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«Cessez de nous dire que l'on parle et écrit mal en français!»

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Ça fait plus d’un an et demi que je travaille sur la question du français chez les 18-24 ans. Je me suis promenée dans plusieurs régions pour aller à la rencontre de jeunes de tous les milieux et niveaux d’éducation afin de connaître leur sentiment et leur lien à l’égard de notre langue commune au Québec.  

Français et anglais  

Inévitablement, le rapport à langue de Shakespeare n’est jamais bien loin dans le détour. Quand on réfléchit à la langue chez nous, français et anglais vont de pair. C’est comme manger une poutine et se sentir ballonné ensuite!   

Des anecdotes  

C’est en constatant que, en se parlant, ils colorent leur langage de toutes sortes d’anglicismes dont ils détournent parfois même le sens, et en les voyant se texter en anglais même si le français est leur langue maternelle que j’ai voulu approfondir la question et en faire un documentaire.    

Une amie, professeure de littérature au cégep, me mentionnait même que certains de ses étudiants lui ont dit: «Il serait tellement plus simple de tous parler anglais.»   

Ça fait peur!   

Au-delà de ce qui frappe l’imaginaire   

Ces observations frappent l’imaginaire et peuvent nous irriter royalement quand le français est pour nous une langue riche et belle, pilier de notre société distincte. Un fabuleux héritage qui nous permet de percevoir et nommer le monde avec éloquence et nuances.   

Mais au-delà du côté anecdotique qui peut laisser entrevoir un désintérêt à l’égard du français, qu’est-ce que les jeunes ont à nous dire au sujet de la langue?    

Pour éviter le piège des perceptions et des lieux communs qui enflamment souvent nos discussions et débats linguistiques, j’ai fait faire un sondage à la grandeur du Québec pour avoir un portrait plus juste. Les conclusions sont aussi étonnantes qu’encourageantes.   

Fiers, inquiets et concernés  

D’abord, la vaste majorité des jeunes - soit 88 % - sont fiers de parler français et presque autant d’entre eux estiment que la survie de notre langue est un enjeu fondamental à propos duquel il faut rester vigilants.   

Plus de 60 % d’entre eux estiment qu’ils ont un rôle à jouer dans la défense du français en s’efforçant de bien l’écrire et de bien le parler.   

J’en entends penser: «Peut-être, mais pourquoi Bon Dieu écrivent-ils et parlent-ils si mal?»   

Perception/preuves   

Il n’est pas rare d’entendre ou de lire des propos laissant entendre que les jeunes ne parlent ni n’écrivent aussi bien que ceux des générations précédentes.    

«Ma grand-mère est allée à l’école jusqu’à 11 ans et elle écrivait mieux que les jeunes d’aujourd’hui», est un classique répété ad nauseam.   

Mais comment savoir avec certitude si les jeunes d’aujourd’hui maîtrisent moins bien le français que leurs aînés?   

Benoît Melançon, auteur du livre Le niveau baisse! [et autres idées reçues sur la langue], me mentionnait en entrevue qu’il n’y a aucune étude scientifique qui appuie cette hypothèse.    

Qui plus est, le contexte est fort différent. «Il y a 50 ans, il n’y avait souvent qu'une tranche de la population qui était scolarisée. On pouvait imaginer que cette tranche-là avait un meilleur niveau de langue. Aujourd’hui, tout le monde va à l’école. On ne peut pas comparer ces deux cohortes d’individus.», nuance le professeur de littérature.   

De toute façon, critiquer la qualité de la langue de ceux et celles qui nous suivent est une habitude qui perdure depuis des siècles, met en perspective Benoît Melançon.    

Anglais et loi 101   

Mon voyage dans l’univers linguistique des jeunes m’a amenée à poser une foule de questions dont les réponses sont aussi fascinantes les unes que les autres.    

Ils ont notamment un rapport à l’anglais bien différent de celui de leurs parents et de leurs grands-parents.    

Leur opinion sur la loi 101 est notamment digne de mention. Je vous en parlerai dans un prochain texte.   

Arrêtez de nous taper sur la tête!  

Mais la grande conclusion et demande de la part de ces jeunes de la génération «Y» est de trouver des moyens de leur faire aimer cette langue exceptionnelle qui est la nôtre. De cesser de leur taper constamment sur la tête au sujet de la qualité de leur français... afin de ne pas avoir un effet rebond qui provoquerait chez eux un gros Fuck it! collectif!    

Mon documentaire I speak français sera diffusé le 20 mars, à 20h, à Télé-Québec et présenté en avant-première au Théâtre Outremont le 15 mars, à 20h.