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Le Canada exclut «pour le moment» de clouer au sol les Boeing 737

Le Canada exclut «pour le moment» de clouer au sol les Boeing 737
Sébastien St-Jean / Agence QMI

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Le ministre canadien des Transports a exclu « pour le moment » de clouer au sol les Boeing 737 Max 8 utilisés par les transporteurs canadiens, jugeant «prématuré» de prendre une telle décision après l’accident dimanche en Éthiopie d’un avion de ce type, qui a fait 157 morts, dont 18 Canadiens.

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Un B737 Max 8 exploité par la compagnie indonésienne Lion Air s’est écrasé en octobre, faisant 189 morts. Plusieurs pays (Indonésie, Chine, Corée du Sud et Mongolie) et compagnies aériennes (Ethiopian Airlines, Comair, Cayman Airways) ont donc décidé lundi de temporairement interdire de vol ce modèle de moyen-courrier.    

«C’est prématuré de le faire en ce moment», a déclaré Marc Garneau, interrogé par la presse sur l’opportunité ou non de suspendre les vols de ces appareils au Canada.    

Les compagnies aériennes canadiennes Air Canada, Westjet et Sunwing opèrent 41 Boeing 737 Max 8.    

«Il faut déterminer la cause de cet accident. Il y a toutes sortes de possibilités qui pourraient expliquer pourquoi cet accident s’est produit», a fait valoir le ministre, précisant que les autorités canadiennes étaient en «contact» avec les enquêteurs de l’Agence américaine de l’aviation (FAA) envoyés en Éthiopie.    

«Nous allons d’abord déterminer la cause [de l’accident] avant de prendre d’autres mesures», a-t-il insisté, soulignant que l’accident de l’appareil de Lion Air avait entraîné un renforcement de la formation des pilotes canadiens opérant cet avion.    

Un Boeing 737 d’Ethiopian Airlines qui effectuait la liaison Addis Abeba-Nairobi s’est écrasé dimanche matin peu après le décollage, et les 157 personnes à bord ont péri.    

Parmi les dix-huit victimes canadiennes figurent une famille de six habitants de Toronto, un universitaire d’Ottawa, une employée du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ou encore une jeune militante écologiste de Winnipeg se rendant à l’Assemblée de l’ONU pour l’environnement. 

Washington oblige Boeing à modifier les 737 MAX, mais sans les immobiliser

Les États-Unis vont obliger Boeing à procéder à des modifications du 737 MAX 8 et du 737 MAX 9, mais ne vont pas clouer ces avions au sol, prenant le contrepied de pays comme la Chine, après l’accident mortel d’un appareil de ce type dimanche, en Éthiopie.

L’agence fédérale de l’aviation (FAA), un des principaux régulateurs du transport aérien, a demandé lundi à l’avionneur américain d’effectuer les changements requis «au plus tard en avril».

Ces modifications portent sur des logiciels et le système de contrôle MCAS conçus pour éviter les décrochages de ces avions. Boeing doit également actualiser le manuel destiné à la formation des pilotes.

«Si nous identifions un problème affectant la sécurité, la FAA prendra des mesures immédiates et appropriées», a répété lundi soir le régulateur aérien.

Les autorités américaines se distinguent de la Corée du Sud, de l’Indonésie et surtout de la Chine, gros client du 737 MAX 8, qui ont décidé d’immobiliser ces avions.

Lors des quarante dernières années, Washington n’a cloué au sol toute une flotte d’avions qu’en deux occasions. La dernière fois remonte à janvier 2013, lorsque les appareils 787 Dreamliner de Boeing avaient été immobilisés après des problèmes de batteries.

Outil de négociations

Un 737 MAX 8 de la compagnie Ethiopian Airlines s’est écrasé dimanche au sud-est d’Addis Abeba peu après le décollage, tuant les 157 passagers et membres d’équipage.

Le ou les scénarios de l’accident devraient être rapidement connus, les deux boîtes noires de l’appareil d’Ethiopian Airlines – celle contenant les données techniques du vol et celle enregistrant les discussions et les alarmes dans le cockpit – ayant été retrouvées lundi sur le lieu de la tragédie.

Cet accident, survenu moins de cinq mois après celui d’un avion du même modèle de la compagnie indonésienne Lion Air, a provoqué des inquiétudes chez les investisseurs. Le titre Boeing a perdu 5,36% à Wall Street.

Il est particulièrement rare qu’un nouveau modèle enregistre deux accidents mortels en peu de temps. 

À la suite de l’accident de dimanche, Ethiopian Airlines a immobilisé ses quatre autres Boeing 737 MAX 8. Les compagnies Cayman Airways et Comair ont fait de même.

D’autres transporteurs, dont FlyDubai, Norwegian, Icelandair, Southwest, American Airlines et Air Canada, continuent pour l’heure de faire voler leurs 737 MAX 8.

Les causes des accidents de ces appareils, dont le moteur est plus gros que dans les vieux 737 NG, ne sont pas connues, mais l’accident de Lion Air avait braqué les projecteurs sur les capteurs d’incidence (AOA, Angle of Attack sensor), dont un dysfonctionnement peut conduire l’ordinateur de bord, pensant être en décrochage, à mettre l’appareil en piqué alors qu’il faudrait au contraire le redresser.

L’immobilisation totale des 737 MAX 8 aurait été un gros revers pour Boeing: non seulement ils sont la locomotive des ventes et des bénéfices, mais 350 exemplaires de cet avion, entré en service en mai 2017, volent actuellement. 

Les conséquences économiques seraient d’autant plus importantes que le constructeur aéronautique emploie plus de 150 000 personnes aux États-Unis et a des usines à Washington et en Caroline du Sud.

«Boeing est stratégique. C’est un outil de commerce», souligne Michel Merluzeau, expert chez AirInsight. 

Le 737 MAX 8 fait partie des négociations commerciales en cours entre les États-Unis et la Chine, Washington poussant Pékin à passer de nouvelles commandes pour rééquilibrer les échanges commerciaux entre les deux premières économies mondiales, selon la presse américaine.