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Netflix, une mine d’or inaccessible

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Pour Reed Hasting, son fondateur, et ses actionnaires, la société de Los Gatos est une mine d’or. Mais pour l’instant, ils sont les seuls à « rire jusqu’à la banque ».

Quelle autre entreprise peut se vanter d’avoir en 20 ans atteint un chiffre d’affaires de 15,8 milliards de dollars américains (21,2 milliards $ CA) et réussi à fidéliser 137 millions d’abonnés pour des bénéfices nets de 1,2 milliard $ US, ne payant que de ridicules miettes d’impôt ?

De Québec à Ottawa, de Londres à Paris, on s’arrache les cheveux pour trouver la façon d’aller piger dans ce pactole, mais on est loin d’avoir trouvé la clé.

Ceux qui se sont abonnés à Netflix par Apple Store ou un autre service canadien paient TPS et TVQ, mais pas ceux qui ont transigé directement avec la maison mère.

La TVQ que Netflix s’est engagée à facturer aux Québécois à compter de janvier rapportera environ 14 millions $. Une poignée de « p’tit change » qui ne coûte pas un sou à Netflix.

LA FRANCE PASSE AUX ACTES

Après les ronds de jambe qu’est allée faire à Los Gatos l’ex-ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, Netflix a promis de dépenser au Canada 500 millions de dollars US en productions diverses sur cinq ans.

C’est loin d’être un cadeau, car on produit chez nous à bien meilleur compte qu’aux É.-U. Durant cette période, Netflix engrangera environ 5 milliards $ — dix fois plus — de ses abonnés canadiens.

Fatiguée d’attendre un accord européen qui devait intervenir ce mois-ci et qui ne vient pas, la France a décidé de faire cavalier seul. Elle va taxer les géants du net dès cette année.

Selon cette taxe assez compliquée, ils paieront 3 % sur le chiffre d’affaires qu’ils réalisent en France. Le ministre des Finances estime que la taxe rapportera 500 millions d’euros (760 millions $ CA) en 2019. Encore du p’tit change ! L’impôt sur les sociétés rapporte à l’État français plus de 90 milliards $ CA par année.

Si les pays n’arrivent pas à s’entendre sur la taxation des géants du numérique, c’est que certains, comme l’Irlande, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède en profitent financièrement. Ils offrent des taux d’impôt si faibles aux géants du net qu’ils peuvent y faire ce qu’on appelle pudiquement de « l’optimisation fiscale ».

Des centaines de millionnaires et de sportifs bien nantis en font aussi. Quand l’ex-premier ministre Philippe Couillard travaillait en Arabie saoudite, par exemple, il déposait ses revenus dans une banque de l’île Jersey, un paradis fiscal.

LA PEUR AUX FESSES

Au Canada, si le gouvernement d’Ottawa attend un accord international pour intervenir, c’est qu’il a une peur bleue des représailles américaines. Ottawa ne voulait pas brasser la cage pendant les négociations de libre-échange. L’accord entre les É.-U., le Mexique et le Canada n’est pas encore ratifié, et il reste une pomme de discorde : les méchants tarifs imposés par Donald Trump sur l’acier et l’aluminium. Ils ne sont toujours pas levés.

Catherine Dorion aura beau se faire aller la tuque à l’Assemblée nationale et tout ce qui grouille dans l’univers de la télévision aura beau monter au créneau, seule une entente des 36 pays de l’OCDE forcera Netflix et les autres géants du NET à ouvrir leur coffre au trésor.

Mais qu’on ne se trompe pas, une clé du coffre se trouve à Washington.