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Mise en garde quant à l’assurance médicaments

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Les Canadiens ont dépensé en 2018 quelque 34 milliards $ en médicaments d’ordonnance.

Que le gouvernement fédéral mette éventuellement en place un nouveau régime national d’assurance médicaments accessible à tous les Canadiens, voilà un projet social fort recommandable. D’autant que la facture des médicaments ne cesse de grimper, devant dépasser le cap des 50 milliards de dollars d’ici 2028.

Une mise en garde s’impose. Il faudrait que le régime fédéral soit un régime public universel et non un régime « mi-privé mi-public » comme celui du Québec. Le régime public d’assurance médicaments du Québec est principalement accessible aux citoyens qui n’ont pas accès à un régime d’assurance collective en milieu de travail, lequel est confié aux assureurs privés.

C’est le front commun québécois1 de huit grandes organisations syndicales et communautaires qui a fait cette mise en garde à la suite du rapport provisoire que le Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance médicaments vient de remettre aux ministres fédéraux Ginette Petitpas Taylor de la Santé et Bill Morneau des Finances.

De l’avis de ce front commun, le modèle hybride d’assurance, privé et public du Québec a entraîné une « explosion des coûts » et également de « profondes iniquités » entre les assurés québécois.

 

Trop cher au Québec

À cause de notre modèle hybride, affirme le front commun, on se prive au Québec d’un puissant levier de négociation auprès des compagnies pharmaceutiques. Les dépenses par habitant pour les médicaments au Québec sont de 1087 $, à comparer à une médiane des dépenses en médicaments par habitant de 603 $ pour les pays de l’OCDE.

Les dépenses en médicaments prescrits atteignent aujourd’hui près de 9 milliards de dollars annuellement au Québec seulement.

Si ce modèle hybride du Québec était remplacé par un régime public universel, le front commun estime que les Québécois pourraient économiser, à eux seuls, de 20 à 40 % sur le prix des médicaments, soit de 1 à 3 milliards de dollars par année.

Les représentants des syndicats FTQ, CSN, CSQ... ont constaté pour leur part que les primes d’assurance médicaments des régimes privés d’assurance collective augmentent de 5 à 8 % par année.

Pour réduire les coûts du programme privé d’assurance médicaments, on en est rendu à couper dans le remboursement des médicaments, tout en refilant des frais d’ordonnance à la charge des employés.

Le projet fédéral

Dans son rapport préliminaire, le Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance médicaments ne précise pas quel genre de modèle de régime d’assurance médicaments il recommande, universel ou mi-privé mi-public.

Le Conseil se contente pour le moment de recommander la création d’une « agence nationale du médicament » chargée de superviser le régime national d’assurance médicaments et l’élaboration d’une liste « complète et factuelle » des médicaments d’ordonnance à l’échelle du pays.


1. Le Front commun regroupe : FTQ, CSN, CSQ, FIQ, alliance APTS, Union des consommateurs, Coalition Solidarité Santé, La Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles.