «travailler» à son compte une des jeunes filles ainsi appâtées, son recruteur touchera ensuite un pourcentage de ses gains.    

3• L’INSTINCT DE SURVIE  

Dans certains cas, les proxénètes se tournent vers des ados démunies, qui ont besoin d’argent pour subvenir à leurs besoins de base. Il peut s’agir de jeunes en fugue, soulignent les autorités. Les pimps prennent souvent le contrôle de ces filles en entretenant leur dépendance aux drogues pour les tenir captives.    

4• DROGUÉES ET VIOLÉES  

Pour appâter leurs proies dès l’âge de 14 ans, certains pimps ont recours à une méthode plus radicale, soit les droguer après les avoir rencontrées dans des «partys». Cette technique vise à les «casser» et les «déprogrammer», en les violant à plusieurs reprises notamment, pour finalement les amener à se prostituer. Les jeunes filles seront régulièrement trimballées d’appartement en appartement, puis de ville en ville, expliquent les autorités.    

5• DES VOLONTAIRES  

Enfin, aussi étonnant que cela puisse paraître, certaines jeunes femmes vont elles-mêmes proposer leurs services à des proxénètes rencontrés dans des bars, des centres d’achats ou même dans certaines cours d’école. Parfois mineures, parfois majeures, elles désirent ainsi «provoquer» et mettre en lumière leur «luxueux» mode de vie.    

10 RÉALITÉS DES RÉSEAUX DE PROXÉNÈTES    

SNAPCHAT, FACEBOOK ET INSTAGRAM  

Les réseaux Facebook, Snapchat et Instagram sont utilisés par les proxénètes, pour recruter leurs futures victimes. En scrutant leurs profils, ils arrivent à en savoir beaucoup sur leur vie privée. Grâce aux commentaires écrits par les jeunes filles, les pimps arrivent à détecter le moment où elles se montrent plus vulnérables, pour les appâter.    

CENTRE COMMERCIAUX  

Les proxénètes rôdent régulièrement dans les centres d’achats, lieux de prédilection des jeunes filles, afin de recruter. «Le loup va aller là où il y a des moutons», illustre l’inspecteur du SPVQ Mario Vézina. Bien au fait de la situation, les responsables des principaux centres commerciaux de Québec affirment avoir créé un «bon lien» avec les services policiers et leur rapportent tout événement qui pourrait être lié au recrutement de jeunes filles.    

MENACES ET VIOLENCE  

Les jeunes filles sous l’emprise de proxénètes sont souvent victimes de violence, affirment les autorités. Il s’agit d’une manière pour le pimp d’exercer son contrôle sur elles. Fins manipulateurs, les proxénètes ont aussi recours à la menace pour garder leurs proies dans leurs griffes. «Ils peuvent menacer de raconter ce qu’elles font à leurs parents, ou de faire du mal à leur petit frère, par exemple», explique le SPVQ.    

LES INITIALES DU PIMP TATOUÉES SUR LA FILLE  

Ayant la plupart du temps un profil «narcissique» et «manipulateur», les proxénètes vont même jusqu’à imposer que la jeune fille se fasse tatouer leur nom, ou un signe qui les représente. Ainsi, toutes les jeunes femmes qui «travaillent pour lui» ont le même tatouage. Cette pratique très fréquente dans le milieu est appelée le branding.    

RECRUTÉES DÈS 14 ANS  

Les jeunes filles peuvent être recrutées dès l’âge de 14 ans. Ces jeunes filles «plus fragiles» seront ainsi plus facilement «contrôlées» et plus enclines à développer une histoire d’amour avec leur proxénète. Selon nos informations, certains pimps tenteraient d’éviter de cibler les mineures, afin d’attirer moins facilement l’attention de la police, mais ce n’est pas le cas à Québec, assure le SPVQ.    

BEAUCOUP D'ARGENT  

Les proxénètes font jusqu’à 15 000 $ par semaine, pour chaque jeune fille sous leur joug. Certaines reçoivent un pourcentage des recettes, alors que d’autres ne verront jamais la couleur de cet argent. Dans tous les cas, le proxénète arrivera à faire croire à la jeune fille qu’elle «fait de l’argent». Les clients paient environ 200 $ pour une demi-heure et 300 $ pour une heure. Les jeunes peuvent être obligées de «faire des dizaines de clients» par jour.    

PAS TOUTES DROGUÉES  

Certaines des filles sont aux prises avec des problèmes de consommation, ce qui permet à leur pimp de les garder «accrochées». Toutefois, celles-ci sont moins facilement «contrôlables», en raison de problèmes d’impulsivité dus à une consommation régulière. Ainsi, bon nombre de jeunes filles ne con­somment pas à la demande du pimp, qui pourra les revendre à un meilleur «prix». D’autres préfèrent rester à jeun, afin de demeurer «alertes» en présence de clients.    

DES EMOJIS CODÉS  

Pour présenter leurs jeunes filles sur différents sites d’escortes, de petites annonces ou même sur les réseaux sociaux, les proxénètes misent sur les emojis plutôt que les mots, afin de défier les systèmes de surveillance de contenu sur internet. Ainsi, un parapluie voudra dire «relations avec condoms», les gouttes d’eau peuvent représenter l’acte sexuel et le signe «interdit 18», voudra dire par exemple, que les filles sont majeures.    

