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En manque d’État

Bloc SNC-Lavalin
Photo d'archives Agence QMI, Joël Lemay

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Le plus désolant dans l’affaire SNC-Lavalin, c’est l’espace démesuré qu’elle occupe dans le paysage canadien, comme s’il n’y avait pas plus important à se consacrer pour des parlementaires qui auraient à cœur l’intérêt de leurs mandants.

En examinant froidement les explications des uns et des autres et en sachant apprécier quelques considérations juridiques, on a tôt fait de constater qu’il n’y a pas véritablement matière à scandale, si ce n’est la faiblesse du leadership du premier ministre Trudeau. Le plus inquiétant résiderait dans le potentiel retour des conservateurs au pouvoir, eux qui n’ont pas lésiné sous le règne Harper pour fragiliser les droits sociaux et économiques. 

Nous avons droit aujourd’hui à une ribambelle d’experts en gestion de crise et de chroniqueurs en tous genres pour soupeser les moindres gestes ou paroles des acteurs politiques. De façon générale, ils analysent l’actualité à l’aune du renforcement de leurs opinions ou parfois même de leurs préjugés. C’est ainsi que toutes explications supplémentaires, dans les prochaines semaines, n’ébranleront pas les camps déjà polarisés. Il nous reste à espérer que des enjeux plus importants viendront occuper la scène et s’avèreront plus profitables à la notoriété du Canada.

Malgré les airs outragés de l’opposition, il y a fort à parier qu’Andrew Scheer et Jagmeet Singh auraient adopté le même comportement que Justin Trudeau s’ils avaient été au pouvoir. Ils auraient demandé au ministre de la Justice d’examiner l’opportunité d’utiliser son pouvoir pour suspendre les poursuites criminelles contre l’entreprise et convenir d’une entente de réparation comme cela existe dans maints pays industrialisés très loin d’être des républiques de banane, en commençant par nos voisins étatsuniens. Le premier ministre a fait face à l’entêtement de Jody Wilson-Raybould sans trop que l’on sache pourquoi et il n’a rien trouvé de mieux que de la sortir du ministère de la Justice. Pire encore, ce sont ses explications cousues de fil blanc pour expliquer sa décision qui désespèrent!

Je partage largement l’opinion de Joseph Facal sur les doutes que nous pouvions avoir sur la capacité de Justin Trudeau à gouverner le Canada alors qu’il n’était qu’un simple député. Le temps nous donne raison. Il faut toutefois souligner que le premier ministre s’est occupé lui-même à en faire la démonstration avec ses péripéties en Inde, ses sempiternelles excuses à propos de tout et de rien et ses difficultés à affirmer son leadership. Certains esprits malins pourraient imaginer que c’est un constat partagé par ses anciennes ministres Wilson-Raybould et Philpot qui en démissionnant voulaient mener la fronde contre le chef pour éventuellement le remplacer.

Le roman SNC-Lavalin tire à sa fin aux risques de longueurs inutiles et de langueurs si les détracteurs continuent de s’acharner. Cependant, il serait plus opportun de jauger la solidité du caucus libérale à quelques mois des élections et de mesurer la capacité du premier ministre à colmater les brèches.