/misc
Navigation

Le grand féminisme

J’ai envie de me dire féministe pour la toute première fois de ma vie.

Le grand féminisme

Coup d'oeil sur cet article

Tranche de vie :  

  

Hier, pour la première fois, j’ai fait un discours devant une assemblée féministe organisée par PDF-Québec (Pour les Droits des Femmes) et je l’avoue, j’avais la trouille.  

  

L’ironie de ma vie de femme, c’est que je n’ai jamais subi de discrimination, d’intimidation, d’attaques grossières et d’ostracisme de la part des hommes, même que c’est tout le contraire, mais énormément de la part des femmes, à toutes les périodes de ma vie et pour toute sorte de raisons. Se faisant, très tôt, au nom de ma propre protection, j’ai cessé d’entretenir des relations avec elles, sauf en de très, très rares exceptions.    

C’est donc peu dire que ça n’a jamais été dans mes projets que de nourrir de quelconques liens avec celles qui se revendiquent du féminisme aujourd’hui, mais dont les dires et les actions ne cadrent pas du tout avec les préceptes et les valeurs défendues par nos mères, qui ont consenti à d’énormes sacrifices pour l’avancement des mentalités au Québec.    

De plus, je n’ai pas l’instinct de vouloir m’emmurer dans des groupes militants, quels qu’ils soient, car je remarque que s’y annihile systématiquement la libre-pensée au profit de la préservation pathologique du consensus.    

Qui plus est, le discours néo-féministe ou intersectionnel, je sais plus comment faut dire, bref, est tellement imprégné de hargne, de fraudes intellectuelles et de misandrie piètrement déguisée en juste croisade au nom de toutes (sauf si on ne pense pas comme elles), que ces femmes font la preuve qu’elles sont les premières à ne rien piger au féminisme, en plus de faire un tort immense au tissu social et à la cause des femmes. Que dis-je, à la cause humaine.   

En outre, je suis tout simplement incapable d’adhérer à la négation des soixante dernières années qui ont vu les hommes travailler très fort, de père en fils, pour ouvrir leur esprit et leurs traditions, afin d’accepter et comprendre notre place et nos libertés légitimes. Qui ont ouvert leur cœur et leurs oreilles pour apprendre à nous aimer comme il faut. C’était un paquebot millénaire immense à détourner de sa trajectoire traditionnelle et religieuse. Nos Québécois l’ont fait et continuent de le faire à travers chaque nouvelle génération. C’est la moindre des choses de ne pas l’oublier dans nos calculs.   

Que tout ne soit pas parfait ou achevé, personne ne dit le contraire. Il y a encore énormément à faire, mais de là à s’imaginer que notre réalité féminine au Québec est la même que celle des pays où les femmes ne sont considérées que comme des jardins que les hommes peuvent cultiver comme bon leur semble, est non seulement scandaleux, profondément régressiste et aliénant, mais s’il nous fallait un autre exemple criant d’appropriation culturelle, le voici. Plus scandaleux encore, en s'accaparant toute la place médiatique qu'elles peuvent (et qu'on leur donne), ces femmes travaillent activement à implanter ici tout ce qui a fait d’elles les esclaves d'une idéologie perverse, étrangère aux valeurs québécoises, qu'elles défendent aujourd'hui comme leur identité.   

Tout ça pour dire que je ne savais pas trop à quoi m’attendre, hier, ni si mes idées seraient bien reçues ou à tout le moins comprises. Je ne suis pas quelqu’un qui jouit de susciter la détestation, alors je me demandais si je n’avais pas accepté, finalement, d’aller danser pieds nus sur un nid de guêpes. Je me suis alors rappelé d’un précieux conseil que ma mère m’a donné un jour : un cœur qui s’ouvre n’a jamais tort. Alors je me suis accrochée à mes mots sincères et j’y suis allée.   

L’immense surprise.     

J’ai ressenti pendant cette soirée une fierté dans une forme que je n’avais jamais éprouvée jusqu’ici. J’ai fait la rencontre de femmes dont je m’étais naïvement persuadée qu’elles n’existaient plus que dans mes livres. Rarement, ai-je été aussi heureuse d’avoir tort. Des femmes de tous les âges, mais de la vieille école. De la bonne école. Celle qui ne veut pas vivre pour écraser l’autre sexe, mais qui veut vivre parce qu’elle a autant à offrir à l’humanité que le sexe masculin. Celle qui veut vivre à sa juste mesure, sans contraintes justifiées au nom de sa nature sensuelle incomprise, parce que c’est son droit le plus fondamental.   

Hier, j’ai été frappée de plein fouet par un grand féminisme. Un féminisme qui a trouvé un écho direct en moi. Un féminisme conséquent, bienveillant, amoureux, ardant et vigilant. Un féminisme de cœur et d’avenir et non de guerre, de recul et de vengeance. Un féminisme fécond, instruit et réfléchi. Un féminisme ouvert et universel. Un féminisme profondément québécois.   

Alors merci aux femmes extraordinaires que j’ai rencontrées, la bouleversante Andrée Yanacopoulo, l’inspirante Régine Laurent, la brillante Julie Latour, la magnifique et talentueuse Jorane et bien sûr à la merveilleuse Diane Guilbault qui nous a toutes réunies. Merci aussi à PDF-Québec qui incarne un féminisme intelligent qui reprend ses droits, mais également à chaque femme qui s’accroche, qui ne veut pas partir en guerre contre le genre masculin, qui ne se laisse pas monter en bateau, qui se souvient d’où elle vient, qui elle est, ce qu’elle veut et où elle va. Merci enfin à nos mères splendides, imparfaites, courageuses et aimantes.    

Merci, merci, merci. Je n’oublierai jamais que c’est grâce à vous que je suis libre aujourd’hui d’écrire dans un journal, de voter et d’aimer qui je veux, quand je veux. Je m’appliquerai à toujours me montrer digne de votre héritage et surtout à continuer, au nom de notre futur à tous.   

Et merci à ma mère, pour tout.   

C’est ben pour dire, en ce 8 mars 2019, j’ai envie de me dire féministe pour la toute première fois de ma vie. Je pensais pas vivre ça de mon vivant, je le confesse.