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Le traumatisme de 1995 nuit au PQ, selon Lisée

Dans son plus récent livre, il explique les dessous de sa campagne électorale

Dans <i>Qui veut la peau du Parti québécois?</i>, l’ex-chef péquiste Jean-François Lisée déplore «le mantra médiatique prédisant notre déclin certain». «Le discours permanent sur notre mort prochaine est un puissant poison qui nous coupe les ailes», écrit-il. 
Photo Jean-Francois Desgagnés Dans Qui veut la peau du Parti québécois?, l’ex-chef péquiste Jean-François Lisée déplore «le mantra médiatique prédisant notre déclin certain». «Le discours permanent sur notre mort prochaine est un puissant poison qui nous coupe les ailes», écrit-il. 

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Les déboires du Parti québécois s’expliquent notamment par une « stratégie de l’évitement » des Québécois et des médias, qui craignent de revivre le traumatisme du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec, estime Jean-François Lisée.

« Le souvenir de l’échec de 1980 et, surtout, de 1995 pousse nos concitoyens à imaginer un scénario où cette douleur ne se répétera pas. À imaginer et à souhaiter des voies d’évitement du retour de ce débat », écrit l’ex-chef péquiste, Jean-François Lisée, dans son plus récent livre, intitulé Qui veut la peau du Parti québécois ?.

Dans cet ouvrage rédigé à chaud après la défaite historique du parti qu’il dirigeait, M. Lisée expose sa version des faits pour la postérité : de la tentative ratée de convergence avec Québec solidaire, à son attaque envers Manon Massé devenue célèbre lors du Face-à -face de TVA.

Dans <i>Qui veut la peau du Parti québécois?</i>, l’ex-chef péquiste Jean-François Lisée déplore «le mantra médiatique prédisant notre déclin certain». «Le discours permanent sur notre mort prochaine est un puissant poison qui nous coupe les ailes», écrit-il. 
Photo courtoisie

Médias sourds

Ce même traumatisme référendaire explique la difficulté pour le PQ de faire entendre ses arguments sur la souveraineté dans les médias, estime l’ex-chef péquiste.

Sa proposition de reporter le référendum à un second mandat a été rapportée et commentée « comme une vérité certaine que nous laissions tomber l’indépendance ».

Ce « refus entêté des relayeurs de simplement faire état de notre position » s’explique par « une profonde volonté de faire en sorte que ce soit vrai, que l’indépendance ne soit plus à l’horizon », écrit-il.

À cela, s’ajoute « le mantra médiatique prédisant notre déclin certain ». « Ce message sans cesse relayé se transforme en prophétie autoréalisatrice, écrit Jean-François Lisée. Elle s’installe dans les têtes. Disqualifie le PQ. »

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Opération Jacinda

Comme dévoilé la semaine dernière, M. Lisée révèle également dans son livre qu’il a proposé par deux fois à la députée Véronique Hivon de le remplacer à la tête du parti.

Le leader péquiste s’estimait alors moins populaire que son parti. Il propose donc de s’inspirer du Parti travailliste de la Nouvelle-Zélande qui, l’année précédente, l’a emporté à l’arraché en remplaçant son chef par sa vice-chef, Jacinda Ardern, tout juste avant la campagne électorale.

L’ex-chef péquiste n’explique toutefois jamais comment il aurait pu justifier de céder les rênes du parti à Véronique Hivon en décembre 2017, alors qu’Alexandre Cloutier – arrivé deuxième dans la course à la chefferie – était toujours membre du caucus. M. Lisée a refusé notre demande d’entrevue.

Après le second refus de Mme Hivon, fin juin 2018, l’ex-chef péquiste se prépare donc à la campagne électorale, la mort dans l’âme. « Sous le soleil de juillet, j’étais en deuil de 30 ans de combat politique », écrit-il.

Malgré tout, M. Lisée assure aujourd’hui qu’il ne regrette rien. « A posteriori, je ne peux suffisamment remercier Véronique d’avoir décliné mon offre, ajoute-t-il. Car malgré la défaite et tous les écueils, cette campagne électorale fut une des plus belles saisons de ma vie. »

Jean-François Lisée sur...

Le discours médiatique : « La volonté d’une grande partie de l’électorat francophone d’éviter la répétition d’un processus référendaire se traduit par une réticence à voter PQ, ce qui est compréhensible. Mais cet évitement génère dans les médias, je le crois vraiment, le narratif incessant et injuste de décès annoncé du PQ et de son option. »

La crise au Bloc québécois : « [...] des députés mécontents m’avaient demandé si je voulais qu’ils quittent le Bloc de Martine et forment une aile parlementaire du Parti Québécois à Ottawa. “Jamais de la vie, ai-je répondu !” »

Une éventuelle collaboration avec Québec solidaire. « [...] il n’existera aucune volonté réelle de dialogue à QS tant que leurs résultats électoraux seront en progression. La pire chose à faire au PQ d’ici 2022 est de proposer un nouveau dialogue. Ce serait se jeter dans le piège de l’échec. »

Sa décision de questionner Manon Massé au Face-à- Face de TVA à propos du « vrai chef » de QS : « Je suis conscient que ma version des faits ne satisfera jamais tout le monde. »

Sa cote d’amour auprès des électeurs l’été avant la campagne électorale : « Si les Québécois devaient un jour me trouver sympathique, on aurait dû en avoir des signes. On n’en avait aucun. »