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Un livre qui fait tic tac

<b><i>Les ennemis français de la race anglaise</i></b><br />
Présentation, notes et annexes par François Deschamps<br />
Éditions Septentrion
Photo courtoisie Les ennemis français de la race anglaise
Présentation, notes et annexes par François Deschamps
Éditions Septentrion

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Ce livre est une bombe à retardement. En fait, elle explosera lorsqu’une majorité de Québécois auront lu cet ouvrage explosif. Et alors, nous prendrons enfin la décision que nous aurions dû prendre lors du référendum de 1995 : dire Oui à la création du pays québécois.

Je sais, il s’en trouvera toujours, souvent fort nombreux, souvent influents, pour dire que cela relève d’une époque révolue et qu’il ne sert à rien de remuer les cendres du passé douloureux, que les choses ont bien évolué depuis ces années troubles où un parti patriote revendiquait la création d’une « République française sur les berges du Saint-Laurent » et que ce rappel d’événements haineux et tragiques ne représente rien de bon. N’empêche, ceci explique cela, et notre combat, depuis le début des années soixante jusqu’à la Commission d’enquête sur le programme parallèle de commandites (commission Gomery), ne serait que « le retour, dans un autre contexte, de mêmes thèmes névralgiques et constitutifs que les années 1830 ont inscrits à jamais dans un recoin de notre mémoire ».

Vagues de répression

N’empêche, ceci explique cela, et toutes ces vagues répressives, de la crise d’octobre à la nuit des longs couteaux, en passant par une multitude de tentatives de dénigrement de notre langue, d’étouffement économique, de torpillage d’espoirs et d’effacement de notre histoire ne sont que la même expression d’une volonté de nous réduire et de nous assimiler, comme ce fut le cas dans les années 1830 et dont en témoignent ces lettres « anti-françaises ». Plus ça change, plus c’est pareil. « On n’échappe pas à son passé », que les êtres bien-pensants se le disent. Pour François Deschamps, il y a un évident parallèle entre la situation qui prévalait dans les années 1830 et celle qui commencera par Révolution tranquille, au début des années 1960.

La lecture de cette soixantaine de lettres adressées « à son Excellence le duc de Gosford, gouverneur en chef des Canadas », qui sont autant d’éditoriaux publiés dans le Montreal Herald, du 28 septembre 1835 au 11 janvier 1836, sous le pseudonyme de Camillus, pourra sembler fastidieuse, mais elles sont publiées dans cet ouvrage comme une « pièce à conviction » d’un projet diabolique d’assimilation et d’extermination, ni plus ni moins.

Adam Thom

L’avant-propos contient l’essentiel de l’argumentation de l’auteur François Deschamps, et nous permet de nous faire une bonne idée quant à l’identité d’Adam Thom, émigrant écossais, rédacteur en chef du Montreal Herald, chef d’un petit groupe de « Montréalais irréductibles et intraitables, décidés à torpiller, coûte que coûte, le projet d’émancipation politique du grand corps de la nation québécoise en gestation dans les années 1830 ». Ces irréductibles, formés de banquiers, de marchands, de magistrats et de miliciens ultra-tories, regroupés dans des loges maçonniques civiles et militaires, ont des noms évocateurs : Griffin, Mackay, McCord, McGill, Molson, etc.

Adam Thom, « porte-parole autoproclamé de la communauté de langue anglaise du Québec », sonne l’alarme à chacune de ses lettres anti-françaises. Ce n’est rien de moins que l’Empire britannique et le Dominion du Canada en gestation qui sont menacés de démembrement à cause des revendications des Canadiens et de la mollesse du gouverneur qu’il invite à réagir avant qu’il ne soit trop tard. Il implore « le spectre d’une violence libératrice » et n’hésite pas à en appeler aux armes et à la « résistance physique », pour neutraliser, une fois pour toutes, « l’influence néfaste qu’exerce la majorité française indélogeable à la Chambre d’assemblée ». Et cela, à peine un an avant l’insurrection de 1837.

Thom en appelle donc à la « violence fondatrice » en se faisant l’annonciateur d’une guerre civile. Cette violence est au cœur, selon Deschamps, des institutions politiques canadiennes et de la plaidoirie prophétique d’Adam Thom, comme le démontre la lecture de ces lettres. Arrêtons de parler des « deux peuples fondateurs [...], véritable totem devant lequel on continue de se prosterner béatement ».

Maintenant, si vous voulez pratiquer « l’autoaveuglement volontaire », libre à vous.