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Derrière le sourire de Véronique Ovaldé

Véronique Ovaldé
Photo courtoisie, Jean-Luc Bertini Véronique Ovaldé

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Après Ce que je sais de Vera Candida, La Grâce des brigands ou Soyez imprudents les enfants, l’écrivaine française Véronique Ovaldé continue de nous gâter avec un superbe et captivant 10e roman.

Avec Personne n’a peur des gens qui sourient, l’écrivaine française Véronique Ovaldé a réellement réussi à nous surprendre. Non pas parce que son 10e roman est franchement bien écrit (on savait déjà de quoi cette auteure était capable) ou qu’il se lit comme un thriller (aucun effort à fournir, si ce n’est celui de tenir le livre !), mais parce qu’il nous réserve une fin qu’on n’a absolument pas vue venir. Rien. Pas l’ombre d’une supposition sur le pourquoi du comment.

« Comme très souvent avec mes histoires, celle de ce roman a commencé avec une image, explique Véronique Ovaldé, qu’on a pu joindre chez elle à Paris il y a quelques semaines. J’ai vu cette femme seule dans un appartement qu’elle allait déserter et je l’ai sentie inquiète et menacée. Elle voulait sauver sa peau ainsi que celle de ses filles et là je me suis dit : “Mais attends, qu’est-ce qui lui arrive ?” Il a donc fallu que je plonge dans son passé afin de comprendre ce qui l’avait amenée là, quel virage elle avait pris et quelles rencontres elle avait faites pour vouloir fuir. »

La femme seule dont elle parle, c’est Gloria. Plus de maris, mais deux filles – Loulou, 6 ans, et Stella, une adolescente de 15-16 ans – qu’elle adore et qu’elle doit protéger contre quelqu’un ou quelque chose qui pourraient très bientôt mettre leur vie en danger. Par un beau matin de juin, après avoir pris toutes les mesures nécessaires pour éviter d’être suivie, Gloria quittera ainsi la Côte d’Azur avec ses filles et un Beretta, la maison d’Alsace où sa détestable grand-mère maternelle a jadis vécu pouvant leur offrir une retraite sûre.

La fuite en avant

« La relation au danger et à la peur me captive, poursuit Véronique Ovaldé. On peut avoir peur pour soi, mais la peur pour les autres m’intéresse beaucoup plus. Quand on a des enfants, soit on les lâche en pleine conscience, soit on s’en fout, soit on est toujours prêt à soutenir un siège. Gloria appartient à cette dernière catégorie et passe son temps à fignoler un abri anti-tempête, car tant qu’elle veille, tout ira bien. Dit comme ça, ça a l’air recommandable : oui, le monde est dangereux et vouloir protéger ses enfants, c’est moral et responsable. Mais où va-t-elle mettre la frontière ? Jusqu’où cette mère sentinelle sera-t-elle prête à aller pour protéger ses filles ? »

On le découvrira tranquillement au fil des pages tout en en apprenant un peu plus à son sujet : quelle enfance elle a eue, le tonton parano « gentiment timbré » qui a veillé sur elle après la mort de son père, son premier travail de serveuse, comment elle a rencontré l’homme de sa vie et, bien sûr, ce qui la poussera à fuir le plus loin possible de son village natal sans vraiment donner d’explications claires à ses filles.

Se méfier des mères poules ?

Pour Loulou, partir comme ça à l’autre bout du pays avant la fin des classes, ce sera plutôt amusant. Mais pour Stella, qui se verra refuser la permission de contacter par la suite ses amies – beaucoup trop dangereux ! –, ce départ précipité n’aura rien de particulièrement joyeux. Elle s’entraînera même à complètement cesser de sourire, ce qui rappellera à sa mère de lui enseigner sous peu à quel point il peut parfois être utile de paraître débonnaire.

« Le sourire, c’est une forme d’étreinte, quelque chose de totalement désarmant qui te dit : “Je ne vais pas t’agresser, je ne veux pas te faire de mal”, précise Véronique Ovaldé. Mais ce n’est pas parce qu’on sourit qu’on est inoffensif, car le sourire, c’est un masque. »

Un masque que Gloria n’hésite pas à porter depuis belle lurette et qui, dès le deuxième chapitre, commencera à nous la faire voir sous un jour plus ambigu. « Ce que j’ai essayé de faire, c’est un texte très tendu au niveau narratif, ajoute l’écrivaine. Un texte sur le rapport à l’autre, l’altérité et la paranoïa, avec toujours cette question : jusqu’où Gloria va-t-elle aller ? »

Et c’est là qu’on en revient à ce qu’on disait au début : avec Personne n’a peur des gens qui sourient, Véronique Ovaldé a réellement réussi à nous surprendre.

Personne n’a peur des gens qui sourient, Véronique Ovaldé, aux Éditions Flammarion, 270 pages, En librairie le 7 mars
Photo courtoisie
Personne n’a peur des gens qui sourient, Véronique Ovaldé, aux Éditions Flammarion, 270 pages, En librairie le 7 mars