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Lightspeed entre en bourse pour éviter d’être avalée par une étrangère

La première québécoise à faire un appel public à l’épargne depuis Stingray en 2015

La société québécoise Lightspeed a marqué l’histoire hier en effectuant l’un des plus importants appels publics à l’épargne en techno en près de dix ans au Canada.
Photo courtoisie, Mauricio Jose Calero La société québécoise Lightspeed a marqué l’histoire hier en effectuant l’un des plus importants appels publics à l’épargne en techno en près de dix ans au Canada.

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Le géant techno de logiciel québécois Lightspeed, valorisé à plus de un milliard $, a choisi d’entrer vendredi à la Bourse de Toronto pour éviter d’être avalé par une société étrangère.

« L’autre option aurait été d’être acheté. On voulait rester indépendant. On voulait contrôler notre propre destinée », a indiqué au Journal son président et fondateur Dax Dasilva, quelques heures à peine après avoir ouvert sa première séance visant à amasser 240 millions $.

Vendredi, au jour 1 de son entrée en bourse, l’action de Lightspeed a atteint les 20,22 $, correspondant à une hausse de 4,22 $, ou 26 %, par rapport à son prix de départ de 16 $. Le titre a cependant terminé la séance à 18,90 $, en hausse de 2,90 $, ou près de 18 %.

Son prix de 18,90 $, à la fermeture des marchés, correspond à une hausse de 4,90 $, ou 35 %, par rapport à son prix de 14 $ de la veille, une bonne nouvelle pour son dirigeant Dax Dasilva, dont la société vaut aujourd’hui 1,7 milliard $, selon Bloomberg.

« Notre président du conseil est Patrick Pichette, l’ancien chef des finances de Google. On a aussi Marie-Josée Lamothe, anciennement de Google Canada avec nous », rappelle l’homme d’affaires, qui estime être entre de bonnes mains pour faire grandir l’entreprise lancée dans un petit studio de Montréal, il y a 14 ans.

Argent public

Vendredi, tant les investisseurs publics que privés salivaient en voyant l’accueil réservé sur les marchés boursiers à la société techno québécoise de logiciel de vente.

Investissement Québec (IQ), qui a octroyé un financement de près de 46,3 millions $ à Lightspeed, n’a pas manqué de souligner la nouvelle.

« Il s’agit de la première licorne d’IQ au niveau du capital de risque », a partagé au Journal sa porte-parole, Isabelle Fontaine. Une licorne est une société évaluée à plus d’un milliard $ en bourse.

« C’est la première licorne québécoise. C’est une immense fierté pour la Caisse de dépôt et placement du Québec », s’est aussi réjoui le porte-parole de la Caisse, Jean-Benoît Houde, rappelant que la Caisse a investi au moins 170 millions $ dans Lightspeed.

Rock star

Pour le fondateur du Startupfest, Philippe Telio, l’arrivée de cette licorne est cruciale, et pas seulement pour les dirigeants de la société techno.

« L’introduction en bourse de Lightspeed n’est pas seulement une étape importante pour l’entreprise et son fondateur, Dax Dasilva, une rock star, c’est aussi un moment important pour tout l’écosystème des startups à Montréal », a-t-il affirmé.

« Il y a des gens demain matin qui vont avoir beaucoup d’argent. Souvent, ces gens-là, au lieu de le remettre dans leurs poches, le réinvestissent dans nos sociétés », a conclu le président-directeur général d’Anges Québec, François Gilbert.

Le Québec, cancre de la Bourse

Le fait que les entreprises québécoises soient si rares à aller en bourse fragilise notre écosystème financier, qui en paye le prix, s’inquiète le directeur général de Québec Bourse (QB).

« La situation est critique. On n’a pas un gros bassin. Il y a seulement 87 sociétés québécoises cotées à la Bourse de Toronto, c’est bien trop peu », déplore le directeur général de Québec Bourse (QB), Louis Doyle.

Au 31 décembre 2018, 87 sociétés d’ici étaient inscrites en bourse sur un total de 906 au Canada, correspondant à un maigre 9,6 %, regrette l’association.

Sonnette d’alarme

Même s’il salue l’arrivée de Lightspeed, devenue vendredi la première québécoise depuis Stingray en 2015 à faire un appel public à l’épargne, M. Doyle tire la sonnette d’alarme.

À part Alithya, l’an dernier, et Marché Goodfood, en 2017, qui se sont inscrites à la Bourse de Toronto, nos compagnies y sont quasi absentes, ce qui empêche notre écosystème financier de se développer pleinement. « Au Québec, on a une société par année qui fait le saut, ce n’est vraiment pas assez », martèle-t-il.

À risque

Ces 10 dernières années, très peu de compagnies québécoises se sont inscrites en bourse pour se financer, ce qui a aussi de lourdes conséquences sur leur propre avenir, selon M. Doyle.

Les privatisations se multiplient, alors que nos entreprises en bourse sont achetées par des sociétés américaines et étrangères, souligne Québec Bourse.

« Depuis janvier 2017, à la TSX, les entreprises Groupe Canam, Lumenpulse, Mines Richmont, Tembec, HNZ, Groupe Imvescor, Groupe Jean-Coutu et NAPEC ont été privatisées », alerte le groupe dans son mémoire présenté au ministre des Finances du Québec le mois dernier.

Pour stopper l’hémorragie, QB demande des crédits d’impôt, tant pour les sociétés que pour les investisseurs, un peu comme ceux des fonds de travailleurs.