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Le mystère du «Gunk»

Dans les années 1970 et 1980, des éruptions cutanées étaient répandues dans la LNH

Dans le vestiaire du Canadien, plusieurs joueurs en ont souffert, dont Jacques Lemaire.
Photo d'archives Dans le vestiaire du Canadien, plusieurs joueurs en ont souffert, dont Jacques Lemaire.

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Dans les années 1970 et 1980, de mystérieuses éruptions cutanées ont importuné plus du tiers des joueurs de la LNH. Surnommées « The Gunk » et « la peste rampante », ces démangeaisons ont coûté leur carrière à plusieurs joueurs. 

Le nom du défenseur des North Stars du Minnesota, Tom Reid, est associé à jamais à cette maladie de peau qui l’a ennuyé durant plusieurs années. Il recevait d’importantes doses de médicaments, en plus de la trentaine d’injections quotidiennes de stéroïdes et des crèmes apaisantes. À bout, il avait finalement mis un terme à sa carrière en 1978 après une longue bataille.

Récemment, l’attaquant des Blackhawks de Chicago, Marian Hossa, a mis un terme à la sienne pour les mêmes raisons.

« The Gunk » n’était pas une bactérie, mais plutôt une virulente éruption cutanée qui ressemblait au psoriasis, une maladie inflammatoire de la peau. Si c’était localisé sur les mains ou à des endroits bien précis sur le corps de certains joueurs, d’autres en étaient littéralement couverts.

Dans une situation intenable qui rendait totalement fou, le joueur pouvait se gratter jusqu’au sang. Cela provoquait des lésions suppurantes qui pouvaient ensuite s’infecter.

À l’époque, dans le vestiaire du Canadien, plusieurs joueurs ont lutté contre ces inflammations soudaines. Jacques Lemaire avait d’ailleurs passé près d’une semaine à l’hôpital.

« Quand c’est apparu, autour de la saison 1973-1974, j’ai passé des moments vraiment difficiles. Je ne dormais plus et j’étais toujours fatigué. Dès que je suais, je sentais les éruptions. C’était rouge vif et ça piquait toujours », relate l’ancien du Tricolore lorsque rejoint à sa résidence de Floride pour discuter du sujet.

« J’en avais sur les épaules, le torse, les jambes. C’était vraiment pénible, se remémore-t-il. On ne trouvait pas quelle était la cause de ces éruptions, donc le Canadien m’a envoyé à l’hôpital pour passer des tests. Je prenais des bains dans des solutions douces et huileuses. »

Dans un article du New York Times, en décembre 1976, l’entraîneur Scotty Bowman, qui se grattait alors la tête sur les causes du problème, avait pointé du doigt le stress, l’anxiété et les pièces d’équipements.

Dans le vestiaire du Canadien, plusieurs joueurs en ont souffert, dont Jacques Lemaire.
Photo d'archives

« Ça ne pouvait pas être le stress, on le vivait depuis des années et ça ne faisait rien. J’avais rapidement éliminé cette raison », rejette encore aujourd’hui Lemaire, qui faisait laver ses sous-vêtements à la maison par son épouse à l’époque afin d’éviter la contamination.

Longtemps, les dermatologues et spécialistes mandatés par la LNH pour élucider le problème ont blâmé les matériaux des équipements et les produits nettoyants. Les recherches, les examens et les tests d’allergies n’avaient toutefois jamais permis de résoudre le mystère.

Dans le vestiaire du Canadien, plusieurs joueurs en ont souffert, dont Jacques Lemaire.
Photo d'archives

Jusqu’au sang

Si Lemaire était atteint par le « Gunk », Mario Tremblay en a aussi bavé. De l’avis de Lemaire, c’était même pire ! Pierre Bouchard et Guy Lapointe ont également été touchés. Une situation qui a causé bien des maux de tête au gérant de l’équipement Eddy Palchak.

« Je me grattais jusqu’au sang. J’en avais partout. Dans le dos, les épaules, les jambes et les chevilles. Ça me piquait quand j’avais chaud. Je ne dormais plus et mes performances sur la glace étaient moins bonnes, se souvient Tremblay. Ça commençait au début de la saison, et après la saison, ça arrêtait. Je devais me soulager avec des crèmes antibiotiques et je prenais des bains d’avoine.

