/news/health
Navigation

Ils sont atteints d’un mystérieux mal

Ces deux garçons ne peuvent pas aller à la garderie parce qu’ils tombent malades trop souvent

Photo collaboration spéciale Simon Dessureault
Photo collaboration spéciale, Simon Dessureault Julie Boutin et son fils Lou posent en compagnie de Cynthia Ouellet et de son garçon Loucas, tous deux atteints du syndrome MECP2, une maladie très rare.

Coup d'oeil sur cet article

Abandonner son emploi et gérer de nombreuses hospitalisations, cela fait partie des nombreux sacrifices qu’ont dû faire deux jeunes mères ayant chacune un fils atteint d’une maladie rare qui touche environ 150 garçons dans le monde.

« Mon fils a été hospitalisé au moins une dizaine de fois depuis sa naissance et il n’était pas capable de se tourner physiquement lorsqu’il était plus petit », témoigne Cynthia Ouellet, mère monoparentale de 22 ans.

Le petit Loucas, qui a 3 ans aujourd’hui, avait 1 an et demi lorsque la mère et son ancien conjoint ont reçu le diagnostic du syndrome MECP2 d’un neurologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal.

« Le neurologue a lui-même avoué ne pas beaucoup connaître cette maladie, il est parti à la retraite un mois plus tard », relate la résidente de l’arrondissement montréalais de Saint-Léonard, qui a été contrainte d’abandonner son emploi dans une épicerie.

Julie Boutin, de Saint-Jérôme, indique pour sa part que son fils Lou Beaulieu, 3 ans, a été hospitalisé une quinzaine de fois en un an et demi.

Il a même subi un affaissement des poumons. « On a eu très peur », dit la dame de 31 ans.

Sa conjointe, qui était porteuse de l’anomalie génétique, a dû quitter son emploi d’infirmière. Elle a eu l’enfant par insémination artificielle. Lou a aussi eu plusieurs bronchites et même trois adénites cervicales (surinfection des ganglions).

Pas de garderie

Mme Boutin explique qu’il est impossible d’envoyer un enfant dans cet état à la garderie, car il tombe malade trop rapidement.

« Les gens nous disent qu’ils vont bâtir leur système immunitaire, dit-elle. Mais non, ils peuvent mourir. Un rhume banal peut se changer en pneumonie. »

Lou Beaulieu (3 ans), le fils de Julie Boutin, est atteint du syndrome MECP2.
Photo collaboration spéciale, Simon Dessureault
Lou Beaulieu (3 ans), le fils de Julie Boutin, est atteint du syndrome MECP2.

Les deux mamans doivent aussi constamment nourrir leur fils avec de la purée.

Elles devront également probablement changer leurs couches pour le reste de leur vie, alors que l’espérance de vie de ces enfants est de 25 ans, pour l’instant.

Maladie orpheline

Elsa Rossignol est neuropédiatre à Sainte-Justine et elle confirme qu’il y a environ 150 cas de MECP2 diagnostiqués dans le monde.

Elle mentionne que la cause de cette maladie neurogénétique est due à la surproduction de protéines MECP2 dans le cerveau.

« Ils ont deux fois plus de cette protéine et il y a des impacts assez larges dans la biologie des neurones, explique la neurologue pour enfants. C’est une maladie orpheline qu’on commence à mieux comprendre. »

La Dre Rossignol mentionne que ces garçons ne se retournent pas d’eux-mêmes sur le ventre ou sur le dos comme c’est la norme à l’âge de 8-9 mois, qu’ils vont apprendre à marcher après 2 ans et demi et qu’ils ont un vocabulaire très restreint.

Cynthia Ouellet roule son fils Loucas sur un ballon pour l’aider à renforcer ses muscles et améliorer son équilibre.
Photo collaboration spéciale, Simon Dessureault
Cynthia Ouellet roule son fils Loucas sur un ballon pour l’aider à renforcer ses muscles et améliorer son équilibre.

« Ils n’ont pas un bon tonus musculaire et ils ont aussi des tendances beaucoup plus accrues à faire des infections respiratoires et des pneumonies », ajoute-t-elle.

Optimiste

La Dre Rossignol mentionne qu’il est maintenant possible de renverser les symptômes chez les souris adultes atteintes du MECP2, en normalisant le taux de cette protéine dans leur cerveau.

« C’est révolutionnaire et très prometteur, affirme la neuropédiatre. C’est une maladie où il y aura éventuellement des traitements. »

La Dre Rossignol ajoute qu’il y a beaucoup d’intérêt pour la recherche au sujet de cette maladie et qu’elle bénéficie d’un bon financement.

Qu’est-ce que le syndrome MECP2 ?

  • A été découvert en Allemagne en 2005 et affecte principalement les garçons

Les principaux symptômes sont :

  • Un retard global du développement affectant les capacités à se tourner, s’asseoir, ramper et marcher
  • Une déficience intellectuelle ou de l’autisme, avec des difficultés relationnelles
  • Une épilepsie (chez 50 % des malades), souvent réfractaire aux traitements
  • Une propension aux infections respiratoires (pneumonies)
  • Un risque plus élevé de décès durant l’enfance (50 % de décès avant 25 ans)
Source : Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine