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Les Témoins de Jéhovah poursuivis pour agressions sexuelles

Plusieurs actes sexuels sur des mineurs auraient été dénoncés en vain à la secte

Les Témoins de Jéhovah, qui ont plusieurs lieux de culte au Québec, comme celui-ci sur la rue Ontario, à Montréal, devront se défendre de crimes sexuels dans le cadre d’une action collective autorisée par la Cour supérieure du Québec.
Photo Pierre-Paul Poulin Les Témoins de Jéhovah, qui ont plusieurs lieux de culte au Québec, comme celui-ci sur la rue Ontario, à Montréal, devront se défendre de crimes sexuels dans le cadre d’une action collective autorisée par la Cour supérieure du Québec.

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Les Témoins de Jéhovah peuvent être poursuivis pour de graves allégations d’agressions sexuelles sur des mineurs au sein de ce culte, a tranché le tribunal en autorisant hier une action collective à aller de l’avant.

«L’organisation des Témoins de Jéhovah est très hiérarchisée, dirigée par des hommes et encourage la structure du silence», peut-on lire dans la décision de la juge Chantal Corriveau.

Celle-ci survient alors que le gouvernement Legault vient d’abandonner son idée de commission parlementaire sur les dérives sectaires de groupes religieux.

À l’origine du recours se trouve une ex-fidèle, Lisa Blais, qui affirme avoir été agressée sexuellement par son frère alors qu’elle était mineure.

Elle l’avait dénoncé auprès de sa famille et aux autorités religieuses, mais elle n’aurait pas obtenu le soutien escompté.

«Ces derniers l’ont découragée de dénoncer aux autorités policières son agresseur, car elle aurait ainsi risqué de ternir l’image de Dieu Jéhovah», peut-on lire dans le jugement au civil.

Depuis, la femme a été excommuniée du groupe religieux. Mais plutôt que d’en rester là, Mme Blais a décidé d’entamer une action collective contre les Témoins de Jéhovah, au nom de toutes les victimes au Québec.

Des centaines de victimes?

Elle réclame 250 000 $ par victime, qui pourraient se compter par centaines, selon les avocates Sarah Woods et Laurence Ste-Marie, qui pilotent le recours englobant tous les mineurs qui auraient été agressés sexuellement par un membre des Témoins de Jéhovah au Québec.

Dans le cas de l’action collective contre les Témoins de Jéhovah, c’est plutôt la culture du silence qui est reprochée. Car selon Mme Blais, les victimes d’agressions sexuelles ne sont pas protégées au sein de la communauté qui aurait plutôt son propre système de justice parallèle, où tout est réglé à l’interne.

Mais si les Témoins de Jéhovah craignaient que le procès soit celui de leur culte, il n’en sera rien, a tenu à préciser la juge.

Débat sur la négligence

«L’action collective proposée n’a pas pour objet de faire le procès de la religion des Témoins de Jéhovah, mais plutôt de certains modes d’action», a-t-elle indiqué.

Lors du procès, le tribunal devra plutôt trancher sur les politiques et pratiques du groupe religieux, si elles ont facilité la perpétration d’agressions sexuelles et s’il y a eu négligence au niveau civil.

À moins d’une entente hors cour, il serait étonnant qu’un jugement final soit rendu à court terme.

Les Témoins de Jéhovah ont 30 jours pour porter la décision en appel, s’ils le désirent.

Extraits de la décision d’autoriser le recours collectif

«[Lisa Blais] a confronté une première fois [l’agresseur] et demande à sa mère d’intervenir pour la protéger. Cette dernière la commande au silence.»

«Les Anciens, tous des hommes, détiennent et exercent l’autorité ultime sur les membres concernant toute question.»

«En 1996, à l’âge de 24 ans, [Lisa Blais] est excommuniée de la communauté. La procédure est silencieuse quant aux raisons et circonstances de cette excommunication.»

«Le non-respect des politiques est dénoncé au sein de la communauté, ce qui encourage l’isolement puisque les écrits encouragent les membres à se regrouper et à se méfier de ceux qui ne sont pas des Témoins de Jéhovah.»

«L’agression sexuelle dont [Lisa Blais] a été victime est centrale aux reproches formulés par cette dernière aux [Témoins de Jéhovah]. Elle allègue une faute dans leur devoir de réconfort, de protection et d’apaisement.»

«La faute, quant à elle, n’est pas limitée à l’auteur de l’agression sexuelle. Le devoir de protection a déjà permis de poursuivre une personne en autorité dans des cas similaires.»