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La Syrie: et maintenant?

Un membre des Forces démocratiques syriennes surveillait un camp de fortune hier à la recherche de djihadistes de l’ÉI dans la ville de Baghouz.
Photo AFP Un membre des Forces démocratiques syriennes surveillait un camp de fortune hier à la recherche de djihadistes de l’ÉI dans la ville de Baghouz.

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Il va falloir se faire une tête : ramener au pays les Canadiens qui ont joint les rangs de l’État islamique en Syrie et en Irak et qui ont survécu à la débâcle du califat ou les laisser pourrir dans les camps de prisonniers et risquer qu’ils retrouvent, dans la confusion qui continue de régner là-bas, la voie du terrorisme.

Pas clair, le nombre de Canadiens détenus en Syrie dans la suite de la défaite des forces de l’islamiste Abou Bakr al-Baghdadi. La GRC en dénombre une douzaine ; en y ajoutant les enfants nés de femmes parties rejoindre les combattants, ils pourraient être une trentaine.

Toujours aussi peu diplomate, le président Trump, à la mi-février via Twitter, a sommé les Européens de reprendre et de juger chez eux leurs ressortissants arrêtés sur le champ de bataille, les menaçant autrement de les remettre en liberté : « Les États-Unis ne veulent pas regarder pendant que ces combattants de l’État islamique inondent l’Europe. »

Les Britanniques, entre autres, ne se laissent pas impressionner, choisissant plutôt de retirer sa citoyenneté à Shamima Begum qui, en 2015 avec deux amies, est allée grossir les rangs de l’organisation terroriste.

En quelques années, la jeune femme, qui a fui la Grande-Bretagne à 15 ans, a perdu trois jeunes enfants de malnutrition et de maladies, le tout dernier il y a trois semaines. Elle vivait alors dans un camp de réfugiés dans le nord de la Syrie et suppliait Londres de pouvoir rentrer au pays.

D’UN CHAMP DE RUINES À UN AUTRE

La Syrie est devenue la dernière place où quelqu’un peut rêver de rester. On n’exagérera jamais assez l’ampleur du carnage et de la dévastation depuis qu’en mars 2011, Bachar al-Assad a répondu par la force aux demandes de démocratie et de liberté de ses compatriotes.

Comme le rappelait ces derniers jours le correspondant du Wall Street Journal dans la région, les officiers de l’armée syrienne se partageaient un slogan pour mater les révoltes anti-gouvernementales : « Assad ou nous brûlons le pays ! »

Ils peuvent dire « Mission accomplie ! » : Assad a survécu par la violence la plus cruelle, et une bonne partie du pays est amas de ruines et de cendres. Le président syrien s’est assuré une place de choix parmi les pires salauds à avoir dirigé un pays : non seulement a-t-il lâché soldats, miliciens et autres mercenaires contre ses opposants, mais il a vidé les prisons des extrémistes musulmans qui s’y trouvaient, leur permettant, à leur tour, de répandre la terreur et de plonger la Syrie un peu plus dans la misère et la mort.

VAINQUEURS ET VAINCUS

Cette guerre atroce a engendré son lot de gagnants et de perdants. En appuyant Assad les yeux fermés, la Russie s’est sortie du purgatoire dans lequel son abandon du soviétisme l’avait confinée. L’Iran, l’autre allié précieux de Damas, a étendu son influence au Moyen-Orient, en montrant ce dont elle était capable.

Les États-Unis pourraient ne laisser derrière que de mauvais souvenirs. La « ligne rouge » de Barack Obama que l’armée d’Assad ne devait pas franchir avec l’utilisation d’armes chimiques a été plusieurs fois transgressée. Et après avoir bénéficié du courage et l’expertise militaire kurdes pour vaincre les islamistes, Washington se prépare à les laisser pratiquement seuls face à la Turquie qui n’a pas l’intention de voir un État kurde s’installer à sa frontière. Devant un tel lâchage, qui voudra encore se battre avec les Américains quand ils le demanderont ?

Puis, il y a ces islamistes en déroute, leurs femmes et leurs enfants délaissés. Il faudra bien trancher : s’en méfier, se réconcilier, les accueillir ?

 

GUERRE DE SYRIE... 8 ans plus tard

► Gagnants

Bachar al-Assad

Un membre des Forces démocratiques syriennes surveillait un camp de fortune hier à la recherche de djihadistes de l’ÉI dans la ville de Baghouz.
Photo d'archives, AFP

Le Printemps arabe a emporté d’autres dictateurs, mais pas lui. Peu importe que son pays soit cicatrisé à jamais.

Russie

Le Kremlin a prouvé que l’aide militaire russe peut faire la différence. Vladimir Poutine est l’homme le plus puissant de la région.

Iran

La Syrie, peuplée en majorité de musulmans sunnites, reste dans le camp chiite dont Téhéran est le phare.

Israël

Il faudra des années pour reconstruire la Syrie; pour un temps, c’est un ennemi menaçant en moins.

► Perdants

Islamistes

Le rêve du califat a enflammé les esprits, mais n’a ultimement offert que terreur, destruction et détresse extrême.

Arabie saoudite

Riyad rêvait de ramener la Syrie dans le camp sunnite et a même fermé les yeux au départ sur les exactions des islamistes dans l’espoir de voir tomber Bachar al-Assad, un alaouite, apparenté chiite.

États-Unis

Ils se sont débarrassés de l’État islamique, mais la rancœur islamiste règne partout dans la région. Et en abandonnant les Kurdes qui ont mené l’essentiel des combats, qui voudra combattre avec eux la prochaine fois?

Kurdes

Ils ont été courageux, combatifs et fidèles. Pourtant, les Américains les laissent à eux-mêmes, les Turcs se promettent de les écraser et l’armée syrienne compte récupérer le territoire qu’ils ont libéré. Ils méritaient mieux.