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Niaisages autour du bulletin

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Photo Agence QMI, Simon Clark Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a bien fait cette semaine de refuser de débattre de nouveau du bulletin.

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Une des meilleures décisions du ministre Jean-François Roberge, cette semaine ? Empêcher le retour du débat sur le bulletin chiffré.

C’est le Conseil supérieur de l’Éducation qui, dans son dernier rapport « Évaluer pour que ça compte vraiment », invitait à reprendre encore celui-ci.

J’écris « encore » parce qu’on a depuis vingt ans dépensé beaucoup trop d’énergie à ce débat. Alors qu’il y a tant de problèmes plus prégnants en éducation, on aurait tort de se déchirer de nouveau autour des questions d’évaluation...

« Bonshommes »

Au début des années 2000, la réforme de l’éducation, rebaptisée plus tard « renouveau pédagogique », dynamitait les antiques bulletins chiffrés.

L’accent est désormais mis sur des compétences et non des connaissances ; la moyenne du groupe disparaît. Plusieurs modèles sont alors proposés.

Un d’entre eux prévoyait par exemple que des « bonshommes » souriants ou maussades illustrent la progression d’un enfant dans un univers donné. Très rapidement, les bulletins déplaisent à plusieurs. Bien des parents ne s’y retrouvent pas.

 En 2000, après la réforme, Lucien Bouchard 
avait marqué sa préférence pour 
celui « à l’ancienne ».
Photo courtoisie
En 2000, après la réforme, Lucien Bouchard avait marqué sa préférence pour celui « à l’ancienne ».

Novembre 2000 : premier ministre, Lucien Bouchard saute dans la mêlée et marque sa préférence pour le modèle « à l’ancienne ».

Son ministre de l’Éducation, François Legault, se sent alors contraint de remettre en question la politique d’évaluation mise en avant par son propre ministère, tout en plaidant contre la fameuse moyenne du groupe.

Les libéraux au pouvoir en 2003 ne changent pas grand-chose à la réforme Marois-Legault. Jusqu’à ce qu’ils reçoivent l’électrochoc de 2007 : le gouvernement minoritaire. Il pique alors une idée à l’ADQ, opposition officielle : retour au bulletin chiffré.

Jean Charest en fait même une de ses annonces phares lors de son discours inaugural : « Pour que vous, les parents, sachiez comment progressent vos enfants à l’école, nous ferons en sorte qu’un bulletin chiffré soit en vigueur dès la prochaine rentrée scolaire. »

Depuis, qui se plaint du bulletin, à part quelques experts en psychopédagogie dont c’est le sujet de recherche ?

La réforme de 1994

Pendant qu’on s’échinait autour de la réforme et des bulletins avec chiffres ou émoticônes, voire avec soleils ou nuages, on oubliait des problèmes pourtant « prégnants » en éducation au Québec.

Le principal selon moi : l’impossibilité, sinon la grande difficulté, pour des gens qui ont des formations disciplinaires, de devenir des professeurs au secondaire.

Comme le rappelaient les historiennes Brigitte Caulier, Karine Hébert et Louise Bienvenue récemment dans les pages du Devoir, depuis 1994, « l’unique voie d’accès aux carrières enseignantes » est le baccalauréat de quatre années en sciences de l’éducation.

Conséquence : « à l’heure actuelle, le Québec se prive de ressources humaines de grande valeur », écrivent avec raison Caulier et compagnie.

Car « les départements universitaires forment chaque année un nombre important de diplômés de baccalauréat, de maîtrise, voire de doctorat, dans des disciplines scientifiques diverses, comme les mathématiques, la littérature, la géographie et l’histoire ».

Ils ne peuvent plus comme jadis (avant 1994), avec un certificat d’un an, devenir professeurs. (Notons que cela est toujours possible en Ontario.)

Un certificat

Pendant ce temps, on déplore une « pénurie » de professeurs dans nos écoles secondaires.

Quant aux enseignants en place, plusieurs se plaignent de leur formation disciplinaire insuffisante : « À l’heure actuelle, plusieurs enseignants d’histoire se voient contraints d’entamer leur carrière avec, au mieux, l’équivalent d’un certificat dans cette discipline », pouvait-on par exemple lire dans un rapport en 2013.

Pourquoi parle-t-on si peu de ce sujet bien plus déterminant pour la qualité de l’éducation que la manière dont on fait le bulletin ? Si l’éducation est une vraie priorité pour le gouvernement Legault, il devrait s’y attaquer et libéraliser le métier d’enseignant.

La citation de la semaine

« Êtes-vous en train de vous ingérer de façon politique dans [...] ma décision en tant que procureure générale ? »

– Jody Wilson-Raybould, ex-ministre de la Justice, a soutenu avoir posé cette question à Justin Trudeau

Le carnet de la semaine

Internet, 1867

Les fondateurs du Dominion étaient des visionnaires, si l’on se fie à ce qu’a affirmé la ministre de la Culture Nathalie Roy en chambre, mercredi : « Nous vivons dans un État de droit, et tout ce qui est internet est de compétence fédérale. Je ne l’ai pas inventé, c’était la Loi constitutionnelle de 1867, c’est les Pères de la Confédération qui ont pensé à ça. » La phrase a déclenché l’hilarité sur la Toile. On a notamment « appris » que Georges-Étienne Cartier a nourri son compte Instagram pendant toute la conférence de Charlottetown ! Ha ! Ha !

Rizqy pro-lutte des classes

La libérale Marwah Rizqy a surpris, jeudi, en reprenant à son compte un célèbre concept marxiste lors de la commission parlementaire sur le projet de loi 3 portant sur les taxes scolaires : « Vous me faites un peu sourire M. le ministre des Finances quand vous nous dites que vous ne faites pas la “lutte des classes”. C’est bien dommage, parce que les citoyens, c’est ce qu’ils nous demandent ! Et quand on voit partout dans le monde des manifestations, notamment en France [...] les “gilets jaunes”, c’est justement de cela qu’il est question, la lutte des classes ! »

Le fou rire de la semaine

C’est sans aucun doute Gabriel Nadeau-Dubois de Québec solidaire qui a déclenché le fou rire de la semaine, jeudi, lorsqu’il a déclaré, à propos du coût des maternelles 4 ans : « Le ministre devrait [...] poser une question très simple [à son collègue du Trésor] : l’argent, là, est-ce que c’est infini ? Je pense que la réponse, ce serait non. [...] Il faut donc faire des choix ! » L’éclat de rire au salon Bleu a été tel que le président François Paradis a cru bon de lancer un « s’il vous plaît ! » autoritaire, rompant ainsi pour une rare fois avec son ton sirupeux.