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Le gouvernement planche sur une réforme de l’IVAC

L’admissibilité des victimes hors Québec fait partie des scénarios étudiés

Annie St-Onge
Photo Martin Chevalier Annie St-Onge, dont la sœur Christine a été assassinée au Mexique en décembre 2018, n’est pas admissible aux indemnités offertes pour les victimes d’actes criminels puisque le meurtre a été perpétré dans un autre pays.

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TROIS-RIVIÈRES | Le ministère de la Justice planche actuellement sur une réforme du Régime d’indemnisation des victimes d’actes criminels pour le rendre plus efficace, a appris Le Journal.

« Il est grand temps qu’on le réforme, qu’on le regarde et qu’on l’examine à nouveau », a déclaré la ministre de la Justice, Sonia LeBel, précisant que des aspects de la loi datent d’il y a plusieurs décennies.

Dans une entrevue avec Le Journal, elle affirme avoir demandé dès les premières semaines de son mandat à ce que des fonctionnaires évaluent ce qui pouvait être fait pour ramener l’IVAC au goût du jour, une promesse électorale de la Coalition avenir Québec.

Hors Québec

La définition de victime pourrait ainsi être élargie dans une éventuelle réforme, tout comme la liste des actes criminels reconnus, selon la ministre.

Elle confirme que l’admissibilité des victimes hors Québec fait aussi partie des scénarios étudiés, mais ne s’avance pas à savoir si ce sera retenu.

Annie St-Onge, la sœur de Christine St-Onge, assassinée au Mexique en décembre dernier, se réjouit que la ministre veuille réformer l’IVAC.

Sa famille et elle ne sont pas admissibles à l’IVAC, car le crime ne s’est pas produit au Québec. Elle souhaite de tout cœur que cette clause soit modifiée.

Aide psychologique

« Que le crime soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Québec, les répercussions sont les mêmes », a-t-elle affirmé.

La directrice générale de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD), Nancy Roy, demande à la ministre LeBel d’émettre une directive ministérielle pour que les proches des victimes hors Québec aient droit à de l’aide psychologique tout de suite, sans devoir attendre une réforme qui pourrait les reconnaître, ou pas.

« Il n’y a pas des milliers de cas par année, on ne deviendra pas très pauvres à les aider », a-t-elle avancé.

L’injustice du régime d’indemnisation controversé a fait les manchettes plusieurs fois dans les dernières années.

Des gens traumatisés par des événements criminels n’étaient pas reconnus comme victimes, et n’avaient donc pas droit à de l’aide financière et à des séances de psychothérapie payées par l’IVAC.

D’autres cas

La conjointe de Guy Turcotte, Isabelle Gaston, s’est battue devant les tribunaux pour être reconnue comme une victime, même si son ex-conjoint a assassiné ses deux enfants.

Même chose pour Patrick Desautels, dont l’ex-conjointe, Sonia Blanchette, a noyé ses trois enfants.

Ils n’étaient pas reconnus, car l’IVAC considérait qu’ils n’avaient pas été blessés directement lors des crimes.

Ils avaient finalement été reconnus comme victimes dans les deux cas, et la loi a été ajustée en juin 2017 pour qu’un parent dont l’enfant a été assassiné par l’autre parent soit reconnu, même s’il n’était pas sur les lieux du drame.


Ce qui est présentement offert par l’IVAC en cas de décès

  • 30 séances de psychothérapie
  • Frais funéraires jusqu’à concurrence de 5473 $
  • Frais de transport du corps
  • Frais de nettoyage de la scène de crime jusqu’à un maximum de 3503 $
  • Indemnité aux parents d’enfants décédés
  • Rente pour les enfants d’une personne décédée, jusqu’à 18 ou 25 ans
Source : IVAC

Des proches souhaitent être indemnisées

La mère d’une femme de 23 ans assassinée à San Francisco juge discriminatoire le fait que les victimes de crimes hors Québec soient écartées.

Audrey Carey était partie à San Francisco avec son sac à dos, quand elle s’est liée d’amitié avec trois itinérants, qui ont fini par la voler et l’abattre d’une balle dans la tête le 3 octobre 2015.

Isabelle Tremblay, la mère de la victime, n’avait pas les fonds pour se payer un psychologue à 100 $ de l’heure. Elle a pu bénéficier d’une dizaine de séances de son programme d’aide aux employés, puis a dû attendre un an avant d’avoir des services de psychologue via son CLSC.

En attente

La maman vient tout juste de recommencer à travailler, et estime qu’elle aurait possiblement pris du mieux plus rapidement, si elle avait eu le soutien de l’IVAC.

« On m’a complètement mise à part parce que c’est arrivé aux États-Unis, mais je suis québécoise, Audrey était québécoise, et on a payé des impôts. On n’a eu aucune aide, aucun soutien de cet organisme-là », a-t-elle déploré.

Elle est actuellement en attente d’une date d’audience devant le Tribunal administratif du Québec pour contester le refus de l’IVAC.

Les orphelins oubliés

La sœur de Christine St-Onge, assassinée au Mexique au mois de décembre, estime aussi que le régime actuel est discriminatoire. Annie St-Onge se désole que les deux fils de sa sœur, âgés de 7 et 11 ans, n’aient pas droit à une rente offerte par l’IVAC aux enfants qui ont perdu un parent.

« C’est tellement difficile à accepter. Que ce soit arrivé au Québec ou que ce soit arrivé au Mexique, ça ne change rien. J’ai deux neveux qui ont perdu leur mère. On doit avoir accès à de l’aide pour eux », a-t-elle revendiqué.