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Pourrait-elle changer Radio-Canada?

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De mémoire d’homme, personne encore n’a réussi à changer Radio-Canada. Ceux qui ont tenté de le faire se sont tous retrouvés comme Sisyphe, poussant vers le sommet une pierre qui retombait sans cesse.

Catherine Tait réussira-t-elle là où ses prédécesseurs ont échoué ? Peut-être, car elle arrive à un bon moment.

D’abord, c’est une femme. La première à prendre le gouvernail de ce paquebot dont il est si difficile de changer le cap. Par les temps qui courent, on fait confiance aux femmes presque d’emblée. De plus, c’est une ancienne productrice de télévision. Aussi invraisemblable que ça puisse paraître, jusqu’à sa nomination, aucun PDG de Radio-Canada n’avait la moindre expérience pratique de la télévision.

Madame Tait est parfaitement bilingue. La plupart des autres PDG l’étaient aussi, mais les anglophones de naissance n’étaient pas toujours francophiles. Loin de là même pour certains ! Madame Tait, elle, connaît bien notre langue et notre culture. À moins qu’elle ne veuille signifier un des deux réseaux en particulier, elle parle toujours de CBC/Radio-Canada.

ELLE FAIT SON NID À OTTAWA

Comme Pierre Juneau en son temps – il fut l’un des seuls –, Madame Tait a décidé d’établir ses quartiers généraux à Ottawa. Elle veut ainsi montrer que les deux réseaux ont la même importance à ses yeux.

Enfin, elle entre en fonction alors qu’un groupe de sept experts travaille à préciser le mandat du diffuseur public à l’occasion de la révision de nos lois sur la radiodiffusion. Il ne saurait y avoir meilleur moment pour elle d’influencer ceux qui dessineront l’avenir de CBC/Radio-Canada.

Le 31 janvier, Catherine Tait a lancé tout un brûlot quand, à la conférence Prime Time d’Ottawa,

elle a comparé le comportement de Netflix à celui de la Grande-Bretagne impériale en Inde et à l’impérialisme de la France en Afrique. Elle a tempéré ses propos depuis, sans pour autant en altérer la signification. Madame Tait croit fermement à la valeur des émissions originales canadiennes. Ce qui n’était pas le cas de tous ses prédécesseurs.

LES VALEURS CANADIENNES

Le plus grand défi que se donne la nouvelle PDG, selon une entrevue qu’elle a donnée au quotidien The Globe and Mail, est de faire de CBC/Radio-Canada le « promoteur des valeurs canadiennes » et le « gardien de la démocratie ». Voilà des rôles qui sembleraient aller de soi pour un diffuseur public, mais ils sont de loin les plus controversés.

De tout temps, l’auditoire n’a cessé de chercher des poux au diffuseur public, l’accusant tour à tour de favoriser tel ou tel parti politique, le traitant de suppôt du capitalisme ou de promoteur du socialisme, le blâmant de diviser le pays, d’en ignorer des régions entières, etc., etc.

Les plus intolérants sont de loin les politiciens eux-mêmes. De Pierre-Elliott Trudeau à Brian Mulroney ou Jean Chrétien, chaque premier ministre à tour de rôle a menacé CBC/Radio-Canada de mettre la clé sous la porte. L’ancien premier ministre Stephen Harper s’est montré plus discret, rognant un peu plus le budget du diffuseur à chaque occasion.

Une femme réussira-t-elle à refaire une beauté à CBC/Radio-Canada­­­ ? Peut-être. Mais Catherine Tait devra se montrer plus diplomate qu’à Prime Time. Chose certaine, elle fait bien d’établir son quartier général à Ottawa. Elle pourra mieux ainsi tenir les politiciens en respect, tout en les gardant à distance.