/opinion/columnists
Navigation

Trudeau et SNC-Lavalin: quel gâchis!

Remaniement ministériel
Photo Guillaume St-Pierre

Coup d'oeil sur cet article

De nouveau, SNC-Lavalin fait scandale. Mais cette fois-ci, son lobby ébranle les colonnes du temple, jusqu’au sommet de l’État du Canada.

Ce n’est pas la première fois qu’elle appelle les gouvernements du Québec et du Canada à sa rescousse. Déjà, en 1990, elle a pu se renflouer grâce aux subventions fédérales-provinciales et ainsi empêcher sa prise de contrôle par des intérêts étrangers.

Fleuron du génie québécois, son champ d’expertise s’est étendu au fil des ans aux domaines les plus divers : infrastructures, mines, métallurgie, pétrole, gaz, énergie nucléaire, produits chimiques, pharmaceutiques, agroalimentaire, télécommunications, etc.

Outre le Canada, elle mène des projets de grande envergure sur différents continents, notamment en Afrique.

SNC-Lavalin-Afrique

SNC-Lavalin est présente en Afrique depuis une quarantaine d’années. Elle y est bien connue, mais pas nécessairement pour les bonnes raisons. Souvent associée aux pratiques des pots-de-vin, de pillage des richesses naturelles et de proximité douteuse avec les régimes corrompus, sa marque a été gravement atteinte.

Son association avec Mouammar Kadhafi, ancien guide de la Libye, et la facture salée des orgies et excentricités payée par SNC-Lavalin à son fils lors d’une de ses virées au Canada ont de quoi donner le haut-le-cœur.

Mais la Libye est loin d’être le seul pays où SNC-Lavalin est pointée du doigt. On ne compte plus les manchettes dénonçant ses agissements et relatant les enquêtes judiciaires la concernant. Son bilan éthique est désastreux.

En 2013, la Banque mondiale (BM) l’avait radiée pour dix ans de toute soumission sur les projets qu’elle finance, suite à une enquête pour corruption relative à un projet de pont au Bangladesh et d’un chantier d’électrification au Cambodge.

En 2015, c’était au tour de la Banque africaine de développement (BAQ) de sévir contre elle suite à une enquête pour des pots-de-vin octroyés au Mozambique et en Ouganda, en échange de contrats pour la construction de routes et de ponts.

Sans compter l’Algérie, où l’image de SNC-Lavalin a été dramatiquement ternie pour les nombreux scandales de malversation, d’escroquerie et de blanchiment d’argent qui avaient fait le tour du monde.

Des agissements inacceptables dans des pays en développement où les populations vivent dans la pauvreté et l’exclusion.

Et maintenant ?

Les accusations de corruption qui pèsent sur elle, au criminel, aujourd’hui, et qui ont conduit au gâchis dans lequel nous a précipités le premier ministre Justin Trudeau, depuis le 7 février dernier, ont précisément pour origine l’un de ces pays africains, la Libye.

Le procureur général du Canada accuse SNC-Lavalin d’avoir versé 48 M$ en pots-de-vin à des représentants du régime Kadhafi en vue d’obtenir des contrats publics, entre 2001 et 2011.

Loin de protéger les emplois de SNC-Lavalin, l’intervention musclée du premier ministre Trudeau n’a fait qu’aggraver la crise.

Oui, un accord de réparation aurait été souhaitable si le premier ministre n’avait pas placé ses intérêts électoralistes au-dessus de la règle de droit et de l’intérêt public.

Car l’une des conditions qu’il fallait respecter stipule que le procureur général doit donner « son consentement à la négociation d’un tel accord ».

Or, l’ex-ministre et procureure générale du Canada, Jody Wilson-Raybould, s’y était refusée et l’accuse ouvertement de pressions indues pour avoir tenté de la faire changer d’avis à des fins partisanes.

S’il voulait torpiller les travailleurs de SNC-Lavalin, il n’aurait pas pu faire mieux !