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Lire et relire Duras

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La Journée internationale des femmes venant tout juste de passer, on s’est fait plaisir en parlant de livres avec la journaliste et essayiste française Laure Adler, à qui on doit notamment Les femmes qui lisent sont dangereuses.

Vous vous rappelez un livre qui a particulièrement marqué votre jeunesse ?

Je n’ai pas découvert la lecture toute jeune. Mes parents m’offraient des livres, mais moi, ça m’ennuyait. J’ai commencé à lire seulement à l’adolescence, et le livre qui a déclenché en moi l’amour de la lecture, c’est L’écume des jours de ­Boris Vian. Il m’a tellement marquée que je l’ai lu trois fois.

Aujourd’hui, qu’aimez-vous lire plus que tout ?

Comme tout le monde, des romans.

De tous ceux que vous avez lus au cours des dernières années, lesquels avez-vous franchement adorés ?

Évidemment, c’est toujours les dernières lectures qui vous viennent à l’esprit, mais je vais essayer de partir plus loin dans ma mémoire... J’ai adoré Réparer les vivants de Maylis de Kerangal, un livre que j’ai beaucoup offert, y compris à mes propres enfants. Ce livre à la langue magnifique m’a incitée à relire ceux qu’elle avait écrits avant (comme Naissance d’un pont) et ils m’ont paru plus vivants. J’ai aussi fait la découverte d’Aharon Appelfeld avec Histoire d’une vie et là encore, j’ai ensuite lu les livres d’avant et les livres d’après. Ils ont eu quelque chose de l’ordre de l’éblouissement pour moi. Un autre très bon livre, c’est Dans le faisceau des vivants, signé par une auteure que j’adore, Valérie Zenatti. Et puis il y a Marguerite Duras, que je continue à lire, à relire.

Et quelle a été votre plus récente découverte ?

J’ai eu un coup de cœur pour quelqu’un dont j’ignorais tout, Pauline Delabroy-Allard. Cette jeune femme de 30 ans a écrit un premier roman paru en septembre dernier, Ça raconte Sarah. Dans une écriture assez classique, il raconte l’histoire d’une jeune femme qui s’est séparée de son compagnon et rencontre un jour une jeune femme dont elle va tomber éperdument amoureuse. Dans la deuxième partie, l’écriture est très précipitée et chaotique, parce qu’elle a été quittée et que c’est par les mots qu’elle va essayer de rester en vie.

Pour souligner la Journée internationale des femmes, y a-t-il un livre que vous recommandez ?

Toute l’œuvre de Virginia Woolf. Une chambre à soi, Les vagues, etc.

Vous avez interviewé énormément d’écrivains et d’écrivaines.

Quelle a été l’une de vos plus belles rencontres ?

Mahmoud Darwich, parce que c’était Mahmoud Darwich et parce que son œuvre est très impressionnante. Il a toujours prêché le rapprochement entre les peuples palestiniens et israéliens. Il venait assez souvent en France pour faire des récitals de poésie et quand il lisait de la poésie, les gens applaudissaient à tout rompre. J’ai été le voir chez lui à Ramallah, en Cisjordanie, et j’ai vu à quel point il était populaire. On a passé deux jours ensemble à discuter et j’ai eu du mal à repartir.

Y a-t-il un auteur qui, à vos yeux, mériterait d’être découvert ou redécouvert ?

Oui, la femme de lettres Nathalie Sarraute, qui occupe aujourd’hui une place assez effacée. Son œuvre, pourtant très forte, a été un peu éclipsée par celle de Marguerite Duras. Nathalie Sarraute a inventé une modernité de l’écriture et pour la première fois, quelqu’un donnait aux lecteurs un rôle actif. On voit qu’il y a une contemporanéité quand on la lit et pour la découvrir, j’irais avec Enfance ou Tropismes.

Que lisez-vous présentement ?

Je suis en train de lire la nouvelle traduction des fictions de Kafka dans la Pléiade. Le germaniste Jean-Pierre Lefebvre est un petit génie et la façon dont il revisite totalement l’œuvre de Kafka est absolument stupéfiante.