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Policiers à vélo tout l’hiver

Policiers à vélo tout l’hiver
Jo�l Lemay / Agence QMI

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 Deux policiers du quartier Villeray patrouillent à vélo douze mois par année depuis trois ans et sont les seuls agents de Montréal suffisamment braves, ou fous selon certains, pour affronter l’hiver sur deux roues. 

 Les agents Pascal Chassé et Simon Émery ont sollicité et obtenu la permission de patrouiller à vélo toute l’année il y a trois ans. 

 Leurs collègues du poste de quartier 31 les surnomment «les vélos». «Ils nous taquinaient gentiment pendant notre premier hiver, mais ils se sont habitués depuis», a dit Simon Émery. 

 «Pendant les belles journées de printemps, ils nous envient, mais pendant les pires journées d’hiver, ils nous disent "bravo, vous êtes des machines! Il fait froid, mais vous sortez dehors, vous ne vous cachez pas au poste"», a ajouté Pascal Chassé. 

 Les agents résident dans la même ville de la couronne nord et ils covoiturent pour aller et venir à Montréal. 

 Ils utilisent les mêmes vélos du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) munis de gyrophares qu’en été, mais avec des réflecteurs additionnels, des garde-boue élargis et des pneus cloutés. Ils s’habillent très chaudement et sont équipés de semelles chauffantes puisqu’ils peuvent passer jusqu’à huit heures et demie dehors. 

 «Lorsqu’on intercepte un véhicule par -25 degrés, on voit le respect dans les yeux du conducteur à qui on remet une contravention. Les gens ont moins tendance à se plaindre», a raconté l’agent Chassé. 

Policiers à vélo tout l’hiver
Jo�l Lemay / Agence QMI

 Texto 

 Le vélo-patrouille facilite le repérage des délinquants du texto. «On voit ce que les conducteurs textent... et ils sursautent lorsqu’on cogne à la vitre!», a raconté l’agent Émery. 

 Se déplacer à deux roues leur permet aussi de surveiller plus étroitement leur secteur. Pendant les premiers gels de l’automne il y a deux ans, les agents Chassé et Émery ont aperçu, dissimulé sous des détritus à flanc de viaduc, un homme désespéré qui s’était ainsi caché pour se laisser mourir de froid. 

 À partir de la rue, en voiture, ils n’auraient pas pu l’apercevoir. Ils lui ont alors probablement sauvé la vie grâce à leurs vélos. 

 Cordialité 

 Un citoyen les a déjà abordés pour leur dire «je fais du vélo à l’année et c’est la première fois que je vois des policiers à bicyclette l’hiver. Merci! Vous nous donnez une légitimité supplémentaire auprès des automobilistes qui croient que la route ne nous appartient pas l’hiver.» 

 Chaque semaine, des voitures les frôlent ou les coupent dangereusement; s’ensuivent des contraventions. Les patrouilleurs ciblent aussi les piétons et les autres cyclistes qui bafouent le Code de la route. Eux-mêmes sont tenus à un respect scrupuleux des panneaux d’arrêt, des feux rouges, des sens uniques, etc. «Je ne suis pas gêné de dire à un cycliste qui rouspète, "suis moi, je passe huit heures et demie par jour à vélo et je ne déroge jamais au Code!"», a raconté l’agent Chassé. 

Policiers à vélo tout l’hiver
Joël Lemay / Agence QMI

 Surprise 

 Les agents Chassé et Émery travaillent auprès de 19 écoles dans leur district, mais ils répondent à des appels radio lorsqu’ils sont disponibles. Lorsque la circulation entrave leurs collègues en voiture, les patrouilleurs à vélo arrivent souvent les premiers sur les lieux d’une intervention. En cas d’urgence, ils piquent à travers un parc et se faufilent dans le trafic. Si un automobiliste fait de la vitesse, ils l’interceptent au prochain feu rouge. Ils se sont déjà approchés de suspects de cambriolage sans être aperçus; les criminels étaient trop occupés à guetter des voitures pour se soucier de cyclistes. 

 Chez Vélo Québec, on se réjouit que des policiers du SPVM contribuent à normaliser la pratique du cyclisme en hiver. «Au-delà de la perception auprès du public, on souhaite aussi qu’ils soient des ambassadeurs à l’interne pour sensibiliser leurs collègues aux réalités du vélo d’hiver», a dit la porte-parole Magali Bebronne. 

 Un cas unique à Montréal 

 Quatre autres postes de quartiers comptent des agents qui, pendant l’hiver, patrouillent parfois à vélo, parfois en voiture, selon les consignes de leurs supérieurs. Le cas des agents Chassé et Émery s’avère unique puisque la commandante du poste 31, Michèle St-Onge, leur permet d’utiliser toujours et exclusivement la bicyclette. 

 À Montréal, 65 agents ont jusqu’à maintenant reçu la formation pour la patrouille hivernale à vélo, habituellement pour des événements ponctuels comme la Manifestation contre la brutalité policière du 15 mars prochain. 

Policiers à vélo tout l’hiver
Jo�l Lemay / Agence QMI