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Trudeau: et Dieu se fit homme

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À force de te faire dire que tu es capable de marcher sur l’eau, j’imagine que tu finis par y croire.

C’est probablement ce qui est arrivé à Justin Trudeau.

Il a tellement été encensé par les médias internationaux, on l’a tellement souvent dépeint comme la meilleure invention depuis le pain tranché, qu’il a fini par croire à son personnage­­­­.

ADIEU SUPERMAN

Quand l’affaire SNC-Lavalin a éclaté le 7 février dans le Globe and Mail, notre PM s’est dit : c’est un feu de broussaille, pas besoin de sortir les avions-citernes­­­, les flammes vont s’éteindre d’elles-mêmes.

Quelques sourires, deux phrases creuses et trois clins d’œil, et on va pouvoir passer à autre chose.

Après tout, je suis Justin Trudeau, le politicien le plus sexy de la planète, la meilleure réponse à Donald Trump et le plus grand espoir des démocraties occidentales, que peut-il m’arriver ?

Cinq semaines plus tard, le feu de broussaille s’est transformé en feu de forêt, le Parlement est enseveli sous la cendre et Justin, le visage noirci par la suie regarde tout autour de lui en se disant : « WTF ? »

Il se croyait indestructible, il se rend compte qu’il n’est qu’un être humain comme les autres.

Adieu Superman, bonjour Clark Kent.

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FRUIT OU LÉGUME ?

Ce qui me fascine, dans cette histoire, c’est comment elle divise le pays en deux. Le Québec d’un côté, le reste du Canada de l’autre. C’est comme si on se trouvait devant une tomate, et que les uns disaient : « C’est un fruit », alors que les autres disent : « Ben non, voyons, c’est un légume ! »

« You say tomayto, I say tomato / You say potayto, I say potato... »

Pour les Canadiens, c’est une question de respect de l’État de droit. Le PM ne doit pas faire pression sur la ministre de la Justice.

Alors que pour le Québec, c’est une question économique. Le PM d’un pays doit faire tout ce qu’il peut pour sauver des emplois. La fin justifie les moyens.

« Il a fait pression auprès de la ministre de la Justice !

– Oui, mais c’était pour sauver des jobs !

– Oui, mais il a fait pression auprès de la ministre de la Justice !

– Oui, mais c’était pour sauver des jobs !

– Peut-être, mais il a fait pression auprès de la ministre de la Justice ! »

Deux visions irrécon­ciliables.

Le respect des institutions d’un côté. Le respect des travailleurs de l’autre.

LES CAROTTES SONT CUITES ?

Comment Justin va-t-il se sortir de ce bourbier ?

S’il dit avoir agi de la sorte pour sauver SNC-Lavalin­­­, les Canadiens anglais vont dire : « On sait bien, n’importe quoi pour gagner les votes des Québécois ! »

Mais s’il dit que la rétrogradation de Jody Wilson-Raybould n’avait rien à voir avec SNC-Lavalin (comme l’a dit son ami Gerald Butts), les Québécois vont dire : « C’est ça, il n’est pas allé au batte pour nous ! » D’un côté comme de l’autre, il est cuit.

Cela dit, gardons-nous de vendre la peau de l’ours.

Comme le chantait Brel, on a vu souvent des terres brûlées donner plus de blé qu’un meilleur avril...