/world/opinion/columnists
Navigation

L’Algérie de l’espoir

Coup d'oeil sur cet article

Il y a bien des années en Algérie, un juge que je questionnais sur l’inégalité entre les droits des hommes et des femmes dans son pays, m’a fait une réponse bien candide. « S’il fallait donner autant de droits aux hommes qu’aux femmes, cela irait contre la charia. Et la charia est au cœur du système juridique algérien. »

La conversation avait lieu dans sa rutilante Mercedes. Il m’emmenait du côté de l’université d’Alger où il comptait y draguer quelques étudiantes. Un policier a intercepté son auto. Il a expliqué au policier qu’il était juge. Il ne s’est pas fait embêter. Cette anecdote résume le problème de l’Algérie : un pouvoir moralisateur, mais corrompu, qui fait ce que bon lui semble. J’ai aussi compris à cette occasion que les jeunes étrangers avaient la cote auprès des étudiantes. Mais ceci est une autre histoire.

1• Pourquoi l’Algérie a-t-elle tant de problèmes ?

Les Algériens ont une sourde rancune contre le pouvoir en place. Ceux qui ont fait la guerre d’indépendance aux côtés des dirigeants actuels se sont fait promettre un régime socialiste qui redistribuerait la richesse que les Français avaient, disait-on, accaparée. Mais les révolutionnaires n’ont pas tenu leurs promesses. Certes, ils ont bouté les Français dehors. Mais les Algériens moyens s’entassent avec leur famille dans des deux-pièces et demie. Ils pointent du doigt les villas cossues qui surplombent les quartiers pauvres : « Regarde, ils ont 12 pièces et 12 salles de bains dans leur maison. Pourquoi dois-je me contenter d’un logement minable ? »

2• Quelle est la place des jeunes en Algérie ?

Le taux de chômage général est d’environ 12 %. Mais chez les moins de 25 ans, il avoisine les 30 %. Chez les diplômés d’université, le taux atteint environ 18 %. Les jeunes de moins de 25 ans représentent 44 % de la population. Avec un tel taux de chômage, l’avenir leur semble bouché. Il ne faut pas s’étonner de les retrouver en grand nombre dans les rues pour protester contre le régime politique.

3• Pourquoi le régime est-il si mauvais ?

L’Algérie n’est pas une véritable démocratie. Lors de l’indépendance en 1962, les révolutionnaires qui ont libéré le pays ont massivement nationalisé les entreprises, beaucoup à l’image de ce qui existait à l’époque en Union soviétique. Les Algériens ont donc un système hautement bureaucratique, hérité du passé colonial français, doublé d’un système d’entreprises d’État où les travailleurs font le minimum du travail requis.

4• Pourquoi l’Algérie n’a-t-elle pas connu une évolution démocratique ?

Les islamistes allaient remporter le pouvoir lors des élections de 1991. Le parti au pouvoir et l’armée ont donc refusé de tenir le second tour des élections. Les islamistes se sont par conséquent révoltés. Ils ont mené une véritable guerre civile dans le pays. Finalement, ces islamistes ont été vaincus. Par la suite, à partir de 1999, l’armée a partagé le pouvoir avec le clan du président Bouteflika. Les dirigeants actuels sont demeurés au pouvoir grâce à l’argent du gaz et du pétrole algérien et grâce à de vastes réseaux de corruption.

5• Que va-t-il arriver ?

À l’évidence, le clan Bouteflika est parvenu à la fin de son règne. Qui va lui succéder ? Personne dans l’opposition ne semble capable de rassembler le peuple derrière lui. L’espoir est que l’armée instaure davantage de démocratie et qu’elle laisse le secteur privé prendre davantage de place. Les généraux en auront-ils la sagesse ? Il faut l’espérer.