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Un prix Nobel de la Paix 2019 pour Loujain

Loujain al-Hathloul
Photo Facebook Loujain al-Hathloul

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La Journée internationale des femmes est un moment approprié pour mesurer les avancées et les reculs sur le chemin de l’égalité.

Cette année, mon étoile va à Loujain al-Hathloul et à travers elle, aux militantes des droits de la personne en Arabie saoudite, des femmes courageuses qui imposent le respect.

Du courage, il leur en fallait pour affronter le despote de Riyad, Salmane Ben Salmane (MBS), celui-là même qui a dépêché son commando de la mort au consulat saoudien d’İstanbul, pour assassiner sauvagement le journaliste du New York Times, Jamal Khashoggi.

De la poudre aux yeux

Pour vendre son projet pharaonique de vision 2030 aux Occidentaux, c’est des femmes qu’il s’est servi pour polir son image tyrannique en les autorisant à conduire leur voiture. La belle affaire !

Or, au moment même où on pensait que les Saoudiennes allaient enfin jouir de ce droit, le régime MBS a procédé, en mai 2018, à l’arrestation arbitraire de Loujain al-Hathloul et de neuf autres militantes des droits des femmes.

Jetées en prison, torturées à répétition, flagellées et électrocutées, certaines ont déclaré avoir été agressées sexuellement. Les parents de Loujain disent qu’elle n’est même plus capable de se tenir debout.

Leur crime : elles réclamaient, pacifiquement, non seulement le droit de conduire leur voiture, mais aussi l’abolition de la tutelle masculine. En effet, les Saoudiennes sont considérées comme mineures, leur vie durant.

Elles ne peuvent pas quitter leur foyer, conduire une auto, prendre le transport en commun, aller à l’école, à l’université, au marché, au travail, se marier ou divorcer sans l’autorisation d’un tuteur, en l’occurrence, le père ou le mari.

C’est contre cette infériorisation juridique et sociale que se battent les Saoudiennes comme Loujain, qui luttait contre la violence faite aux femmes et projetait la création d’une ressource pour les victimes de violence­­­ familiale.

Je gagnerai sûrement !

Loujain, 30 ans, était inscrite en maîtrise en sociologie à la Sorbonne Abou Dhabi, après un bac de l’Université de la Colombie britannique en français. Sa devise sur Facebook « Je gagnerai, pas immédiatement, mais sûrement. »

Elle aurait pu vivre en sécurité en France où elle avait passé une partie de son enfance ou au Canada où elle a étudié de 2009 à 2014, mais elle a choisi de retourner en Arabie saoudite et de mener le combat de l’intérieur.

Rendue célèbre pour avoir défié l’interdiction faite aux Saoudiennes de conduire leur voiture, elle avait été arrêtée et emprisonnée en 2013, sans procès, pendant plus de 70 jours.

En mai 2018, elle a de nouveau été jetée en prison avec neuf autres militantes des droits de la personne, accusées d’atteinte à la sécurité de l’État. Rien de moins.

Human Rights Watch a rapporté, le 1er mars dernier, que son procès et celui des autres militantes seraient tenus incessamment. C’est le temps pour le Canada et la communauté internationale de réclamer leur libération inconditionnelle.

Le 5 février dernier, la députée Hélène Laverdière avait mis Loujain en nomination pour le prix Nobel de la Paix 2019.

Des professeurs de la Sorbonne, dont certains étaient ses enseignants, ont publié une pétition appuyant sa candidature et une résolution d’appui aux militantes des droits des femmes en Arabie saoudite a été présentée au Parlement européen.

Loujain mérite bien le prix Nobel de la Paix 2019 pour son courage et la force de ses convictions.