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Innover dans la tourmente

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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La maternelle 4 ans à temps plein suscite de vives résistances, qui sont relayées avec zèle dans les médias, minant d’un cran supplémentaire les intentions ministérielles. Nonobstant mes critiques sur la vision du ministre Roberge au regard de multiples dossiers reliés à l’éducation, je pense comme lui lorsqu’il prétend qu’on ne peut attendre que tout soit fin prêt avant d’agir. Une telle approche condamnerait à l’inaction! 

Je me souviens de la formule utilisée par l’un de mes proches collaborateurs lorsque nous devions traiter de dossiers complexes nécessitant des mandats clairs et une mobilisation des membres pendant le cours des discussions avec le gouvernement. Ne se laissant pas décontenancer, il disait qu’il faudrait finir de riveter les ailes de l’avion en plein vol. C’était sa façon de nous dire qu’il fallait réussir ce qui, à première vue, paraissait impossible. Bien sûr, cela ne nous dispensait pas d’avoir un plan de vol! 

La principale faiblesse du ministre Roberge dans le dossier des maternelles 4 ans se révèle jusqu’à présent dans le manque de clarté au chapitre de la planification et dans l’absence de détails au niveau de l’organisation éventuelle. Autrement dit, il ne semble pas avoir de plan de vol et nuit ainsi considérablement à l’appréciation du projet qu’il met de l’avant. Pire encore, il fournit involontairement du carburant aux opposants en ayant l’air d’improviser sans direction claire sur la mise en œuvre de ces classes. La quête d’un nombre suffisant de locaux, le recrutement du personnel adéquat, la programmation appropriée et la complémentarité entre le réseau des CPE et celui du scolaire sont quelques-uns des obstacles mal contournés par le ministre. 

Les intentions manifestées par le ministère de l’Éducation de recruter chez les éducatrices en CPE pour combler les besoins d’enseignantes dans les classes maternelles ont créé une nouvelle polémique, malgré le bien-fondé d’une telle orientation. En ne statuant pas clairement sur le type de complémentarité entre les deux réseaux, le ministre Roberge les a mis en concurrence, chacun voulant s’arracher les clientèles et poussant du coup les CPE à retenir leurs éducatrices malgré les avantages qu’elles pourraient soutirer en devenant enseignantes.  

En continuant de vouloir étendre la maternelle 4 ans dans l’ensemble des écoles du Québec, le gouvernement devra favoriser la priorisation de ce choix chez les parents et délester progressivement les CPE du mandat pour les enfants de 4 ans, les services de garde en milieu scolaire prenant le relais pour les heures extérieures à la classe. C’est pourquoi l’idée de favoriser une transition des éducatrices aptes à enseigner vers les écoles s’avèrerait un choix judicieux en assurant une juste protection des travailleurs.  

De récents travaux ont mis en évidence que les services de garde ont très peu contribué à la réduction de la vulnérabilité des enfants les plus fragiles et les taux de diplomation demeurent source d’inquiétude malgré l’existence de nos réseaux de service de garde à caractère éducatif. L’amélioration de la qualité des services continue donc d’être à propos dans l’ensemble des services à la petite enfance. Quant aux craintes de ne pas avoir les ressources spécialisées pour les enfants chez lesquels des difficultés seraient détectées, il faut retenir que les interventions précoces en réduiront le nombre et que les ressources pourront dans un avenir pas si lointain être déployées pour les cas les plus lourds. 

En espérant que le ministre précisera mieux son plan de mise en œuvre des maternelles 4 ans, il n’y a pas de lieu de modifier ses intentions. Dit autrement, un bon plan de vol adaptable face aux intempéries devrait lui permettre d’arriver à destination sain et sauf.