J’ai toujours pensé que c’était un produit présent dans l’équipement qui causait ces éruptions », note celui qui a pris sa retraite en 1986.

 

Des joueurs de la LNH mis K.-O. par des bactéries

 

Mikael Renberg

Janvier 2003

Alors qu’il portait les couleurs des Maple Leafs, Mikael Renberg a bien failli perdre sa main gauche des suites d’une rapide et grave infection au staphylocoque doré. Le 28 décembre 2002, à Edmonton, il ouvre la plaie d’une bénigne ampoule au doigt en laçant ses patins. Il joue le match face aux Oilers, mais il aggrave sa situation. Dans les heures qui suivent, sa main enfle, signe d’infection. Une fois rendu à Vancouver, le thérapeute constate que sa situation doit être prise en charge. La fièvre de l’attaquant grimpe en flèche au-delà de 40 °C (104 °F). Il est hospitalisé. Les médecins envisagent l’amputation afin d’éviter de mettre sa vie en danger. Finalement, ils réussissent à contrôler l’infection avec des antibiotiques intraveineux. Sur la touche durant 19 jours, le Suédois a raté huit matchs. Plus tôt dans cette même saison, le staphylocoque doré avait aussi posé problème au gardien des Leafs Ed Belfour. Il s’était coupé sur une attache de ses jambières.

Joe Thornton

Janvier 2003

Alors chez les Bruins de Boston, Thornton chute sur la patinoire durant un entraînement et se blesse au coude gauche. Une bactérie fait son chemin dans la plaie. L’infection prend le dessus en quelques jours. Les médecins de l’équipe ont deux hypothèses. Il a été infecté soit par une bactérie qui se trouvait dans son protège-coude, soit par une bactérie qui se trouvait dans sa main, puisqu’il frottait souvent son ecchymose. Il est opéré pour nettoyer la plaie. Il rate cinq matchs. Les Bruins se dotent d’une machine désinfectante. Et lorsqu’il déménagera à San Jose deux ans plus tard, les Sharks feront de même.

Joe Thornton

Octobre 2018

La saison 2018-2019 de l’attaquant des Sharks a très mal commencé. De retour d’une délicate intervention au genou droit, le vétéran voit son genou enfler en raison d’une infection. Ce qui avait des allures d’une bursite prépatellaire au genou (inflammation de la bourse, petit sac de fluide sous la peau servant de coussinet devant l’os et les tendons) a nécessité l’installation d’un cathéter veineux central. L’attaquant a raté neuf matchs en plus de continuer à recevoir des doses d’antibiotiques à son retour au jeu.

Gary Suter

Automne 1998

Durant l’été 1998, Suter est opéré au triceps afin de réparer un tendon déchiré. Dès son premier match avec les Sharks de San Jose, à l’automne, il se blesse à nouveau au même endroit. Des examens révèlent une infection qui n’avait pas été détectée. Un staphylocoque doré a détruit les tissus de son triceps. Il subit trois chirurgies et rate la saison entière. Durant ses traitements, les médecins découvrent également une anomalie cardiaque qui nécessite une chirurgie. Il reviendra au jeu la saison suivante.

Chris Higgins

Décembre 2011 et janvier 2012

À la suite d’une blessure au pied, l’ancien attaquant du Canadien est atteint d’une infection à staphylocoque doré alors qu’il s’aligne chez les Canucks. La même infection l’avait envoyé au tapis l’année précédente chez les Panthers de la Floride. Mais voilà que moins d’un mois plus tard, la bactérie revient en force. À la suite d’une coupure, résultat d’un coup de bâton, sa main s’infecte. Il est hospitalisé et mis sous antibiotiques. À son retour dans l’alignement, il ne réussit pas à reprendre le dessus. Celui qui a perdu plus de 10 livres montre à nouveau des symptômes inquiétants. Durant son combat contre la bactérie et très ennuyé par les effets secondaires des médicaments, il fait une rechute à la fin janvier. Cette mésaventure médicale de deux mois l’a contraint à rater 12 matchs des Canucks.


Cas aussi répertoriés

  • Darren McCarty, Ed Belfour, Boone Jenner, Marian Hossa, Tom Reid.