/opinion/columnists
Navigation

L’Iran, paradis des femmes

Coup d'oeil sur cet article

J’ai le Conseil de presse du Québec enfoncé en travers de la gorge depuis que j’ai été blâmée d’avoir écrit, en 2016 : « Les Iraniennes et les Saoudiennes doivent se vêtir de noir de la tête aux pieds pour sortir de chez elles. »

C’est à peine croyable, mais une plainte a été déposée au Conseil de presse par une ex-employée de la Commission des droits de la personne qui alléguait qu’il est inexact que « les Iraniennes, comme les Saoudiennes, doivent se couvrir de noir, de la tête aux pieds, pour sortir. »

Les choses ont évolué depuis 1979, mais le tchador noir demeure le vêtement extérieur de référence pour le régime. Pour siéger au parlement, la vice-présidente des Affaires juridiques, Laya Joneydi, comme la vingtaine de femmes élues, a dû l’adopter.

Les fashionistas qui alimentent le compte Instagram Rich kids of Teheran ne représentent pas 41 millions d’Iraniennes.

Mais, selon le Conseil, « la chroniqueuse induit une inexactitude qui laisse croire que la réalité est autre que celle constatée par plusieurs observateurs de l’évolution des mœurs iraniennes et perpétue ainsi un préjugé, sur lequel elle cherche à appuyer le reste de sa chronique ».

Avocate emprisonnée

C’est vrai que, dans les quartiers cosmopolites de Téhéran, des jeunes femmes ont délaissé le tchador pour le hijab-et-manteau-ample-boutonné, le minimum qu’exige la loi. Certaines portent le rousari, le foulard qui laisse paraître des cheveux.

Celles qui manifestent à « cheveux découverts » risquent gros.

J’en parle aujourd’hui parce que Nasrin Sotoudeh, l’avocate des Iraniennes contre le port obligatoire du voile, a été condamnée mercredi, en son absence, à six ans de prison par le tribunal révolutionnaire. Elle purge déjà depuis juin une peine de cinq ans dans la sinistre prison d’Evin, à Téhéran, « l’usine à torture » où est morte la photographe québécoise Zara Khazemi.

Le quotidien libanais chrétien maronite L’Orient Le Jour, dans son reportage « La vraie-fausse information sur la levée de l’interdiction du voile en Iran », précise que, « dans les hautes sphères politiques et administratives, il est inévitable pour une Iranienne de porter le traditionnel tchador noir ».

Hors de Téhéran, surtout dans des villes saintes comme Mechhed et ses cinq millions d’habitants – pas exactement un bourg perdu –, la majorité des femmes portent le tchador noir à l’extérieur et la couleur, dans l’intimité.

Mais pour la plaignante, et le Conseil qui lui a donné raison, il est faux d’affirmer que les femmes en Iran doivent se couvrir de noir de la tête aux pieds. Combien en faut-il pour que j’aie raison ? 60 % ? 75 % ? 99 % ?

Une seule, c’est trop.

Compassion svp

Le problème en Iran ? Ce qui est toléré aujourd’hui peut, sans avertissement, devenir « haram » demain. Le président réformateur Hassan Rouhani marche sur des œufs. Le vrai patron, c’est le Grand Ayatollah Ali Khamenei, un archi conservateur misogyne.

Heureusement, le Conseil a rejeté les autres plaintes pour « manque d’équilibre » et « propos injurieux et discriminatoires » dans ma chronique intitulée « Denis Coderre fait des affaires en Iran ».

Mais affirmer que le tchador n’a plus sa place en Iran manque catégoriquement d’équilibre et d’empathie pour les millions qui le portent à contrecœur.