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Pourquoi ECR?

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Photo Jean-Francois Desgagnés

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Le Parti québécois relance le débat sur le cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) offert aux élèves du primaire et du secondaire, en réclamant son abolition, comme la Coalition avenir Québec l’a déjà proposé. Elle s’y refuse aujourd’hui.

C’est en effet utile de se demander à quoi sert une telle matière en 2019.

Il importe de se rappeler pour quelles raisons le cours a été mis en place, il y a plus de dix ans. Il s’agissait d’abord de remplacer le régime à option d’enseignement religieux ou moral. On estimait que ce n’était plus le rôle de l’école de transmettre la foi, mais on se refusait à évacuer du cursus un espace où les élèves pouvaient réfléchir au vivre-ensemble et à la spiritualité.

C’est louable en soi. Toutefois, est-ce vraiment ce que le cours propose ?

De l’aveu même de ses concepteurs, le programme d’ECR ne visait pas tant à proposer des connaissances factuelles sur les religions qu’à amener les élèves vers la reconnaissance de ceux qui les pratiquent. On visait même explicitement à empêcher la formation de tout discours critique face à la pratique religieuse, les enseignants étant invités à intervenir auprès d’un élève qui le ferait.

Or, former à la pensée critique en s’appuyant sur une information précise, c’est la quête la plus absolue que l’école doit rechercher, particulièrement à l’ère des fake news.

Stéréotypes

On a également vu circuler des extraits de manuels scolaires et des exemples d’activités d’apprentissage qui confinent les croyants à des stéréotypes. Ainsi, un chrétien porterait nécessairement une croix dans le cou, une musulmane aurait généralement un voile, et un juif arborerait des boudins. On semble également ignorer la réalité grandissante de l’athéisme.

À cette préoccupation, les défenseurs les plus militants – et les plus agressifs – du cours d’ECR, soit ceux qui l’enseignent, nous invitent à la prudence. Les enseignants en classe sont justement formés pour amener les élèves à faire la part des choses et à exposer toutes les nuances nécessaires lors de la conduite des activités d’apprentissage.

C’est là un excellent argument en faveur de l’abolition du cours. Ainsi, son contenu pourrait être appelé à varier selon le degré de motivation, de compétence ou même les convictions personnelles de l’enseignant. Les croyances étant une réalité moins tangible et objective que les règles de la grammaire ou les lois de la physique, c’est justement avec des sujets aussi sensibles qu’un tronc commun fort est essentiel.

Éducation à la vie civique

Surtout, demandons-nous si, 12 ans après la disparition de l’enseignement religieux, un tel enseignement est encore nécessaire. Oui, comprendre le fait religieux est important pour appréhender le monde et les défis de ce Québec qui va continuer à changer. Mais l’est-ce vraiment davantage que de connaître notre histoire, découvrir la géographie ou s’introduire au fonctionnement de l’économie ?

La réponse est non. On enseigne pourtant l’ECR tous les ans, mais pas les autres matières. Comme si la religion venait avant toute chose. Comme dans le Québec d’avant.

Bref, des modules d’introduction au fait religieux pourraient être ajoutés au domaine de l’univers social, section du programme scolaire où on enseigne les sciences humaines. Certains de ses volets concernant le fonctionnement de nos institutions pourraient être joints au domaine de l’éthique et à des activités d’initiation à l’économie familiale et à la littératie numérique pour former un nouveau cours d’éducation à la vie civique.