PAS FACILE DE LES ARRÊTER  

Le processus d’enquête pour mettre la main au collet d’un proxénète est long et rigoureux. La preuve est souvent difficile à obtenir, soutiennent les policiers, d’autant plus si les jeunes filles sous leur emprise ont développé une liaison amoureuse. Par ailleurs, le fait que les proxénètes soient constamment en déplacement complexifie le travail des policiers.    

COMMENT PRÉVENIR?  

À la DPJ, on confirme que la populaire série Fugueuse est utilisée comme outil «thérapeutique», afin de faciliter la discussion. Du côté du PIPQ, on présente des exposés dans des écoles secondaires, pour sensibiliser les jeunes aux photos et aux informations personnelles qu’ils publient sur leurs réseaux sociaux. Pour sa part, le SPVQ conseille aux parents de maintenir une bonne communication avec leur enfant et surtout, d’être attentifs à leurs changements de comportements.    

LES PIRES CAS RÉCENTS À QUÉBEC   

Christopher Pardieu  

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Photo tirée de Facebook

Le récidiviste, qui avait déjà été condamné à Montréal à une peine de cinq ans, a écopé de neuf ans de pénitencier. En plus d’avoir forcé une femme à se prostituer pendant deux ans, il a fait une victime de 15 ans, une fugueuse.    

Kristof Pons Dion  

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Photo tirée de Facebook

Le proxénète de 20 ans a reçu une peine de trois ans pour avoir vécu des fruits de la prostitution juvénile. Il se disait amoureux de sa victime de 17 ans, qui s’est prostituée pour lui à Québec, puis à Toronto.    

Cibylle Castelli Simon  

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Photo courtoisie

Conjointe de Pons Dion, elle a été «un rouage essentiel» de ses activités de proxénétisme. Elle est la fille d’Angelica Castelli, déportée en Haïti pour avoir été «la maman du Wolf Pack».    

Thomas Chênevert  

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Photo tirée de Facebook

Il a été condamné à six ans de pénitencier pour avoir amené une jeune fugueuse de 15 ans à se prostituer et à faire plusieurs clients pendant 48 heures.    

Oussama Kada  

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Photo tirée de Facebook

Âgé de 19 ans, il est accusé d’avoir fait trois victimes de 17 à 19 ans de novembre 2017 à mai 2018 à Québec, Ottawa et Toronto. Il fait face à une dizaine de chefs en matière de proxénétisme. Il doit subir son procès en juin.    

Earlving Milord  

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Photo tirée de Facebook

Avec Suzana Tantine Mlebinge­­­, également accusée, ce pimp surnommé «TNT» a été arrêté pour avoir présumément tenté d’amener à la prostitution, un soir de mai 2018, une adolescente de 17 ans.    

Elene Dalmeida  

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Photo Capture d'écran, YouTube

La Sherbrookoise de 21 ans et le Montréalais de 24 ans Maxo Junior St-Fleur sont accusés d’avoir agi comme proxénètes à l’endroit d’une jeune de 18 ans à Québec, Trois-Rivières et «ailleurs au Québec» entre Noël et le jour de l’An 2018.    

Jean-Michael Rioux  

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Le jeune homme de 21 ans de Lévis fait face à des accusations de proxénétisme et de leurre à l’endroit de trois jeunes présumées victimes. Il est détenu depuis son arrestation en novembre.    

LES PIRES CAS RÉCENTS À MONTRÉAL    

Jean-Louis Kouadio  

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L’homme de 25 ans de Laval a écopé de cinq ans de détention en mai 2018 pour avoir entraîné deux adolescentes dans la prostitution.    

Frédérick Francillon  

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Le Lavallois de 37 ans a été condamné à six ans de détention à l’été 2017 pour avoir fait vivre un enfer à une jeune Lavalloise vulnérable. Pendant sept ans, il l’a forcée à être danseuse nue, escorte et prostituée de rue.    

Julien Leblanc  

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Il a été reconnu coupable de proxénétisme, après avoir vendu les services sexuels de sa copine qui avait 16 ans à l’époque. La jeune femme se serait ainsi prostituée pendant environ six mois afin d’enrichir Leblanc, qui aurait gardé la moitié des recettes.    

Serge Murenzi  

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Photo tirée de Facebook

Proxénète qualifié de «parasite» par un juge, il a été condamné à cinq ans de pénitencier en octobre dernier. L’homme de 35 ans de Montréal a exploité et battu à répétition une jeune femme pendant quatre ans.    

Tatiana Isabel Sanchez  

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Détenue depuis un an, cette ancienne fugueuse de 19 ans de Montréal est accusée d’avoir elle-même recruté une jeune femme mineure pour faire de la prostitution. Elle est en attente de son procès au palais de justice de Montréal.    

Denis Désiré  

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Ce présumé proxénète travaillait comme responsable de la sécurité dans une école secondaire de Montréal-Nord avant d’être accusé en mai dernier d’avoir vécu des fruits de la prostitution d’une jeune femme. L’homme de 44 ans attend son procès.    

Jeffrey Whyte-St-Fleur  

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Arrêté en mars 2018, l’homme de 33 ans est accusé d’avoir exploité sexuellement trois femmes, dont deux mineures, qu’il aurait recrutées sur les réseaux sociaux. Il est en attente de son procès à Montréal.    

David Maignan  

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Recherché pendant quatre mois, ce présumé proxénète de 19 ans a été arrêté à l’automne dernier relativement à un dossier impliquant une mineure. Il est en attente de son procès au palais de justice de Montréal.