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«Je suis marqué au fer rouge»

Il contracte le VIH après une agression

Yannick Wistaff a préféré prendre une photo de côté avec une casquette et des lunettes, question de ne pas être reconnu dans la rue.
Photo Simon Dessureault Yannick Wistaff a préféré prendre une photo de côté avec une casquette et des lunettes, question de ne pas être reconnu dans la rue.

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La vie de Yannick Wistaff a changé à tout jamais dans la nuit du 23 au 24 décembre 1999.

Alors qu’il travaillait dans un sauna gai à Sherbrooke, le jeune homme, âgé à l’époque de 21 ans, a reçu la visite d’un client qui prétendait que l’ampoule d’une chambre qu’il avait louée était brûlée. Une fois arrivé sur place, l’employé a réalisé qu’il n’en était rien. Deux autres clients ont surgi de nulle part et – sous la menace d’un fusil – Yannick s’est fait battre et agresser sexuellement.

La victime a été contaminée par le virus du VIH lors de cette attaque. Un médecin a confirmé ses craintes en février 2000.

« J’ai été victime d’un acte criminel odieux et je suis marqué au fer rouge à vie, exprime Yannick Wistaff au Journal. Dans ma tête, j’ai eu des flashs pendant longtemps. »

Une vie chamboulée

La vie de celui qui vit aujourd’hui à Montréal s’est alors mise à tourbillonner. Il a perdu son conjoint quelques mois après lui avoir révélé qu’il était séropositif.

« Je ne lui ai pas parlé de l’agression, précise-t-il. J’ai caché ça pendant longtemps. »

« Il ne voulait plus prendre les mêmes lames de rasoir que moi et on faisait chambre à part. »

Yannick a également mis deux mois avant d’informer sa mère qu’il était infecté par le VIH. « Elle l’a mal pris. On se parlait, mais il y avait une distance. Elle voulait savoir le pourquoi du comment, mais moi, je n’avais pas envie de tout expliquer. »

S’évader

Après avoir obtenu son diagnostic, Yannick a ressenti le besoin de s’évader pendant plusieurs années. Le centre-ville de Montréal était devenu son deuxième chez-soi.

« L’horloge était partie, confie-t-il. Je sentais que j’avais un deadline. Je vivais donc à plein. Je ne buvais pas à me soûler, mais il fallait que je sois sur les planchers de danse. »

Yannick Wistaff a abordé son agression en 2006 avec son nouveau conjoint. C’était la première fois qu’il en parlait depuis les faits.

Mais il ne s’agissait pas vraiment d’une libération, selon ses dires.

« Dire qu’on a été agressé sexuellement, ça passe mieux pour une femme que pour un homme gai, croit-il. Certains gais diraient : “Wow, quel beau fantasme, se faire passer dessus par trois beaux gars !” Mais ce n’est pas un trip de cul ; c’est une agression. »

Quant à sa mère, elle a appris ce qui s’était réellement passé en 2009 dans un article d’un journal local de Terrebonne. « Ça lui a pété en pleine face », dit Yannick.

Sans emploi

Après son diagnostic, Yannick Wistaff a également été inscrit comme personne présentant des « contraintes sévères à l’emploi », selon les critères du gouvernement du Québec.

Yannick a continué de travailler au sauna de Sherbrooke après son agression. Mais depuis son départ, en 2000, il n’est pas parvenu à dénicher un emploi ailleurs. Selon ses dires, aucune entreprise ne veut l’engager à cause des assurances pour ses médicaments.

Ses médicaments anti-VIH (trithérapie) lui coûtent de 1200 $ à 1500 $ par mois. Le gouvernement en assume toutefois les frais en bonne partie.

Il a également appris, il y a trois mois, qu’il souffrait du diabète de type 1.

« Je voudrais travailler, je voudrais m’en sortir, mais il n’y a pas de portes qui s’ouvrent, déplore-t-il. J’ai appris à prendre mon petit pain et je fais ce que je peux. »

Malgré les nombreux obstacles qui jonchent son chemin, tout n’est pas noir dans la vie de Yannick Wistaff. Il est en couple depuis maintenant 10 ans.

Plainte à la police

Bien que Yannick Wistaff ait porté plainte au Service de police de Sherbrooke (SPS) dans la nuit suivant les événements, ses agresseurs n’ont jamais été traduits en justice. Martin Carrier, du SPS, raconte que ses recherches n’ont pas permis de retrouver ce dossier parce qu’il datait de 1999, alors qu’un ancien système était en place.

Le policier confirme cependant que Yannick Wistaff s’est bel et bien présenté au poste de la Sûreté du Québec de Lavaltrie en 2012 pour loger une plainte pour une agression sexuelle survenue à la fin des années 1990 à Sherbrooke.

« On n’a pas pu donner suite à la plainte parce que les coordonnées du plaignant (téléphone, adresse, etc.) n’étaient plus en service », explique M. Carrier.

« Mais M. Wistaff peut revenir nous voir pour porter plainte même si ça fait presque 20 ans, souligne le policier. Il n’y a pas de délai pour faire une enquête. Il y a des victimes qui portent plainte après plusieurs années. »

Yannick Wistaff mentionne qu’il a rapidement quitté Sherbrooke après les événements et qu’il n’avait pas la force psychologique pour continuer le processus judiciaire.

 

Le VIH au Canada

  • Chaque jour, six Canadiens contractent le VIH.
  • Parmi les nouvelles infections par le VIH, une sur quatre touche une femme.
  • 14 % des personnes vivant avec le VIH au Canada ne savent pas qu’elles sont infectées.
  • Comment le virus est-il actuellement transmis au Canada ? 53 % par des relations sexuelles entre hommes, 33 % par des relations hétérosexuelles, 11 % par l’utilisation de drogues injectables et 3 % par des relations sexuelles entre hommes ou utilisation de drogues injectables.

Source : CATIE, organisme pancanadien de renseignements sur le VIH et l’hépatite C