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Police (et) politique: la fin d’une époque?

La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault
Photo Jean-Francois Desgagnés La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault

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C’est une véritable bombe qui a éclaté mercredi dans le monde politico-policier.

Le « policier parfait », Martin Prud’homme, mandaté l’an dernier par le gouvernement Couillard pour nettoyer les écuries du SPVM, a été lui-même suspendu en raison d’une « allégation relative à des infractions criminelles ».

La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, semblant sous le choc, a annoncé la chose, sans trop d’explications.

Insistons : Martin Prud’homme ne fait pour l’instant que l’objet d’« allégations ». Il pourrait même retrouver son poste s’il était blanchi, a précisé la ministre hier.

Dire que mercredi, je n’ai pas été surpris serait mentir. Rapidement toutefois, je me suis mis à faire des liens et j’ai conclu que c’était à prévoir.

Précédents

Car un changement de parti au pouvoir à Québec est presque automatiquement suivi de ce type de bouleversement à la tête des autorités policières.

Certains y voient une preuve que la Sûreté du Québec est une police sous forte influence politique.

En 2012, le Parti québécois arrive au gouvernement en septembre. Le mois suivant, Richard Deschesnes, nommé par les libéraux de Jean Charest en 2008, est muté.

Puis, en décembre, conférence de presse du ministre de la Sécurité publique Stéphane Bergeron.

Il déclare que le directeur général Mario Laprise, nommé par le gouvernement Marois, l’a « avisé qu’il était au fait d’allégations criminelles » concernant un groupe « de hauts gradés » de la SQ. Il met en place un comité d’enquête.

On apprend rapidement qu’il s’agit de nul autre que l’ancien D.G. de la SQ, Richard Deschesnes, son adjoint aux enquêtes criminelles, Jean Audette, ainsi que de deux autres anciens cadres supérieurs. Ils seront finalement accusés au criminel.

En 2016, un autre ancien D.G. de la SQ, Normand Proulx et un de ses adjoints sont poursuivis par Québec.

D.G. de 2012 à 2014, Mario Laprise a lui-même fait l’objet d’une poursuite d’un ancien inspecteur-chef.

Et que dire de Robert Lafrenière, premier patron de l’UPAC, qui, en plein processus de renouvellement de son mandat à la tête de l’unité, en mars 2016, a déclenché l’arrestation de l’ex-ministre libérale Nathalie Normandeau un jour de budget, moment fort s’il en est un de l’année politique.

Au reste, à quel moment M. Lafrenière a-t-il décidé d’écourter son mandat ? Le 1er octobre 2018, jour du scrutin québécois...

Nouvelle ère ?

Les organisations policières sont de vrais paniers de crabes où les clans s’affrontent ; où chaque personne fait l’objet de soupçons d’un ou plusieurs collègues.

Les suspensions et les vérifications annoncées par la ministre Guilbault mercredi ne sont-elles qu’une réédition des anciens épisodes politico-policiers ?

Soyons positifs — voire naïf : on peut espérer que non !

Depuis 2012, Québec a créé le Bureau des enquêtes indépendantes, un organisme réclamé presque unanimement pendant toute l’ère Charest... en vain.

Sa mise sur pied longue et laborieuse a tout de même permis de rompre avec la culture où la police enquête sur la police. C’est d’ailleurs le BEI qui enquête actuellement sur Martin Prud’homme.

C’est aussi le BEI qui mène l’enquête sur le projet A, c’est-à-dire cet incroyable embrouillamini qui a conduit à l’arrestation du député Guy Ouellette en octobre 2017 et auquel le dossier Prud’homme pourrait être associé.

On pourrait croire qu’avec la suspension et l’enquête annoncées mercredi, la Coalition avenir Québec souhaitait au fond faire sauter Prud’homme et y placer « son homme ».

Ce serait oublier un autre changement majeur à venir très prochainement : l’adoption, sans doute ce printemps, du projet de loi 1. En vertu de celui-ci, désormais, le D.G. de la SQ entre autres (ce sera aussi le cas des patrons de l’UPAC et du DPCP) sera nommé avec l’appui des deux tiers de l’Assemblée nationale.

La CAQ ne pourra certainement pas faire comme le PQ et le PLQ avant elle : placer « son » homme.

Qui sait, peut-être sommes-nous en train, enfin, de dépolitiser notre police ?

Le carnet de la semaine

LEFEBVRE PAIE LA TRAITE

La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault
Photo tirée de Tweeter

L’ancien président de l’Assemblée nationale Jacques Chagnon avait admis payer la traite à ses délégations en déplacement à l’étranger. Le whip en chef du gouvernement caquiste, Éric Lefebvre, a semblé lui faire un clin d’œil cette semaine. Il participait à l’Assemblée parlementaire de la Francophonie à Djibouti en Afrique et mercredi, il a tweeté une photo de lui, attablé avec des enfants : « Ce soir plutôt que de souper avec la délégation, j’ai invité 3 enfants de la rue à Djibouti à souper avec moi... un très beau moment... nos enfants sont choyés... »

ELIZABETH, INSTAGRAM ET SOL

La reine de notre Dominion, Elizabeth II, a publié sa première photo sur le réseau social Instagram cette semaine. Sur un autre réseau, j’ai relayé la nouvelle en taquinant un député QS farouchement opposé au serment à la souveraine : « C’est Sol Zanetti qui ne doit plus porter à terre ! » Le principal intéressé a rétorqué que l’auteur du compte parodique « Zol Zanetti, Zolidaire » serait « encore plus content. C’est un grand fan de la monarchie ». Un ami journaliste a simplement ajouté : « Instagram, souillé à jamais. »

PERRONISME DE SAUVÉ

Le linguiste Lionel Meney, chroniqueur à Là-haut sur la colline à Qub, a débusqué un perronisme dans un récent discours de la libérale Monique Sauvé. La députée de Fabre a déclaré en chambre, à propos du projet de loi 2 du gouvernement Legault : « Le dossier de la consommation du cannabis, là, ce n’est pas quelque chose de monolithique, il n'y a pas juste une réalité, une voie, une direction, et on décide avec des œillères de ne pas écouter l’ensemble. » Des œillères, ça bouche les oreilles, c’est bien connu.

La citation de la semaine

« Je ne vais surprendre personne quand je dis que mon père et moi, on avait différents styles de leadership. »

– Justin Trudeau, premier ministre du Canada, dans la tourmente de Wilson-Raybould-SNC-Lavalin